‹ Les écrivains français du xvie siècle: choix de morceaux avec une introduction, de brèves notices et des notesChapitre 44 sur 60 · MAI · texte numérisé non relu

MAI

Pendant que ce mois renouvelle

D'une course perpétuelle

La vieillesse et le tour des ans.

Pendant que la tendre jeunesse

Du ciel remet en allaigresse

Les hommes, la terre et le temps;

Pendant que l'humeur printaniere

Enfle la mamelle fruictiere

De la terre en ses plus beaux jours,

Et que sa face soursemee

De fleurs et d'odeurs embasmee

Se pare de nouveaux atours;

Pendant que la vigne tendrette D'une entreprise plus secrette Forme le raisin verdissant, Et de ses petits bras embrasse L'orme voisin, qu'elle entrelasse De pampre mollement glissant; Pendant que la terre, arrosée D'une fresche et doulce rosée, Commence à bouter et germer; Pendant que les vents de zephyres Flattent la voile des navires Rasant la plaine de la mer;

Et que la tresse blondissante De Gères, sous le vent glissante, Se frise en menus crespillons.

Gomme la vague redoublée, Pli sur pli, s'avance, escoulee.

Au galop, dessus les sablons;

Qu'il te souvienne que les roses.

Du matin jusqu'au soir escloses, Perdent la couleur et l'odeur, Et que le temps pille et despouille Du printemps la doulce despouille, Les feuilles, le fruict et la fleuri

Souvienne toi que la vieillesse D'une courbe et lente foiblesse Nous fera chancelier le pas; Que le poil grison et la ride, Les yeux caves et la peau vide Nous traisneront tous au trespas!

(Poèmes.)

DU BARTAS

L'auteur de la Semaine de la création , Guillaume de Salluste , seigneur du Bartas, naquit en 1544, à Montfort, près d'Auch. Ce poëte eut de la verve, de limaginalion , de la fécondité , mais il manquait complètement de goût et de mesure; et son poëme, après avoir excité une admiration exagérée, est tombé dans un oubli presque complet. S'il ne mérite pas l'estime que ses contemporains professaient pour lui , s'il n'a pas droit aux éloges hyperboliques que Gœthe lui prodigue, du Bartas a pourtant laissé de belles pages qu'il serait injuste d'oublier. Aussi, aventureux dans les combats de l'épée que dans ceux de la plume, du Bartas, protestant convaincu, fut un des plus intrépides soldats de Henri IV. Il tomba mortellement blessé à Ivry, le 14 mars 1590.

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