SUR LA MORT
Que ta puissance, o mort, est grande et admirable!
Rien au monde par toi ne se dit perdurable,
Mais tout ainsi que l'onde, à val des ruisseaux, fuit
Le pressant coulement de l'aultre qui la suit,
Ainsi le temps s'escoule, et le présent faict place
Au futur importun qui les talons lui trace.
Ce qui fut se refaict : tout coule comme une eau,
Et rien dessoubs le ciel ne se voit de nouveau.
Mais la forme se change en une aultre nouvelle,.
Et ce changement là, vivre, au monde, s'appelle,
Et mourir, quand la forme en une aultre s'en va....
Mais nostre ame immortelle est tousjours en un lieu.
Au change non subjecte, assise auprès de Dieu,
Citoyenne à jamais de la ville etheree
Qu'elle avoit si longtemps en ce corps désirée.
Je te salue, heureuse et proffictable mort.
Des extresmes douleurs médecin et confort;
Quand mon heure viendra, déesse, je te prie,
Ne me laisse longtemps languir en maladie,
Tourmenté dans un lict; mais, puisqu'il fault mourir,
Donne moi que soudain je te puisse encourir,
Ou pour l'honneur de Dieu, ou pour servir mon prince,
Navré, poictrine ouverte, au bord de ma province.
(Second livre des Hymnes.)