‹ Les écritures manichéennesChapitre 8 sur 25 · ÉCRITS DIDACTIQUES · texte numérisé non relu

ÉCRITS DIDACTIQUES

Si variés et si populaires qu'aient pu être les textes historiques du Manichéisme, ils n'égalent point en nombre ni en importance les œuvres doctrinales qui ont pris naissance dans le même milieu. Les sectes gnostiques professaient avant tout une certaine foi. Aussi cultivaient-elles de préférence le genre didactique. Et chacune, endurant, éprouvait le besoin d'adapter

i) Marquart, loc. cit., p. 487.

2) V. supra, p. 289, not. i et 2/I1, not. 2.

3) Marquart, loc. cit., p. ^95.

4) Von Le Coq a cru reconnaître un fragment de l'histoire de Boucou sur un feuillet détaché d'un livre manichéen où on voit le « Boughough, le qaghan divin des Ouïgours » se rendant à Chotscho pour conférer avec « le Mozak » sur la nomination de trois Makhistaks (Ein manichâiches Buch Fragment aus Chotscho dans le Festschrift Wilh. Thomsen, Leipzig, 1912, in-8°, p. i47 et les notes p. i49-i5i). Mais l'hypothèse est, en elle-même, très contestable (Chavannes et Pellîot, Journ. Asiat., igiS, p. 187 fm de la note i ; cf. p. 196, not. i). Et le contexte, malheureusement fort endommagé, ne paraît pas la» favoriser.

•^^ LES ÉCfiltUHES ÏVÎANfCHÉENNES

sa tradition à l'esprit du temps et de la présenter sous des formes plus jeunes. Après Marcion, l'auteur des Antithèses, son disciple Apelles avait rédigé plusieurs autres traités et Prépon avait écrit dans le même sens contre de nouveaux hérétiques. A l'école de Bardesane, le théologien d'Edesse, s'était formée une pléiade d'écrivains qui avaient encore travaillé h compléter son œuvre. Les Manichéens devaient suivre d'autant mieux ces exemples que leur Maître avait touché à tous les sujets et que leur Eglise allait se répandre en toutes sortes de pays et subsister pendant plus de mille ans.

Ecrits d'Addas. — De tous les auteurs qui ont paru chez eux le plus ancien peut-être et, en tous cas, le plus connu et le plus important est cet Addas que les Actes d'Archélaûs nous présentent comme le premier missionnaire de Mani ^. Déjà l'auteur des Actes paraît renseigné sur son activité littéraire. C'est par un de ses disciples, par un certain Turbo, personnage d'ailleurs inconnu et sans doute fictif, qu'il fait exposer la doctrine de l'hérésiarque-. De plus, il l'associe lui-même à Thomas et à Hermas ^, deux noms célèbres en Orient, dont l'un rappelle un Evangile apocryphe très répandu ^ et l'autre le livre du Pasteur ^, Mais l'auteur du Pasteur se présentait comme un des 70 disciples du Christ et le Thomas de YEvangile comme un membre du Collège Apostolique. Dans les Actes des Martyrs de Karcha, Addas lui-même, le premier compagnon de Mani, est appelé Addaï ^, comme le fondateur présumé de l'Eglise d'Edesse, en qui une légende très ancienne a vu un disciple de Jésus ou même l'Apôtre Thaddée ^, et sous le patronage

i) Act. Arch., 12 fin., 53 cire. med.

2) Act. Arch., 4.

3) Act. Arch., 12 fin., 53 cire. med.

4) Cyrille de Jérusalem, Catech., VI, 3i ; Timothée de Ck)nstaiitinople, De recept Haer. P. G., LXXXVI, 21.

5) F. W. K. Mûller, Eine Hermas Stelle in manichàischer Version, dans les Sitzungsherichte de l'Académie des sciences de Berlin, 1905, p. 1077-1083.

6) Georg. Hoffmann, Auszûge aus Syrischen Akten Persischer Mariyrer, Leipzig, 1880, S'', p. 46.

7) Eusèbe, Hist. eccL, I, i3 ; II, i, et atitres témoins très nombreux

ËCRITURES PROPREMENT DITES 1)7

duquel un écrit important, la Doctrina Addeij circulait, dès le rv® siçcle, parmi les Catholiques ^. Son nom risque fort d'être un pur pseudonyme,, emprunté, comme les précédents, à des milieux chrétiens.

Il offre une ressemblance assez étroite avec celui d'Ado, que Théodore bar Khôni présente comme le fondateur de la secte des Mandéens ^. L'auteur des Scholies fait vivre ce dernier personnage dans l'A'diabêne et, semble-t-il, assez longtemps après Mani. Mais les indications biographiques, très maigres et inconsistantes, qu'il donne à son sujet sentent la légende. Il lui attribue six frères. Or, sur ces six, quatre, tout au moins, portent des noms très V9isins de ceux que la religion mandéenne attribue à des divinités astrales^. Dans ces conditions, il y a bien des chances pour que le septième, Ado lui-même, ait été aussi un Dieu du Ciel, appartenant au système théologique des sept planètes, si familier aux Gnostiques. Son nom, dérivé du radical Adon, qui veut dire le Maître, le <( Seigneur » ^, est étroitement apparenté à celui d'Adonaï qui est donné au Soleil par les Mandéens ^. Ces derniers, dont le nom^st synonyme de « Gnostiques )), faisaient consister la religion dans la Science du Bien. Ils concevaient donc Ado, Adonaï ou Addai comme un soleil intelligible qui éclaire les âmes. Mani a été formé à leur école chez les « Moughtasilas )>, qui se rattachaient au même groupe. Et il a longtemps professé leurs croyances dont il a d'ailleurs toujours gardé de nombreux éléments. Dès lors, il était assez naturel de faire professer sa propre doctrine par ce Maître vénéré et transcendant qui personnifiait la sagesse.

indiqués dans le Dict. de théol. cath., I, 69-78, art. Abgar, par Parisot, et chez Rubans Duval, Histoire politique, religieuse et littéraire d'Edesse, Paris, 1891, ch. V. La Légende d'Ahgar et les légendes qui y ont été rattachées.

i) Publié par G. Philipps et W. Wright, la Doctrine of Addai the Apostle, Londres, 1876, in-8°.

2) H. Pognon, Inscriptions mandaîtes des coupes de Khouabir, Paris,

3) H. PogAon, op. cit., -p. tt. Cf. Kessler, art. Mandaer, dans la Realencyclopâdie de Hauck, 3* édit., t. XII, p. 160.

4) Kessler, loc. cit., p. 160.

5) Braudt, Mandàiche Religion, Leipzig, 1889, in-8°, p. 126.

En fait, d'après un texte de Photius, Héraclien de Ghalcédoine a connu des <( écrits d'Addas » qui exposaient . le Manichéisme et qui avaient été réfutés par Titus de Bostra et par Diodore de l'arse. Il a même expressément mentionné dans son œuvre l'un d'entre eux, le Boisseau, et noté que Diodore de Tarse l'avait réfuté dans les sept premiers livres de sa critique antimanichéenne ^. D'après ses indications, cette œuvre avait le même objet que l'Evangile vivant de Mani. Elle étudiait donc la vie du Christ et son enseignement. Peut-être tirait-elle son titre du texte de Matthieu (V, i5) où on lit que <( la lumière ne doit pas être mise sous le boisseau mais sur le chandelier )>. C'est elle, sans doute, que Titus de Bostra prend à partie dans le dernier de ses quatre livres, où il fait l'apologie du Nouveau Testament. Celle qu'il vise dans le premier livre devait plutôt se rapprocher des Principes de Mani, car l'exposé qu'il fait de la dogmatique manichéenne paraît se rattacher à ce dernier ouvrage ^. Peut-être, dans ses autres livres, a-t-il en vue d'autres écrits du même cycle. 11 se pourrait aussi que le résumé de la foi de Mani fait par Turbo, « disciple d'Addas », au début des Actes d'Archélaûs, ait la même origine^. En tout oteis, l'expression employée par Héraclien de Chalcédoine, d'après Photius, au sujet des « écrits d'Addas » combattus par Titus, donne à penser que ceux-ci étaient assez nombreux.

Selon le même témoignage, Diodore de Tarse pensa bien réfuter V Evangile vivant de Mani, bien qu'il se fût attaqué seulement au Boisseau d'Addas. Et Titus de Bostra commit la même méprise. Il crut réfuter Mani. Or, il polémiqua plutôt contre Addas *. Pour qu'une telle confusion fût possible, il fallait que l'œuvre du disciple ressemblât singulièrement à celle du Maître. Des textes de Titus de Bostra montrent qu'entre l'une et l'autre existaient, en effet, les rapports les plus étroits. Ce polémiste cite indifféremment Mani ^, la tradition manichéenne^

t) Photius, Bihlioth., Cad. 85.

2) V. supra, pp. 23-25.

3) Act. Arch., 7-1 1.

^) Pholius, Biblioth., Cod. 85.

5) Cent. Man., I, 5, 12, i3, I^, etc.

6) Corit. Man., I, 9, 11. ^

et plus précisément <( l'auteur qui a mis par écrit la doctrine de Manès ^ ». Une fois, il note que c'est à cet auteur qu'il a emprunté ce qu'il a dit de l'hérésiarque ^, ce qui ne l'empêcha pas de citer un peu plus loin l'hérésiarque lui-même ^. Ailleurs, à propos d'une autre citation, il déclare ne pas savoir si le texte allégué est du Maître ou du disciple : « Voici, dit-il, les propres termes soit de Manès, soit d'un autre d'entre ses partisans, qui a écrit le chapitre de la formation humaine * )>.

^Le traité de Touen houang. — La solution de cette énigme littéraire nous est donnée, semble-t-il, par le traité manichéen de Touen houang conservé à Pékin ^. Ce traité, en effet, se présente comme l'œuvre commune de Mani et d'un de ses disciples, nommé Ato, que les remarques précédentes permettent d'identifier très vraisemblablement avec Addas ^. Dans les premières lignes, qui ont été détruites, le Maître était, sans doute, décrit assis au milieu d'une assemblée de pieux fidèles auxquels il exposait sa Loi. Au début du texte qui nous est parvenu, Ato, s'étant détaché du groupe, lui pose respectueusement cette question, à son sens, essentielle : (( La nature primitive du corps charnel est-elle simple ou double? » Puis il se retire poiir reprendre sa place et écouter respectueusement la réponse du Maître qui remplit le reste de l'ouvrage ". A la fin, seulement, les fidèles assemblés prennent la parole pour célébrer en chœur la sagesse de l'Envoyé divin ^. L'écrit s'offre sous une forme telle qu'on pourrait se demander, à l'exemple de Titus de Bostra, s'il est de Mani ou d'Ato.

Son contenu est essentiellement manichéen. Et c'est pour cela qu'il a pu être mis dans la bouche de <( l'Envoyé de la Lumière )>. 11 semble fait de morceaux disparates, qui, tout en traitant le

i) Corit. Man. T. 17, cire. fin. ; cf. ihid. l^.

2) Cont. Man. I, 17, fin.

3) Cont. Man. I, 18, cire. fin.

^) Cont. Man. III, cire. init.

5) V. supra, p. 83 et 96-97.

61 L'identification a déjà été proposée par MM. Chavannes et Pelliot, Journ. Asiat., 1911, p. 5oi, not. a.

7) Journ. Asiat., 191 1, p. ôoS-Eog.

8) Journ. Asiat., 191 1, p. 585-589-

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même sujet, l'envisagent à des points de vue différents et exploitent des images assez dissemblables. D'autre part, ces morceaux semblent empruntés à divers écrits de Mani qu'ils citent ou qu'ils résument.

Un premier fragment s'applique à montrer que le monde a été organisé par Tsing-fong (l'Esprit Puissant) et Chan-mou (la Mère de Vie), avec le mélange du Bien et du Mal résultant de la lutte primitive, et que l'homme en est une miniature faite par Lou-Yi (Saklas) et Ye-lo-Yang (Nébroël) et présentant une combinaison analogue de bons et de mauvais éléments ^. Or, tel était le thème général du Trésor de Mani ^ dont toute cette partie pourrait bien n'être qu'un résumé.

Brusquement un nouveau morceau explique qu'un « Envoyé de la Lumière », venant dans le monde, met tous ses soins à séparer les bons éléments des mauvais avec le concours du (( démon affamé » et de son <( feu violent », comme un orfèvre qui fait fondre du minerai d'or pour arracher le métal précieux à sa gangue grossière^. Mani devait exposer la même idée dans son Shâpourakân, où il pai-lait des Messagers divins venus avant lui * et de la façon dont les Elus libèrent progressivement la substance divine en digérant les aliments qui leur sont apportés s.

Un troisième fragment passe sans transition à une idée nouvelle. Il distingue deux « nuits obscures », dont l'une symbolise le Royaume primitif des Ténèbres avec le corps charnel qui en provient, l'autre l'œuvre des Démons révoltés- avec les mauvaises natures déposées par eux dans l'organisme. Puis il décrit « trois jours », dont un représente (c le Vénérable de la Lumière, du Monde de la Lumière pure », c'est-à-dire le Dieu suprême. « Père de la Grandeur », un autre (( le Soleil rond et complet », c'est-à-dire le (( Fils », identifié ailleurs avec le grand Luminaire, le troisième « la grande force de Sou-lou-cha-lo-yi », c'est-à-dire

i) Chavannes et Pelliot, Journ. Asiat., 191 1, p. 5io-534.

2) Ya'qoûbi, chez Kessler, Mani, p. 3oà. Cf. supra, p. 43-47..

3) Chavannes et Pelliot, Journ. Asiat., 1911, p. 535-539-

4) Birouni, ChronoL, trad. Sachau, p. 209. V. supra, p. 54.

5) Augustin, De mor. Man., 52 ; Enarr. in Psalm., CXL, la, etc.

de Srosharay, le « puissant » et le u saint », qui se présente ici comme le substitut de l'Esprit divin ^. Sans doute avons-nous là un résumé du chapitre xvf du livre des Mystères, qui, d'après la table des matières donnée par An Nadim, s'intitulait « Des trois jours » ^.

Un quatrième morceau traite aussitôt après de la lutte du (( vieil homme » et de « l'homme nouveau ». Il montre toni n tour le premier triomphant du second et le second remportant sur le premier, en ce qui regarde la pensée, le sentiment, la réflexion, l'intellect et le raisonnement ^ Il s'adresse a (( l'homme qui entre en religion » ^ et finit en traçant le tableau "du « Dênâvar » ou du Parfait Manichéen ^. Par là, il fait penser au livre de Mani mentionné et résumé par An Nadim, qui exposait les Préceptes pour les Auditeurs et pour les Elus^.

A la fin de ce texte et à propos des Dênâvars, en qui résident « le Père de la Lumière, le Fils de la Lumière et le Vent de h la Loi pure », ou l'Esprit divin, se trouvent citées quelques phrases d'un écrit ^intitulé le Ying louen King, livre de la roue des rétributions ^. Le titre a une signification nettement eschatologique. Un écrit du même genre apparaît dans une œuvre du xif siècle, le Tong tche, qui mentionne, à côté de traités astrologiques d'origine ou d'inspiration étrangère, le Ying louen sin tschao ou Eclaircissements sur la roue des rétributions, par Tsiang Kiuan King, en trois chapitres ^. Ces Eclaircissements pouvaient être un commentaire du livre invoqué dans le traité manichéen. Leurs divisions étaient alors calquées sur celles de l'ouvrage commenté. Comme le Shâpourakân avait aussi trois chapitres, comme il traitait de la destinée des âmes et du rôle que jouent les astres dans leur libération, comme enfin

i) Qiavannes et Pelliot, Journ. Asiat., 191 1, p. 54o-545.

2) Flugel, Mani, p. 102. V, supra, p. 18.

3) Chavaniies et Pelliot, Journ. Asiat., 191 1, p. 546-555.

4) Ihid., p. 55 1.

5) Ihid., p. 551-555.

6) V. supra, p. 5/i-58.

7) Chavannes et Pelliot, Journ. Asiat., 191 1, p. 555-556.

8) Chavannes et Pelliot, Journ. Asiat., igiS, p. io4-io5, not. i.

son titre primitif n'eût offert aucun sens à des lecteurs chinois V on peut se demander si ce n'est pas lui qui se trouve désigné sous le titre de Ying loaen King.

Immédiatement après la citation de ce dernier ouvrage et toujours à propos des Elus en qui résident les personnes" divines, se trouvent rapportées deux phrases d'un autre écrit intitulé le Ning wan King ou livre de Vapaisement universel ^. A cause de la confusion facile et constatée ailleurs des caractère wan et sseu, ce nouveau livre est, sans doute, identique avec un Ning sseu King ou livre de Ning sseu (?), qui se trouve mentionné sur une liste d'ouvrages chrétiens faisant suite à un traité nestorien, un Eloge de ta sainte Trinité, découvert à Touen houang par la mission Pelliot ^. La liste mentionne, à côté du « livre du siaint roi David » et de (( V Evangile », au moins un autre ouvrage manichéen, le San tsi King ou livre d^s Trois Moments. Une note finale du manuscrit nous apprend qu'elle énumère les œuvres traduites en chinois par King-tsing, c'est-à-dire par le moine Adam, d'origine persane, auteur d'une inscription nestorienne, découverte à Si-ngan-fou en 1626 et rédigée en 781. C'est donc vers cette dernière date que le livre de Ning wan ou de Ning sseu serait passé dans la langue chinoise *. Malheureusement son contenu demeure mystérieux comme son titre. On peut seulement conjecturer, d'après les remarques qui précèdent, qu'il comptait aussi parmi les œuvres de Mani.

Aussitôt après la citation qui en est faite commence brusquement un nouveau fragment très important, qui décrit l'œuvre réalisée jadis par le « Grand Envoyé » de la « Lumière bienfaisante », ou de l'Esprit divin, c'est-à-dire d'après le contexte, par Jésus ^. Celui-ci, étant entré dans le monde, détruisit la Ville

i) V. supra, p. ^g-5o.

2) Ghavannes et Pelliot, Journ. Asîat., 191 1, p. 556.

3) Ghavannes et Pelliot, Journ. Asiat., igiS, p. i36, note.

4) Ibid., p. i34, note et i36-i37 note.

5) Ghavannes et Pelliot, Journ. Asiat., 1911, p. 556. Pour l'identification proix)«ée du « Grand Envoyé » et de Jésus, voir aussi p. 566. Pour celle de la « Lumière bienfaisante » et de l'Esprit divin, voir la fin de la citation du Ning wan King, p. 556.

du Mal et fonda la Cité du Bien ^. Il abattit les cinq Arbres mauvais de la pensée, du sentiment, de la réflexion, de l'intellect et du raisonnement et planta 5 Arbres bons correspondants 2, au milieu desquels il établit la pitié comme un roi et la bonne foi comme une reine ^. Puis il lit paraître les « trois grands jours bienfaisants » et il leur soumit les <( deux nuits obscures » ^. Les 12 heures du premier de ces jours, symbolisant les 12 Dominations qui entourent le Père de la Grandeur dans le Royaume de la Lumière, sont le Grand Roi, la Sagesse, la Vie constante, la Joie, le Zèle, la Vérité, la ^oi, la Patience, la Pensée droite, l'Action méritoire, l'Uniformité du cœur, la Lumière totale ^. En brillant sur la pensée, sur le sentiment, sur la réflexion, sur l'intellect et sur le raisonnement, elles leur font produire des fruits nouveaux dont le détail est ensuite donné ^. Cette dernière partie, qui est la plus développée et la plus cohérente, développe, depuis le commencement jusqu'à la fin, une même image, celle des Arbres du Bien et du Mal. Par là, elle se rattache étroitement au livre des Deux 'Racines ou des Deux Principes, qui était tout entier consacré à ce même sujet et qui exposait en détail l'œuvre rédemptrice de Jésus ^. Peut-être n*en est-elle qu'une reproduction partielle.

En somme, l'ensemble du traité est essentiellement manichéen. Il expose la pure doctrine de M'ani, dans la forme qui lui a été donnée par son auteur. Mais il en dégage la quintessence. Il se présente comme un recueil de morceaux choisis, très variés et très denses, consacrés à un même sujet et animés d'un même esprit. Par là, et malgré ses répétitions et ses incohérences, il permet de comprendre comment l'œuvre présumée d'Ato, d'Addo ou d'Addaï a été intimement associée à celle de Mani.

i) Ihid., p. 556-559. Cf. p. 566-567.

2) Ihid., p. 559-563.

3) Ibid., p. 563-565.

d) Ibid., p. 565-568.

5) Ibid., p. 568-569.

6) Ibid., p. 569-585.

7) V. supra, p. 25-3o.

L'oeuvre d'Adimante. — D'après Augustin, Addas était aussi connu sous le nom d'Adimante ^ Cette affirmation très nette d'un esprit avisé, qui a beaucoup lu et étudié les écrits manichéens, est d'un grand poids et il njy a aucune raison de la mettre en doute. Elle n'a rien d'invraisemblable, car on a pu fort bien donner à Addas le surnom d'Adimante, qui veut dire « intrépide » et qui convenait soit à son apostolat, soit à sa dialectique. Par ailleurs, elle cadre très bien avec les renseignements que nous possédons sur le personnage visé par l'évêque d'Hippone.

Fauste de Milève déclare expressément, au début de son œuvre, que, pour lui et pour ses coreligionnaires, (c après le bienheureux Père Manichée, Adimante est le seul auquel on doive s'attacher » ^. La formule latine d'abjuration du Manichéen Prosper, converti au Catholicisme, constate également que, d'après la croyance des hérétiques, « l'Esprit Paraclet » serait venu (( en Mânes ou en Adimante )>. Et, après avoir anathématisé Manès,elle anathématise également « Adimante, tous ses disciples et sectateurs et quiconque croit que l'Esprit Paraclet efet venu en lui » ^. De telles expressions ne se comprendraient guère si le personnage dont il s'agit n'avait été connu que sous le nom d'Adimante. Dans ce cas, en effet, malgré la grande vogue que lui attribuent les textes précédents, il semblerait avoir été presque universellement ignoré par les écrivains orientaux. Seuls les auteurs anonymes des deux formules grecques d'abjuration et les premiers historiens du Paulicianisme parlent de lui ^. Encore le placent-ils à côté d'un Adimante, Adam, ou Adante dont le nom se rapproche de celui d'Addas ^.

i) Cont. Advers. Leg. et Prophet., II, ^2.

2) Cont. Faust., I, 2. Cf. Augustin, Cont. Adim., XII, 2, init. Quem raofmum Doctorem istius sectae fuisse commémorant.

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