‹ Les écrivains modernes de la FranceChapitre 16 sur 24 · LES ÉCRIVAINS MODER>ES · texte numérisé non relu

LES ÉCRIVAINS MODER>ES

travail , la verbosité et la parole réfléchie, la sottise et le mérile. Nous le répétons, le dernier recueil lyrique de M. Sainte-Beuve n'a pas été compris.

Le sens philosophique allribué par nous aux Pensées d'AoïU éclate avec la plus lumineuse évidence, pour qui s'est donné la peine de le chercher , dans les deux parties très-dislinctes qui composent le volume. Les pièces par lesquelles ce nouveau volume se rattache aux livres précédents de Tauleur , c'està-dire les pièces consacrées à des impressions personnelles , initient parfaitement à la lecture des deux poèmes qui sont la partie vraiment importante du recueil, animées qu'elles s'offrent, sous les allures particulières de la veille, du sentiment des problèmes qui s'agitent et d'un esprit plus généreux. Et d'abord, dans une épitre adressée à Amaury, et faisant suite à Vohipfc , dont elle est une sorte d'épilogue , le poète n'hésite pas à confesser franchement la révolution qui s'est opérée en lui. Cœur libre et populaire , ainsi qu'il s'exprime, il a tourné le dos à Rome obscure, immobile et absolue. Et maintenant, d'accord , en espérances du moins , avec les réformateurs modernes, il croit à une répartition prochaine et plus équitable des jouissances humaines , à Tavénemcnt du peuple par l'éducation, au progrès enfin. Partant de là , et considérant l'égoïsme, ou l'orgueil, comme le plus redoutable ennemi de sa foi nouvelle, il se propose désormais pour but unique une sage humilité. Sédentaire ou voyageuse, sa

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muse n'aura plus de chants que pour les douleurs fraleruelles. S'il n'a pas fait encore abnégation complète de son individualité , le poète , cependant , cela est visible , ne continue quelque temps de se mettre en scène qu'afin d'essayer ses forces, pour ainsi dire ; comme l'oiseau , avant de se hasarder sous des cieux étrangers, débute par de plus courts et fréquents pèlerinages à Tentour de son nid. Errant au hasard sur un grand chemin , ou rasant doucement les flots de quelque lac célèbre, il ne retombe plus inévitablement sur lui-même ; sou inspiration , visant à des conséquences plus hautes, plus sociales qu'auparavant , au lieu de se consumer , solitaire et inaperçue, dans une étroite circonférence , brise bien vite les liens du moi et remonte triomphante et glorieuse , rosée céleste, à la source d'où elle descend. Il apprend peu à peu à s'oublier pour les autres , à étouffer ces voix intérieures dont le bruit monotone et assourdissant voudrait lutter contre la clameur générale. Ainsi , lorsqu'cn certains moments de retour vers le passé se relèvent dans sa mémoire quelques douloureux souvenirs , crus morts, et qui n'étaient qu'assoupis ; souvenirs d'une vieille et ardente amitié coupée jusqu'à la racine , par exemple; après quelques larmes rapidement versées sur la plaie rouverte, le poète songe à ceux de ses amis., divisés entre eux à cette heure, qu'une môme souffrance tardive pourrait un jour atteindre , et il les exhorte éloquemment à un mutuel pardon. L'hunii-

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