A SON LIVRE
Cesse tes pleurs, mon livre : il n'est pas ordonné Du destin que, moi vif, tu sois riche de gloire.
Avant que l'homme passe oultre la rive noire, L'honneur de son travail ne lui est poinct donné.
Quelqu'un, après mille ans, de mes vers estonné, Voudra dedans mon Loir, comme en Permesse, boire; Et, voyant mon pays, à peine pourra croire Que d'un si petit lieu tel poète soit né.
Prends, mon livre, prends cœur : la vertu précieuse De l'homme, quand il vit, est tousjours odieuse : Apres qu'il est absent, chacun le pense un dieu.
La rancœur nuit tousjours à ceux qui sont en vie : Sur les vertus d'un mort elle n'a plus de lieu, Et la postérité rend l'homme sans envie.
(Sonnets.)