POETES
Clément Marol naquit à Cahors en 1496. Son père , Jean des Mares ou des Marets, dit Marot, était d'origine normande. Marot fut d'abord page de messire de Neufville, seigneur de Villeroi , et en cette qualité présenté à la cour. Son esprit, sa bonn^ humeur, ses talents lui méritèrent bientôt la protection de Diane de Poitiers et de Marguerite de Valois. En 1524, il suit le roi en Italie; à Pavie, il est blessé et fait prisonnier. Bientôt relâché, il revient en France. Là, son étourderie, ses intempérances de langage, ses sympathies pour la Réforme lui attirent de fâcheuses affaires : il est emprisonné au Châtelet, puis à Chartres. Mettant malicieusement à profit ses loisirs forcés, il compose dans sa soHtude une violente satire contre ses juges, l'Enfer, sorte d'épopée , moitié sérieuse, moitié bouffonne. En 1531, nouvelles imprudences, nouveaux démêlés. Mais les protections de Marot sont puissantes , et on lui promet son pardon s'il veut abjurer ses erreurs. Le poëte consent à tout. Pendant les années qui suivent, ses querelles sont purement littéraires. Son talent lui a créé des envieux, et une nuée de rimeurs fond sur lui, entraînée au combat par un certain François Sagon , que Marot appelle Sagoin , et auquel il donne l'immortalité du ridicule. Fier des applaudissements qui l'accueillent, Marot veut ajouter un dernier et magnifique fleuron à sa couronne de poëte, et il entreprend une œuvre considérable, la traduction des psaumes. Malheureusement il a trop fréquenté les Reformés; leurs idées sont en partie devenues les siennes, et il est protestant sans le savoir. La traduction des psaumes, dépourvue du reste de tout mérite littéraire, est solen-
nellement condamnée par la Sorbonnc, comme entachée d'hérésie. INIarot prend la fuite et va chercher un asile à Genève. Mais ses mœurs, qui n'avaient jamais été régulières, choquent la rigidité protestante. On le condamne au fouet et à la mort. Marot a le temps de s'échapper, il gagne l'Italie et meurt misérablement à Turin , en 1544.
Héritier des trouvères et des enfants sans souci . Clément Marot eut toutes leurs qualités, et en môme temps il se garda d'une partie de leurs défauts. Il a la grâce, la finesse, la sensibilité de Villon; mais sa muse , qui a fréquenté les cours et cultivé les grands , est de meilleure compagnie. La place de Marot est à côté de Ronsard et de Régnier, au premier rang parmi les poètes français du ,xvi® siècle.
Marot a laissé des églogues, des épigrammes, des satires, des contes, des rondeaux , des ballades , des chants royaux , des épîtres , des éléaries.