Acte, nécessité, fin, renouvellement
A son poinct il conduit astres et influences
En cercles moindres, grands soubs leurs inteUigences.
Ou anges, par qui sont les esprits arrestés.
Des la huitième sphère, à leurs corps apprestés.
Démons distributeurs des renaissantes vies,
300 D'AUBTGNÉ
Et des arrests qu'avoient escrits les encyclies.
Ces officiers du ciel, diligents et discrets,
Administrent du ciel les mystères secrets,
Et insensiblement mesnagent en ce mond«,
De naistre et de finir toute cause seconde.
Tout arbre, graine, fleur et beste, tient de quoi
Se ressemer soi mesme et revivre par soi.
Mais la race de l'iiomme a la teste levée,
Pour commander à tout chèrement réservée.
Un tesmoing de nature à discerner le mieux.
Augmenter, se mesler dans les discours des dieux,
A cognoistre leur estre, et nature et puissance,
A prononcer des bons et mauvais la sentence.
Ce membre de hault prix, c'est l'homme raisonnant,
Du premier animal ce chef d'œuvre eminent.
Or, quand la mort dissout son corps, elle ne tue
Le germe non mortel, qui le tout restitue.
La dissolution qu'ont soufferte les morts
Les prive de leur sens, mais ne destruit les corps.
Son office n'est pas que ce qui est périsse,
Bien que tout le caduc renaisse et rajeunisse.
Nul esprit ne peut naistre ; il paroist de nouveau :
L'esprit n'oublie poinct ce qui reste au tombeau.
Soit l'image de Dieu l'éternité profonde,
De ceste éternité soit l'image le monde,
Du monde le soleil sera l'image et l'œil,
Et l'homme est en ce monde image du soleil.
(Tragiques, liv. VII : Jugement.)
GÂRNIER
Robert Garnier naquit en 1334, à la Ferté- Bernard, Venu après Jodelle, il s'éleva plus haut que lui, et malgré des longueurs, des. faiblesses d'expression , des trivialités choquantes , des incorrections trop nombreuses, il a laissé de belles scènes, et jeté çà et là quelques vers d'un accent tout cornélien. N'est-ce pas lui qui a mis dans la bouche d'Antigone certaine parole, sœur des mots héroïques du Cid, d'Horace et de Polycuctc?
J'ai mieux aimé mourir que faillir au devoir.
Il est donc juste de traiter avec égards ce poëte, qui a exprimé de nobles pensées et parlé un noble langage. Mais il no faudrait pas partager l'enthousiasme quelque peu ridicule de certains contemporains, hommes d'esprit pourtant et hommes de goût, qui osèrent l'égaler à Euripide, à Sophocle, au grand Eschyle lui-même. La postérité, qui juge de sang-froid les hommes et les choses, a mis Garnier à sa juste place, je veux dire au rang des poètes estimables qu'il y aurait ingratitude à oublier. Garnier mourut en luDO. On a de lui neuf tragédies; la meilleure est Bradamante.