‹ Les écrivains français du xvie siècle: choix de morceaux avec une introduction, de brèves notices et des notesChapitre 38 sur 60 · DETACHEMENT DE LA VIE · texte numérisé non relu

DETACHEMENT DE LA VIE

Quand la mort ne feroit que nous oster nos peines, Et nous saulver des maux dont nos vies sont pleines. Sans nous rejoindre à Dieu notre souv'rain Seigneur; Encore elle nous fait trop de bien et d'honneur, Et la devons nommer nostre mère amiable... Où est l'homme, ci -bas, s'il n'est bien misérable Et lourd d'entendement, qui ne veuille estre hors De l'humaine prison de ce terrestre corps?...

Si les hommes pensoient à part eux quelquefois Qu'il nous faut tous mourir, et que mesme les rois Ne peuvent éviter de la mort la puissance. Ils prendroient en leurs cœurs un peu de patience....

Beaucoup, ne sachant pas qu'ils sont enfans de Dieu, Pleurent, avant partir, et s'attristent, au lieu D'entonner hautement le beau chant de victoire, Et pensent que la mort n'a que figure noire....

Ghrestiens! le tout c'est TAme; il faut avoir soin d'elle, D'autant que Dieu l'a faite à jamais immortelle :

Il faut trembler, de peur que, parfaits vicieux,

Nous ne la bannissions de sa maison des deux,

Pour endurer ensuite un exil très moleste,

Absente du regard de son Père céleste;

Et ne faut de ce corps avoir si grand ennuy,

Qui n'est que son valet et son mortel étuy,

Brutal, impatient, de nature maligne.

Et qui toujours répugne à la raison divine.

Pour ce, il nous faut garder de n'estre surmontés

Des traistres hameçons de fausses voluptés.

Qui nous abusent tant, qu'en moins d'un seul quart d'heure,

Rien, fors le repentir d'elles ne nous demeure....

Ghrestiens! notre grand Maître, en la croix estendu Et mourant, de la mort l'aiguillon a vaincu, Et d'elle maintenant n'a fait qu'un beau passage A retourner au ciel, pour nous donner courage De porter nostre croix, fardeau léger et doux, Et de mourir pour luy comme il est mort pour nous....

Salut, 0 douce, heureuse et profitable mort! Des douleurs de ci-bas médecin et confort... Quand ceste heure viendra, bening Dieu! je te prie. S'il faut, long-temps pécheur, gissant en maladie, Voir, à ton mandement, le trépas accourir; Donne-moi qu'en chrestien je le puisse encourir!...

^ Hymnes.)

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