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quelque succès. Mais si les détails nous manquent sur la vie de Tite Live, nous avons, de l’admiration même qu’inspiraient ses écrits, un témoignage éclatant. Un étranger, un Espagnol, vient à Rome;
il demande à voir Tite Live, et, l’ayant vu, s’en
retourne, ne voulant rien visiter de la ville éternelle, après y avoir contemplé ce que, selon lui, elle renfermait de plus grand. Ce fait, rapporté par Pline le Jeune, et, après lui, par saint 'Jérôme, est
le plus grand hommage que jamais écrivain ait reçu. Cette admiration s’est soutenue : au moyen âge , Tite Live est, avec Virgile, celui de tous les auteurs latins qui a le plus vécu dans la mémoire, et celui qui, à la Renaissance, a le plus vivement éveillé l’étude et la sympathie. Il ne s’en faut pas étonner : la grandeur de l’ouvrage se trouve jointe, dans les Décades, à la beauté du génie. Le sujet était le plus heureux que pût choisir un his- \
torien : il offre l’unité dans la variété des événe-
ments ; le cycle , que veut retracer l’écrivain , j’allais dire le poète, est complet. Rome a achevé de bâtir l’édifice éternel, elle le croyait du moins, de sa puissance :
• Tantæ raolis erat romanam condere gentem !
et elle se repose dans une paix majestueuse; non sans regrets peut-être d’une liberté qui a disparu, mais heureuse, après tant d’agitations, de respirer
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enfin. Si le forum est muet, la parole n’est pas esclave. On est à ce moment du principat d’Auguste où l’on peut encore dire, sans péril, ce que l’on pense. En effet, d’après ce que dit Tite Live lui-même, au Livre premier, il paraît qu’il commença ce travail pendant la paix qui suivit la bataille d’Actium.
C’est un tel sujet, sept siècles de combats terni*», nés par la soumission de l’univers et le repos 'de Rome, que Tite Live s’est proposé de retracer : sujet magnifique, épopée et drame tout à la fois, qui dans son étendue même a ses limites fixées et ses péripéties continuelles dans l’unité d’action. Aussi Tite-Live en sent-il tout l’intérêt en même temps que la grandeur. « Si je ne me fais illusion, dit-il, sur l’ouvrage que j’entreprends, jamais république ne fut ni plus puissante, ni plus juste, ni plus riche en grands exemples : « Cæterum aul me amornegotii suscepli fallit,aut nullaunquam respublica nec major, ncc sanctior, nec bonis exemplis ditior fuit. » Et, ravi de cette grandeur, dans sa double émotion de Romain et d’écrivain, avant de raconter celte histoire de Rome, il invoque les dieux, comme avait fait Romulus en la fondant : urbem auspicato OAiguratoque conditam.
Cette émotion n’est pas une émotion passagère ; née au moment même où, pour la première fois, l’artiste a été en présence de son œuvre, elle 11e
2*8 TITE LIVÇ.
l’abandonnera plus; loin de là : à mesure qu’il avance dans ces siècles reculés, qu’il retrace les antiques vertus romaines, il s’en éprend davantage, et son âme s’identifiant avec elles, il redevient citoyen de la vieille Rome. « Je ne sais, dit-il, comment cela se fait; mais en peignant l’antiquité, mon âme, elle aussi, en devient contemporaine. » Confidence naïve de cette sensibilité précieuse du génie qui sent ce qu’il exprime et voit ce qu’il peint, si éloigné, si effacé que soit le modèle. C’est le don merveilleux de Tite Live que cette sympathie avec son sujet ; mais ce n’est pas son seul don. Si, comme l’a dit Buffon, le style n’est que l’ordre et le mouvement que l’on met dans ses pensées, qui, avec l’imagination de l’artiste, a possédé à un plus haut degré que Tite Live, cette faculté de l’ordre et de l’harmonie dans la composition ? Avec quelle régularité sans monotonie, quelle rapidité sans confusion, se classent et se déroulent ces événe» ments si compliqués de l’histoire romaine! Dans ce drarfie si long et plein de situations si diverses, quelle lumière toujours présente en éclaire les détails comme l’ensemble ! La royauté, nécessaire à l’enfance de Rome, a été chassée par suite de l’attentat des fils de Tarquin : avec quelle satisfaction l’historien salue l’avénement de la liberté ! « Liberi jam hinc populi Romani res, imperiaque legum potenliçra quam hominum peragam. » Et quand il a suivi
TITE LIVE
Rome dans toutes les phases de sa fortune, qu’il nous l’a montrée soumettant les peuples voisina et l’Italie, triomphant de Carthage et de l’Asie, il s’arrête dans une religieuse admiration devant cette Rome victorieuse, devant cet empire, le plus grand après celui des dieux : « Maximum secundum Deorum opes imperium. » Il a, en même temps que le sentiment de la grandeur de Rome, celui de son éternité.
Mais ces grandes qualités de l’historien, cette vive et souvent poétique imagination, ce patriotisme enthousiaste , Tite Live ne leur a-t-il pas sacrifié l’exactitude des recherches et des détails si nécessaires dans l’histoire? On l’en a accusé, et il faut examiner ces critiques. On lui a d’abord reproché la certitude qu’il paraît accorder aux premiers siècles de Rome. En 1738, Beaufort publiait un mémoire sur l’incertitude des premiers siècles de Rome; ses doutes furent reproduits par Lévesque dans son histoire critique de la république romaine (1807), et enfin Niebuhr (en 1812) nia absolument l’authenticité de l’histoire des premiers siècles de Rome. Nous n’avons point à examiner cette question curieuse, mais si obscure ; nous dirons seule-* ment à la décharge de Tite Live qu’il semble avoir prévu les critiques dont il a été, en ces derniers temps, plus particulièrement l’objet * et y avoir d’avance répondu. En effet, que dit-il dans sa pré-
TITE LIVE
face? « 11 faut pardonner à l’antiquité de rendre plus auguste le berceau des villes, en mêlant le divin à l’humain ; et si jamais peuple a eu le droit de consacrer ses origines, et de les rattacher aux dieux, telle a été la gloire militaire de Rome qu’elle peut à juste titre revendiquer Mars pour son père et pour celui de son fondateur, et que les nations acceptent aussi volontiers cette tradition qu’elles acceptent son empire. » Et ailleurs il fait entendre d’une manière beaucoup plus explicite qu’il ne croit pas très-fermement à cette certitude historique des premiers temps de Rome. « J’ai dans cinq livres exposé ce qui s’est passé depuis la fondation jusqu’à la prise de Rome, sous les rois d’abord, ensuite sous les consuls et les dictateurs, les décemvirs et les tribuns consulaires, les guerres au dehors, au dedans les séditions; sujets que leur profonde antiquité rendait obscurs, et que l’on peut à peine distinguer dans l’éloignement des temps; ajoutez qu’alors on écrivait peu et l'on écrivait mal, et que, 'confiés à la seule fidélité de la mémoire, les documents que pouvaient renfermer les commentaires des pontifes et autres actes publics ou particuliers ont péri dans l’incendie de la ville. »
Je le demande : est-il possible de mieux signaler que ne le fait ici Tite Live l’incertitude de ces premiers siècles de Rome, et la difficulté, ou plutôt l’impossibilité de dissiper, à l’aide de documents cer-
Diqitiz
TITE LIVE
tains, cette obscurité impénétrable ? Il faut, en effet, le reconnaître : à son origine, Rome manque d’une histoire nationale ; c’est entre les mains des Grecs que cette histoire a pris sa forme, et c’est d’eux qu’elle a reçu ces fictions qui la rendent, en ces premiers temps, si semblable à l’histoire grecque. Ainsi l’équivalent des combats des Horaces et des Curiaces, du dévouement de Mucius Scévola, se trouve dans les fragments des Arcacliques de Démarate et des Persiques d’Agatharcide, conservés par Stobée. L’histoire de la prise de Gabies par Sextus ressemble de bien près à celle de la prise de Babylone par Zopyre; enfin on trouve aussi dans Hérodote l’origine de la légende des pavots coupés.
Les sources ne manquaient pas cependant entièrement aux historiens, où ils pussent puiser quelques documents certains. Ces monuments étaient les chants saliens, les traités conclus sous les rois, les livres pontificaux qu’au temps d’Horace les érudits avaient peine à comprendre; il y avait enfin 3000 tables d’inscriptions qui se trouvaient dans le Capitole quand il fut incendié, et que Vespasien fit rétablir. Que Tite Live n’ait pas toujours été assez curieux de renseignements là même où l’exac titude lui eût été plus facile, nous l’accordons ; mais qu’il ait donné pour un esclave Servius Tullius qui était un vainqueur toscan qui avait occupé le mont
TITE LIVE
Cœlius ; qu'il ait montré Porsenna reculant devant le courage de Glélie, tandis qu’ën réalité Porsenna prit Rome, et qu’en se retirant il interdit aux Romains l’usage du fer excepté pour le labourage ; ces inexactitudes relevées de nos jours d’après des renseignements qui peut-être lui manquaient, ne me paraissent pas très-graves. Les anciens concevaient l’histoire autrement que nous ne la concevons ; pour nous, et aujourd’hui surtout, elle est la recherche des faits, presque une curiosité archéologique ; pour les anciens et pour Tite Live principalement elle était une œuvre d’art, un enseignement moral, une leçon de politique.
Il faut donc croire qu’en effet le récit de Tite Live a été souvent basé uniquement sur la tradition et sur la légende ; mais en même temps il ne faut pas oublier que Tite Live nous en a avertis, et qu’il lui était impossible d’établir la certitude là où les documents manquaient ou bien étaient inintelligibles. Mais à côté des légendes conservées par la crédulité des anciens annalistes et recueillies par le patriotisme de l’historien, il y a quelques grands faits assez positifs, sinon d’une certitude complète.
S’il est facile, ce nous semble, de justifier la crédulité de Tite Live à l’égard des premiers temps de Rome, alors que les monuments étaient rares ou incertains, il est moins facile de l’excuser sur les faits où les documents ne lui devaient pas manquer.
TITE LIVE
Je le reconnais donc : il n’a pas l’exactitude de Po-
lybe, qu’il suit pourtant ordinairement, bien qu’il ne le cite qu’une seule fois, du moins dans les livres qui nous restent : « Polybius haudquaquam spemendus auctor. » C’est surtout dans la manière de présenter les événements que Polybe et Tite Live diffèrent : Tite Live aime un peu trop les effets de théâtre ; Polybe ne recherche que la vérité historique. Cette différence est sensible dans la manière dont ils ont l’un et l’autre décrit le .passage des Alpes. Polybe annonce qu’il sacrifiera toutes les fables ; Tite Live fait apparaître à Annibal l’immensité de l’Italie, vastitas Italûe. Polybe a retranché la légende des rochers fondus avec du vinaigre, que Tite Live a recueillie soigneusement ; et autres détails sur lesquels il serait facile de signaler cette différence. Mais, en désaccord sur quelques points, ils conviennent le plus souvent.
De cette vue générale de l’ouvrage de Tite Live, arrivons aux détails, et étudions successivement les narrations, les portraits et les discours. La narration, naturelle, pleine, simple et dramatique tout à la fois, ne se rencontre nulle part plus parfaite que chez Tite Live. Dès les premiers livres nous rencontrons d’admirables récits, populaires comme la poésie, saisissants comme le drame. Qui ne se rappelle et le combat des Horaces, et le meurtre de Servius Tullius , et la mort de Lucrèce ? Si l’on veut
T1TE LIVE
juger de la supériorité deTite Live en ce genre, que l’on compare le récit de la mort de Lucrèce dans les Fastes d'Ovide, à celui qu’en fait Tite Live. Quand Lucrèce annonce son déshonneur à son mari, à son père, le poète lui fait dire :
Quæ potuit narrat.... restabant ultima, flevit;
El matronales erubnere genæ.
Sans doute, il y a quelque délicatesse de pudeur dans cette interruption, mais une délicatesse un peu trop spirituelle. Cela vaut-il ce cri de vengeance ?
Vestigia viri alieni, Collatine, in lectosunt tuo....
Pestiferum hinc abstulit gaudium.
On peut citer encore l’aventure de Virginie, l’exil • de Camille, tragédies toutes faites èt qui, transportées sur la scène telles qu’elles sont dans l’historien, auraient peut-être plus remué les âmes qu’elles ne l’ont fait un peu trop accommodées au goût moderne; là Corneille touchait, sans le savoir, à Shakspeare. Mais ce qui fait la beauté incomparable des narrations de Tite Live, ce n’est pas cet art si vrai et si pathétique tout à la fois, c’est le sentiment moral dont elles sont empreintes; ce sont les affections tour à tour douces, terribles, pieuses ou nationales qui y dominent. Tite Live parle à l’imagination sans doute, mais il saisit surtout et intéresse l’âme.
On est d’accord sur la beauté des narrations dans
TITE tIVE.
Tite Live ; on ne l’est pas également, je ne dirai pas sur la vérité, mais sur la nécessité des portraits dans l’histoire. Je ne veux pas ici traiter cette question : je dirai seulement que, si chez quelques historiens, les portraits peuvent paraître des hors- , d’œuvre qui semblent venir là plutôt pour la satisfaction de l’artiste que pour l’instruction du lecteur , il n’en est pas de même des portraits chez Tite Live, où, toujours naturellement amenés, ils viennent en quelque sorte se placer d’eux-mêmes et s’encadrer dans le récit pour arrêter nos regards et bien fixer en notre esprit les traits des personnages que nous avons déjà vus agir, et qui vont plus souvent et sur le premier plan occuper la scène. Tels sont, entre autres, le portrait de Caton, celui d’Annibal.
. Les harangues de Tite Live ont été fort admirées par les anciens : « supra quam enarrari potest eloqumtem » a dit Quintilien. La critique moderne leur est moins favorable. « J’ai du regret, dit Montesquieu, de voir Tite' Live jeter ses fleurs sur ces énormes colosses de l’antiquité; je voudrais qu’il eût fait comme Homère, qui néglige de les parer, et qui sait si bien les faire mouvoir. » « Il n’est pas, selon Napoléon, une seule des harangues de Tite Live qui ait été tenue par un général d’armée, car il n’en est pas une seule qui ait le trait de l’impromptu. » (Mémoires de Montholon.) Je l’avoue : les discours
TITE LIYE.
de Tite Live trahissent quelquefois le rhéteur dans l’orateur; ils n’ont pas toujours la vérité locale, la vérité historique; mais ils ont une 'autre et plus profonde vérité, la vérité morale. Si les harangues militaires n’ont pas toujours ce trait que leur voudrait Napoléon , les harangues tribunitiennes ont une incomparable vigueur; et Tite Live sait, selon les personnages, qu’il fait parler, admirablement approprier le langage à l’âge, au sexe , à la circonstance; nul écrivain n’a mieux observé les convenances et mis dans l’art plus de naturel ; nul ne s’adonne moins que lui à la fantaisie. Deux fois seulement, dans un ouvrage si étendu, il se permet des digressions : la première , pour prouver que si Alexandre , vainqueur de l’Orient , eût tourné ses armes contre l’empire romain, il eût été vaincu; la seconde, au moment où il va retracer les guerres puniques.
L’historien pour quelques inexactitudes, l’orateur pour quelques souvenirs de rhétorique, ont pu rencontrer quelques critiques; l’écrivain n’a rencontré que des éloges. Je sais la critique d’Asinius Pollion; mais qu’est-elle auprès de ces éloges de Quintilien? « Lactea ubertas. — Clarissimus candor.» Quel éclat en effet et quelle pureté ! Quelle richesse d’expressions ! Quelle variété de tours ! Quel cours limpide et abondant, profond et majestueux tout à la fois de pensées qui nous ravissent et nous entraînent
TITE LIVE
d’un si doux et cependant si impérieux mouvement! Ce flot d’expressions toujours si régulier et si plein, mais si rapide cependant et si jaillissant, vous porte et vous soutient sans fatigue à travers ces récits de combats , ces tragédies domestiques , ces mille accidents par lesquels se poursuit et s’achève la fortune de Home. On a reproché à Tite Live de n’avoir pas conservé dans son style les teintes diverses des temps et des auteurs qu’il avait reproduits ou consultés, d’avoir étendu sur toutes les époques et sur tous les personnages la couleur brillante du siècle d’Auguste. Ces reproches ne sont pas fondés. Tite Live a retenu, autant que faire se pouvait, les différentes formules du droit fécial et du droit pontifical, la grande originalité de Rome ; mais s’il eût cherché à teindre sa diction des nuances diverses des auteurs et des temps qu’il parcourait, reproduire le style âpre de Menenius, même celui de Caton et des Gracques, il eût, sans profit pour la vérité historique, manqué à cette règle de goût qui veut qu’un écrivain s’exprime dans le style de son siècle, quelque époque qu’il retrace. La couleur locale autrement entendue est bigarrure et non fidélité littéraire.
Mais mieux que le style, si parfait qu’il soit, la pensée, parlons plus justement, l’âme de l’historien vous soulève et vous ravit par d’ineffables beautés. Vous êtes séduits à son patriotisme; vous vous identifiez avec lui aux revers et aux triomphes de
Rome. Après Cannes, vous êtes abattu; mais quand, après avoir achevé le tableau des guerres puniques, l’historien s’arrête et pousse comme un cri de victoire, avec lui vous le répétez ce cri. Ce patriotisme toutefois ne suffirait pas à expliquer le vif intérêt que nous prenons aux récits de Tite Live ; avec le style et le patriotisme , il faut l’art de la composition. Cet art est merveilleux dans Tite Live ; les Décades offrent, au plus haut degré, ces gradations savantes, ces artifices heureux que soutiennent et raniment l’attention , ces combinaisons de faits tout à la fois simples et naturelles qui forment de piquants contrastes ou des repos bien ménagés. L’intérêt va toujours croissant ; d’autant plus difficile à éveiller cependant et à soutenir, que le dénoûment de cette tragédie romaine est heureux et donne raison, contre la règle tragique et la conscience humaine , à une habile et impitoyable politique.
Le patriotisme de Tite Live ne l’a-t-il pas entraîné trop loin? Jaloux de la gloire de Rome, n’a-t-il pas été injuste à l’égard des peuples vaincus? Ne l’a-t-il pas été à l’égard d’Ânnibal? « Je m’imagine, a dit Montesquieu, qu’Annibal disait fort peu de bons mots , et qu’il en disait encore moins en faveur de Fabius et de Marcellus. » N’a-t-il pas été trop indulgent pour la politique de Rome, pour sa conduite envers les peuples vaincus, quand il déclare que jamais peuple n’imposa aux vaincus des lois
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TJ TE LIVE.
plus douces que celles .qu’imposait le peuple romain?
Une autre question se rattache naturellement à
celle-ci. Dans cette partie de son histoire que nous
n’avons plus, et qui traitait des événements plus
rapprochés de la dictature de César, pour quel parti
se prononçait Tite Live? Pour Pompée, si l’on croit
le reproche que lui adressait Auguste, et que Tacite
rapporte. D’un autre côté; s’il eût été véritablement
Pompéien, aurait-il écrit de Cicéron : « qu’après tout
sa mort était juste, et que vainqueur il eût fait subir à son ennemi le sort qu’il en subit lui-même. » « Quæ vere æstimanti minus indigna videri potuit quod a victore inimico nihil crudelius passas erat quam quod ejusdem forlunæ compos ipse fecisset. »
Les sentiments que l’on peut surprendre dans l’ouvrage de Tite Live paraissent ajouter à cette incertitude. Deux fois il parle d’Auguste, et il en parle avec une modération qui est presque un assentiment à son pouvoir; et pourtant dans toute son histoire circulent comme un souffle et un regret de la liberté qui ne permettent pas de penser que l’historien de la république romaine en ait retracé avec indifférence les funérailles. Si ces regrets paraissent moins amères et moins profonds que ceux de Tacite , c’est que Tite Live n’a pas été , comme Tacite, témoin des maux de la tyrannie; il n’en a vu, dans Auguste, que les heureuses prémices;
TITE LITE
et d’ailleurs ce qui fut depuis l’empire pouvait ne lui paraître qu’une dictature nécessaire, mais éventuelle. Quoi qu’il en soit, on doit, à ce patriotisme qui fait l’âme de ces récits comme son génie en fait la beauté, reconnaître- en lui un grand citoyen en même temps qu’un admirable écrivain; et l’on peut croire que de quelque côté que sa préférence inclinât, son impartialité restait intacte, puisqu’il a reçu de Tacite, son rival, un éloge qui résume si bien son incomparable éclat comme écrivain , sa bonne foi comme historien.
L’histoire n’eut pas longtemps cette franchise. Sous Tibère, Velleius Paterculus en fit un panégyririque ; remarquable cependant par une vue nouvelle, Velleius fît entrer dans son récit le mouvement intellectuel : il eut le pressentiment de l’histoire littéraire.
PÉTRONE
Argomentiira luxuriæ Publie® orationis lascivia.
(Sênêquk, Lettre t, ni.)
• Pour C. Pétrone, le jour se passait dans le sommeil, la nuit dans le travail et les plaisirs de la vie ; les autres vont à la renommée par leur activité ; lui, il y parvint par sa nonchalance. Il passait, *• non pour un débauché et un dissipateur, comme la plupart de ceux qui engloutissent leur fortune, mais pour un voluptueux raffiné. Plus ses paroles et ses actions annonçaient d’abandon et une certaine négligence, plus elles charmaient par leur simplicité môme. Toutefois, devenu proconsul de Bithynie, et plus tard consul, il se montra actif et à la hauteur de ses fonctions ; ensuite, retombé dans
PÉTRONE
les vices ou dans l’imitation des vices, il fut admis parmi le petit nombre d’intimes de Néron; il y devint l’arbitre du goût, et le prince ne trouvait de délicieux et de magnifique que ce que Pétrone avait approuvé. De là cette haine de Tigellinus qui voyait en lui un rival plus habile dans l’art des voluptés. Il s’adresse donc à la cruauté du prince, passion à laquelle cédaient toutes les autres. Il accuse Pétrone d’être lié avec Scévinus. Par hasard, durant ces jours, l’empereur était allé en Campanie, et Pétrone l’avait suivi jusqu’à Cumes. Il y fut arrêté ; il ne se livra à aucune alternative de crainte ou d’espoir, et toutefois ne se hâta pas de quitter la vie ; mais il se fît, à loisir, tantôt ouvrir, tantôt refermer les veines, et s’entretint avec ses amis, non d’objets sérieux ou qui pussent faire briller sa fermeté. Il écoutait leurs discussions qui roulaient, non sur l’immortalité de l’âme et sur les opinions des philosophes, mais sur des poésies légères et des vers badins. Il alla même se promener, se livrer au sommeil; et, quoique. forcée, sa mort ressemble à une mort accidentelle. Dans son testament même, il ne flatta point, ainsi que la plupart de ceux qui périssaient, Néron ou Tigellinus; mais dans un écrit il détailla, sous les noms de débauchés et de femmes perdues , les monstruosités du prince , ses innovations en lubricité, et l’envoya à Néron, scellé de son anneau qu’il brisa ensuite, de peur
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qu’il ne servît bientôt à faire de nouvelles victimes. »
Ce Pétrone dont Tacite trace ici le portrait avec de si vives couleurs, et dont il peint d’une manière si pittoresque la mort tout à la fois si insouciante et si courageuse, ce Pétrone est-il l’auteur du Saty ricon? Nous le pensons, sans ignorer tout ce que l’on peut dire contre cétte opinion. L’écrit que nous allons en partie analyser est-il celui qu’il composa à ses derniers moments, et qu’il adressa à Néron comme une dernière vengeance? Il serait plus difficile de le soutenir; la longueur, même de cette satire ne permettant pas de supposer (et encore nous n’en avons que des fragments) qu’elle ait pu être composée dans l’intervalle si court qui sépare la mort de Pétrone de son arrestation. Mais si cet écrit n’est pas le testament accusateur que Pétrone adressa à Néron, on ne peut douter qu’il ne soit de la main de Pétrone, et une image fidèle de la cour de Néron, en même temps qu’une peinture curieuse de la société romaine à cette époque; c’est à ce titre que nous l’interrogeons, ne prenant du reste de ce tableau, parfois effronté, que ce qui peut se montrer. Suivons donc le valet d’Agamemnon qui nous appelle, et avec lui entrons chez Trimalchion.
Sous le vestibule, remarquez d’abord le portier, habillé de vert, avec une ceinture verte : il épluche
PÉTRONE
des pois dans un plat d’argent. A gauche de l’entrée, près de la loge du portier, vous lisez en lettres capitales : Gare, gare le chien; Cave, cave canem. Ne vous effrayez pas ; ce dogue énorme, enchaîné, ce n’est un dogue qu’en peinture. Examinez à loisir ces sujets peints à fresque sur la muraille : on y voit un marché d’esclaves qui portent leurs titres suspendus à leur cou, et Trimalchion lui-même qui, les cheveux flottants et un caducée à la main, entre à Rome conduit par Minerve. Dans un angle du portique, on voit encore une vaste armoire, qui renferme un reliquaire où sont placées des Lares d’argent, une statue de Vénus en marbre; puis, au centre du portique, des peintures représentant l’Iliade et l’Odyssée, et sur la gauche uq combat de gladiateurs.
Mais nous voici arrivés à la salle à manger. Elle est ornée d’une horloge, près de laquelle un esclave, une trompette à la main, avertit de la fuite du temps et de la vie i raffinement de l’épicuréisme qui, Horace nous l’a appris, appelait la mort comme contraste et comme rehaussement du plaisir ; c’est ainsi qu’au fond de ses paysages le Poussin aime à placer le tombeau d’un berger : Vive mcmor quam sis ævi brevis , c’était, chez les Anciens, la devise de toute fête. Je ne reproduirai pas toutes les magnificences plus bizarres que délicates du festin. Qu’il nous suffise de dire qu’au XVIII e siècle, un
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amateur de l’art culinaire antique ayant eu la fantaisie de se donner une représentation complète de ce festin, cette fantaisie lui coûta trente mille francs ; et, de son propre aveu, le dîner était détestable. Mais voici Trimalchion qui s’avance aux accents d’une symphonie, porté par des esclaves qui le posent bien mollement sur un lit garni de petits coussins; sa tête chauve s’échappe d’un voile de pourpre, et son cou est affublé d’une vaste serviette en forme de laticlave, qui s’étend sur tous les vêtements et dont il est surchargé, et qui retombe en franges des deux côtés. Trimalchion, à peine assis, prend la parole et devise, avec autant de fatuité que d’ignorance, de sculpture, de poésie, de peinture et d’histoire. Ne vous étonnez pas que Trimalchion parle ainsi haut et fort sur toutes choses : il a trois bibliothèques.
A côté de Trimalchion, dans une espèce d’aparté, des conversations se tiennent aussi, conversations de valets, mais qui, elles aussi, ont leur intérêt et leur enseignement. Voyons si, à côté de ce luxe fastueux de Trimalchion, de ces prodigalités monstrueuses et insensées, il n’y a pas des plaintes et des misères. Trimalchion est satisfait; le peuple l’est-il ? Ganymède reprit ainsi : « Tous ces vains propos n’intéressent ni le ciel ni la terre, et personne de vous ne songe à la famine qui nous menace. Je vous jure que, de toute la journée, je n’ai pu trouver
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à me procurer une bouchée de pain. Malheur aux édiles qui s’entendent avec les boulangers ! Aidemoi, je t’aiderai, voilà ce qu’ils se disent entre eux : aussi le menu peuple souffre pendant que ces sangsues nagent dans l’abondance. Jadis les vivres étaient pour rien; deux hommes affamés n’auraient pu manger un pain d’un sou; aujourd’hui ceux qu’on nous vend au même prix ne sont pas gros comme l’œil d’un bœuf. Hélas! hélas! tout va de mal en pis dans ce pays. Ôh! si nous avions un peu de sang dans les veines., on ne- nous mènerait pas de la sorte. Mais tel est le peuple aujourd’hui: brave comme un lion au logis, timide au dehors comme un renard. Quant à moi, j’ai déjà mangé le prix de mes habits; et, si la disette continue, je serai forcé, pour vivre, de vendre ma pauvre bicoque. Lé ciel me soit en aide ! Je crois que tout cela arrive par la volonté des immortels; car, de nos jours, personne ne pense qu’il y ait un dieu au ciel ; plus de jeûnes, on estime Jupiter moins que rien; mais tous, les yeux courbés vers la terre, ne songent qu’à compter leur or. »
Le peuple souffre donc; mais il a des fêtes, des spectacles : « Parle mieux, je te prie, dit Échion, homme de pauvre apparence, il ne faut pas nous montrer si difficiles; n’allons-nous pas avoir dans trois jours un spectacle magnifîqué? un combat, non pas seulement de gladiateurs, mais où l’on
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verra figurer ün grand nombre d’ affranchis ! Ce ne sera pas un combat pour rire; on donnera aux combattants du fer bien trempé, ils- n’auront pas la faculté dé fuir, et les spectateurs verront un véritable carnage au milieu de l’arène. Je flaire d’avance le festin que Mammea doit nous donner; il y aura, j’espère, deux deniers d’or pour moi et pour les miens. Si Mammea nous fait cette générosité, puisse-t-il supplanter entièrement Norbanus dans la faveur publique; et de bonne foi, quel bien nous a fait ce Norbanus? il nous a offert en spectacle de misérables gladiateurs loués à vil prix, et déjà si vieux, si décrépits, qu’un souffle les eût renversés : ce n’étaient que des gladiateurs à la douzaine, des poltrons s’il en fut jamais. »
Nous avons entendu le maître et les valets; interrogeons la classe moyenne, ou, si vous l’aimez mieux, la classe libérale. Voyons : quelle carrière les pères ambitionnent-ils pour leurs fils ? La médecine? elle a du bon assurément; mais elle a ses erreurs.. « Que dirait-on, si Chrysante n’eût pas observé un régime sévère? Pendant cinq jours, il n’est pas entré dans sa bouche une goutte d’eau, pas une miette de pain, et cependant il s’en est allé ! Mais il a eu affaire à un trop grand nombre de médecins. » Le métier d’avocat pourrait bien être préférable. Voici venir un père qui veut ménager à son fils un puissant patron. «Eh quoi! dit-il
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au représentant de l’éloquence, à Agamemnon, ne pourrai -je pas quelque jour vous persuader de ve» nir à la campagne visiter notre humble chaumière? nous y passerons agréablement le temps. A propos, je vous élève un futur disciple dans mon petit Cicéron : il sait déjà quatre parties de l’oraison. J’ai acheté depuis peu, pour ce cher enfant, des livres de chicane, parce que je veux qu’il ait quelque teinture du droit ; c’est là un véritable gagne-pain, Quant aux belles-lettres, il n’en a déjà la tête que trop farcie. Aussi, s’il apprend bien le droit, j'ai résolu de lui faire apprendre quelque profession utile, comme celle de barbier ou de crieur public, ou tout au moins d’avocat. Aussi je lui répète cha-, que jour : Regarde l’avocat Philéros. S’il n’avait pas étudié, il mourrait de faim aujourd’hui ; maintenant il lutte de richesses avecNorbanus lui-même. • Le barreau n’est donc pas une mauvaise carrière. Mais le commerce a du bon ; on y vit, on y meurt honorablement, et quand on ne réussit pas, ou qu’après s’être enrichi, on se ruine par de folles prodigalités, et que le crédit ébranlé menace 4$ tomber entièrement, voici comment on le relève, « Quel est celui qui occupe la place destinée aux affranchis? par quel honnête métier est-il parvenu au rang qu’il occupe maintenant? — Le voici: il était entrepreneur de funérailles. Sa table était servie comme celle d’un roi ; on y voyait des san-
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gliers entiers encore couverts de leurs soies, des pièces de pâtisserie, des oiseaux rares, des cerfs, des poissons, des lièvres. On répandait chez lui plus de vin sous la table que bien d’autres n’en ont dans leurs celliers. — Mais c’est un rêve qu’une pareille extravagance ! Aussi, lorsqu’il vit son crédit chanceler, de peur que ses créanciers ne s’imaginassent qu’il en était aux expédients, il fît afficher cet avis : Julius Proculus vendra à l'encan le superflu de son mobilier. »
Tandis que se succèdent ainsi les entretiens, au milieu des surprises sans cesse renouvelées d’une munificence culinaire plus singulière que délicate, on annonce une visite : c’était celle d’Habinnas. Habinnas, c’est tout simplement un entrepreneur de pompes funèbres ; il est accompagné de sa femme Scintilla, qui vient rendre visite à Fortunata, l’é^ pouse de Trimalchion. Fortunata, en apercevant Scintilla, l’embrasse ; elles en viennent ensuite à un tel degré d’intimité que Fortunata, détachant de ses gros bras les bracelets dont ils étaient ornés, les offre à l’admiration de Scintilla. Trimalchion, l’ayant remarqué, fait apporter tous les bijoux de sa femme : « Voyez quel est l’attirail d’une femme ! C’est ainsi que nous nous dépouillons pour elles, sots que nous sommes ! Ces bracelets doivent peser six livres et demie. » Scintilla, non moins vaine que la femme de Trimalchion, détache de son cou une
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cassolette d’or à laquelle elle donnait le nom de Fêlicion , et en tire deux pendants d’oreilles, qu’elle fait à son tour admirer à Fortunata. « Grâce à la générosité de mon mari, personne, dit-elle, n’eoA de plus beaux. — Parbleu, reprend le mari, ne m’as-tu pas ruiné de fond en comble pour t’acheter ces babioles de verre? s’il n’y avait pas de femmes au monde, nous mépriserions tout cela comme de la boue ; mais toutes nos remontrances n’y font que de l’eau claire. » Cette lutte de coquetterie se termine d’une manière assez peu décente; '.les deux amies, étourdies par le vin et se tenant étroitement embrassées, se félicitent mutuellement sur leur bonheur conjugal, sur les bons procédés de leurs maris, quand l’entrepreneur des funérailles, Habinnas, coupe courtà leurs effusions par une espièglerie qui n’est pas précisément du meilleur goût.
Du moment où ce personnage a paru, cette joie qui avait éclairé les premières heures du banquet s’efface peu à peu, les visages s’assombrissent ; un pressentiment fâcheux, une lueur sinistre semblent passer dans l’âme et sur le front des convives et l’obscurcir d’un nuage de tristesse. Un incident vient ajouter à cette disposition pénible : « Mais vous, Agamemnon, dites-moi quelle est la déclamation que vous avez prononcée aujourd’hui, et faitesmoi l’amitié de me donner l’analyse de cette déclamation. » Ainsi parlait Trimalchion à Agamemnon,
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tout en donnant à goûter un vin vieux à un de ses convives : « Si ce vin n’est pas de votre goût , je vais le faire remplacer par d’autre; grâce au ciel ! je ne l’achète pas. Car tout ce qui flatte ici votre goût, je le récolte dans une de mes métairies que je n’ai pas encore visitée. * Agamemnon répond à la demande de Trimalchion par ces mots, sujets de sa déclamation: « Un pauvre et un riche étaient ennemis. » Trimalchion l’interrompant : « Qu’estce qu’un pauvre? lui dit-il. — Excellente plaisanterie! " reprit Agamemnon; et il lui débita je ne sais quelle dissertation savante. Et Trimalchion de lui dire : « Si c’est un fait réel, ce n’est pas une matière à discuter ; et si ce n’est pas un fait réel, ce n’est rien du tout. » C’était quelque chose cependant ; c’était cette ancienne et terrible rencontre du pauvre et du riche, cet éternel problème dont parle l’Écriture : Dives et paupcr sibi obviaverunt, et qui alors se dressait devant la société romaine, menaçant et sombre, comme il se présente devant toutes les sociétés à leur extrême civilisation. On a remarqué avec justesse que les causes factices qui défrayaient les écoles des déclamateurs faisaient souvent allusion à cette vieille inimitié du riche et du pauvre. Le monde romain avait donc en face de lui ce fantôme importun du pauvre; il pouvait bien, comme Trimalchion, l’écarter un moment par une impertinence ou une dissertation savante ; mais il
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revenait sans cesse, il grandissait, et bientôt on ne le pourra plus éconduire. Aussi Trimalchion en est-il, quoi qu’il dise, préoccupé. Insensiblement la tristesse le gagne. Moitié plaisanterie, moitié sérieux, il fait son testament, il affranchit ses esclaves ; il institue Fortunata sa légataire universelle, et il la recommande à tous ses amis. Puis se tournant vers Ilabinnas ; «. Qu’en dites-vous, mon cher ami? Eh bien, bâtissez-vous mon tombeau d’après le plan que je vous ai donné? » Et Trimalchion compose lui-même son épitaphe :