‹ Les écrivains français du xvie siècle: choix de morceaux avec une introduction, de brèves notices et des notesChapitre 26 sur 60 · SVR LE MYSTERE DE L INCARNATION · texte numérisé non relu

SVR LE MYSTERE DE L INCARNATION

Le Verbe diuin, la splendeur, la puissance et la gloire du Père éternel, estant enuoyé au monde, y a voulu establirvne académie saincte, vn estât de grâce, une assemblée diuin e, conduite et animée de son esprit, pour parler à la terre le langage du Ciel, pour enseigner aux hommes la science du salut, et pour les esleuer à vne haute et sublime cognoissance de Dieu, en leur faisant cognoistre de la grandeur de son essence, de la pluralité de ses per-

sonnes, de la profondité de ses conseils, de la singularité de ses œuures, ce que le sens humain ne leur en peut apprendre.

Or vn des premiers et principaux points qu'on nous enseigne en ceste eschole de sapience et de salut, establie et ouuerte au monde, est le sacré mystère de l'Incarnation. Mystère si esleué qu'il surpasse la hautesse de toutes les pensées des hommes et des anges : mystère si excellent, qu'il contient et comprend Dieu et le monde ensemble dedans soy mesme : mystère si profond, qu'il est caché de toute éternité dans la plus secrète pensée de l'Ancien des iours , et dans le sein propre du Père éternel : d'vne manière si haute et ineffable, que le grand apostre le nomme à bon droit, en diuers lieux, le mystère caché de toute éternité en Dieu, qui a créé toutes choses. Et toutesfois ce mystère si haut et excellent, si profond et caché, s'accomplit en la plénitude des temps au milieu de la terre, pour estre exposé à la veuë de la terre et du ciel, tant il est public : et il s'y accomplit pour estre l'obiect de la foy des peuples, l'ancre de leur espérance, la cause de leur salut, et l'accomplissement de la gloire de Dieu en l'uniuers. Car c'est par ce mystère que le ciel est ouuert , que la terre est sanctifiée, que Dieu est adoré, et d'vne adoration nouuelle, d'vne adoration ineffable, d'vne adoration incogneuë à la terre et au ciel mesme auparauant : puisque le ciel auoit bien lors des espris adorans et vn Dieu adoré, mais n'auoit pas encores vn Dieu adorant. C'est par ce mystère que Dieu est en la terre abaissant sa grandeur; et couuert de nos foiblesses, reuestu de nostre mortalité, est opérant luy mesme au milieu de nous, comme vn d'entre nous, le salut du monde. C'est par ce mystère que la terre est vn ciel, et vn nouueau ciel, auquel Dieu habite d'vne manière plus haute et plus auguste, plus saincte et plus diuine qu'il n'habitoit auparauant dans le plus haut des cieux. C'est en la foy, en l'amour et en l'hommage de ce sacré mystère

que Dieu establit par luy mesme, et non par ses anges et seruiteurs, vnc religion en la terre, qui ne sera iamais changée ny ostée de la terre, et qu'il a reseruée aux derniers temps : comme aussi ce mystère porte les derniers traits de sa puissance, de son amour, et de sa sapience éternelle. C'est en ce mystère que l'Eglise doit estre sainctement et diuinement occupée, et la piété des âmes plus esleuées, rauie d'estonnement et d'admiration, contemplant cet obiect : auquel on descouure et on apperçoit, en vue manière ineffable, la maiesté de la diuine essence, la distinction de ses personnes, la profondité de ses conseils, l'eminence, la rareté et la singularité que Dieu a voulu estre en cest vnique ouurage, c'est à dire, tout ce qui est grand, tout ce qui est sainct, tout ce qui est admirable, et comme vn abrégé et va sommaire de tout ce que les oracles de la foy nous reuelent et enseignent de Dieu et de ses œuures.

[De CEstat et des Grandeurs de lesus, discours i*^''.)

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