‹ Les écrivains français du xvie siècle: choix de morceaux avec une introduction, de brèves notices et des notesChapitre 11 sur 60 · FONDATION DE ROME · texte numérisé non relu

FONDATION DE ROME

Romulus, ayant enterré son frère et ses deux nourriciers, au lieu que l'on appelle Remonia, se mit à bastir et fonder sa ville, enuoyant quérir des hommes en la Thoscane, qui luy nommererit et enseignèrent de poinct en poinct toutes les cérémonies qu'il auoil à obseruer selon les

formulaires qu'ils en ont, ne plus ne moins que si c'estoit quelque mystère ou quelque sacrifice. Si firent tout premièrement vne fosse ronde au lieu qui maintenant s'appelle Comitium, dedans laquelle ils mirent des prémices de toutes les choses dont les hommes vsent légitimement comme bonnes et naturellement comme nécessaires; puis y ietterent aussi vn peu de la terre dont chascun d'eux estoit venu, et meslerent le tout ensemble (ceste fosse en leurs cérémonies s'appelle le Monde, du mesme nom que les Latins appellent Vniuers); et à l'entour de ceste fosse tracèrent le pourpris de la ville qu'ils vouloient bastir, ne plus ne moins que qui descriroit vn cercle à l'entour d'vn centre. Gela faict, le fondateur de la ville prend une charrue, à laquelle il attache vn soc d'airain, et y attelle vn taureau et vne vache, et luy mesme conduisant la charrue tout à l'entour du pourpris fait vn profond sillon, et ceux qui le suyuent ont la charge de renuerser au dedans de la ville les mottes de terre que le soc de la charrue enleue, et n'en laisser pas vne tournée au dehors. Geste trace du sillon est le circuit que doit auoir la muraille : ce qu'ils appellent en latin Pomoerium par vn raccourcissement de syllabes, comme qui diroit Post murum, c'est à dire derrière les murs ou ioignant les murs. Mais au lieu où ils ont pensé de faire vne porte, ils estent le soc et portent la charrue, en laissant vn espace de la terre non labouré : d'où vient que les Romains estiment toute l'enceincte des murailles saincte et sacrée, excepté les portes, pource que si elles eussent esté sacrées et sanctifiées, on eust faict conscience d'apporter dedans, et d'emporter hors de la ville, par icelles, aucunes choses nécessaires à la vie de l'homme, qui toutesfois ne sont pas pures...

Apres qu'il eust fondé sa ville, il divisa premièrement par troupes tous ceux qui estoient en aage de porter armes. Il y avoit en chascune de ces troupes trois mille hommes de pied et trois cens cheuaux, et furent appelées légions,

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pour autant qu'elles estoient composées d'hommes esleuz et choisiz entre tous les autres pour combattre : et le surplus de la commune fut appelé Poj^ulus, qui vaut autant à dire comme peuple. Apres cela il créa cent conseillers les plus apparens et les plus gens de bien de la ville, lesquels il appela patriciens, et toute la compagnie ensemble Senatus, qui vaut autant à dire proprement comme qui diroit le conseil des anciens. Si furent appelez Patriciens, comme aucuns veulent dire, pource qu'ils estoient pères d'enfans légitimes... Mais il me sembleroit plus vraysemblable de dire que Romulus les ait ainsi appelez pource qu'il estimoitque les plus gros et les plus puissans deuoient auoir soin et solicitude paternelle des menuz : ioint aussi que c'estoit pour enseigner aux petis qu'ils ne deuoient point craindre l'authorité des grands, ny estre marris des honneurs et prééminences qu'ils auoient, ains vser de leur port et faueur en leurs affaires, auec toute bienvueillance, en les nommant et les tenant pour leurs pères : car iusques auiourd'huy les estrangers appellent bien ceux qui sont du sénat, seigneurs ou capitaines; mais les naturels Romains les appellent Patres conscripti, qui est vn nom de grand honneur et de grande dignité, sans enuie. Il est vray que du commencement ils furent appelez Patres seulement; mais depuis, pource qu'il y en eut plusieurs adioustez aux premiers, on les nomma Patres conscripti, comme qui diroit Pères adioustez : qui est le plus vénérable nom qu'il eust sceu inuenter pour mettre différence entre le sénat et le peuple. Au demeurant il sépara encore les autres puissans citoyens d'auecques le bas et menu populaire, en appelant les vns Patroni, qui est autant à dire comme deffenseurs et protecteurs, et les autres. Clientes, qui signifie adherens ou receuz en saulvegarde : et engendra entre eux vne bienvueillance qui les lia les vns aux autres par plusieurs grandes obligations reciprocques, pource que les patrons declaroient à leurs adherens les

loix, deffendoient leurs causes en iugement, les conseilloient et prenoient toutes leurs affaires en main, et reciprocquement aussi les adherens faisoient la cour à leurs patrons, non seulement en leur portant tout honneur et reuerence, mais aussi en les secourant d'argent pour leur aider à marier leurs filles, ou à payer leurs debtes, s'ils estoient panures : et n'y auoit ny loy ni magistrat qui peust contraindre le patron de porter tesmoignage à l'encontre de son adhèrent ou suyuant, ny le suyuant à l'encontre de son patron : et depuis, tous les autres droicts d'alliance sont bien demeurez entre eux, excepté seulement que l'on atrouué laid et lasclie, que les grands et puissans prinssent argent de petis.

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