JULES DE SAINT-FÉLIX
K^hahilitation complète de la chair , à Tiinion désormais indissoluble de la matière et de l'esprit. Ce qui était de toute impossibilité , à Tépoque où Jésus- Christ parut , est devenu aujourd'hui quelque chose déplus qu'une belle utopie philosophique, c'est-àdire une nécessité sociale, un besoin. De toutes parts , depuis trois ou quatre siècles, la matière opprimée se révolte et crie vengeance. Maintenant que l'esprit a eu , comme sa rivale , son temps de douiination absolue et souveraine, Fheure semble venue d'accorder ces deux puissances trop long -temps irréconciliables. Le progrès et le bonheur de l'Humanité sont à ce prix.
M. de Saint-Félix , en cherchant à rapprocher Esther de Cléopâtre, aurait-il moins voulu retracer l'ancienne révolution religieuse, qu'indiquer la transformation à laquelle est destiné, de nos jours, le christianisme? Se serait-il moins proposé de peindre la société païenne aux prises avec la société spiritualiste, que de faire pressentir à l'idée chrétienne le sort qui lui est réservé dans l'avenir et le rôle qu'elle est appelée à jouer? Esther, dans la pensée de M. de Saint-Félix . serait-ce moins un symbole du christianisme primitif que de la foi future? Nous sommes tout disposé à le penser. La donnée morale du caractère d'Esther est d'une fausseté trop flagrante, à l'époque de Cléopâtre, et représente trop bien, en même temps, les tendances de l'époque actuelle, pour qu'il n'y ait pas au moins doute sur la
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clairvoyante intonlion que nous allribuons à M. de Saint-Félix. Quoi qu'il en soit, malgré les éloges que nous accorderions à l'auteur , dans le cas où il aurait rêvé en effet la personnification de l'idée religieuse moderne, nous lui reprocherions pourtant de l'avoir encadrée de (elle sorte qu'elle puisse paraître à beaucoup de gens vn anachronisme, si on se place à l'époque de Cléopàtre, et une théorie trop voilée et trop pâle , si on prend les choses au point de vue contemporain.
Bien que la pensée philosophique de CIéopâ/}'e ne se détache pas assez nettement ; bien que la forme qui sert d'enveloppe à l'idée mère de ce livre soit plutôt un calque ingénieux et patient qu'une savante étude de style, Cléopâire n'en est pas moins un des ouvrages les plus sérieusement conçus et exécutés de ce temps-ci. A ce double titre, il mérite donc les applaudissements du jour et l'estinie du lendemain.
Juillet 1830.