‹ Les écrivains modernes de la FranceChapitre 5 sur 24 · GS LES ÉCRIVAINS MODERNES · texte numérisé non relu

GS LES ÉCRIVAINS MODERNES

devoirs, les plaisirs du corps des plaisirs do l'esprit ; depuis que les droits de l'homme aux jouissances matérielles ont cessé d'être sacrifiés à l'espérance d'une \ie future ; depuis que la moralité des passions, en un mot, a été proclamée, la résignation est devenue le partage des âmes sans courage et sans énergie. Aujourd'hui que, grâce à la persévérance infatigable de nos pères , nous sommes appelés à poser les fondements d'une société nouvelle , la résignation n'est plus permise ; et ce serait une honte que de se croiser les bras en regardant le ciel! Dans les luttes acharnées qu'ont eu à soutenir les générations précédentes, bien des catastrophes malheureuses, mais inévitables, ont frappé l'Humanité. Qu'importe si , après avoir passé par tant de rudes et douloureuses épreuves, elle arrive enfin à compléter l'œuvre commencée? Qu'importe qu'elle ait erré long- temps dans la nuit, sans but et sans guide, si, initiée à la sagesse par une cruelle expérience, elle sort enfin de son inertie coupable et s'avance d'mi pas ferme vers un meilleur avenir? Quand un soleil radieux et fécondant éclairera sa marche victorieuse , se souviendra-t-elle des ténèbres qui l'auront un instant enveloppée?

C'est donc ù l'action et au courage qu'il faut pousser les jeunes intelligences , et non à la mollesse et t» l'engourdissement. Au reste , nous le disons îivecjoic, avec confiance, avec orgueil : la généra-

ULRIC GLTTING€ER. 69

tion donl nous sommes n'a pas besoin d'être éperonnée ; elle s'est mise d'elle-même à l'œuvre avec une rare et louable audace ; elle lutte vaillamment contre les obstacles ; elle comprend la mission qui lui est réservée et s'en montre digne. Voilà pourquoi , nous le répétons , Artbur n'est pas la personnification des idées actuelles. Ce n'est pas là le type de la jeunesse laborieuse et intelligente, mais au contraire , et fort heureusement , une nature d'exception.

Nous ne nous étendrons pas sur la dernière partie de l'histoire d'Arthur, Il sulTit de savoir qu'à dater du jour où il s'est voué à la retraite, ses journées ont été remplies par d'édifiantes lectures , par d'austères réflexions sur les vanités de la vie. Ne s'occupant plus que de son salut , il a demandé aux grands philosophes chrétiens , aux pères de l'église , des consolations et des espérances. Prenant en pitié les efl"orts de son siècle , il s'est enfoncé chaque jour plus avant dans de mystiques et inutiles contemplations. Il y aurait lieu à réfuter ici bien des idées sur lesquelles Arthur appuie avec complaisance. La charité, par exemple, dans le sens étroit que donne à ce mot la loi chrétienne , est une des vertus dont il se préoccupe le plus et dont il recommande expressément la pratique : comme si la charité, ainsi comprise, pouvait passer encore pour une vertu, dans un temps ou l'égalité des hommes est proclamée! Gomme si les hommes pouvaient accepter encore l'humilia-

lion de l'aumône, après avoir nié les droits des favoris delà fortune et souffleté leurs ridicules prétentions! Mais qu' Arthur en soit là, c'est ce qui n'a rien que de simple. IVa-t-il pas opté pour le passé contre le présent et l'avenir ?

Est-ce à dire qu'Ar/hiir mérite un blâme général? Non certes. D'abord, le style de ce livre , nous l'avons déjà dit, est pur et limpide. Ce n'est pas un livre à combinaisons dramatiques , mais c'est un récit plein de choses senties et sérieuses , abondant en images gracieuses et vraies. Tout en blâmant les tendances de l'auteur, nous conviendrons qu'il y a dans Arthur un côté profondément utile et moral. L'éloge que nous allons donner à M. Guttinguer ne lui sera pas agréable , peut-être , car il y trouvera la condamnation du but qu'il s'était proposé; nous n'hésitons pas, néanmoins, à nous expliquer. La véritable valeur philosophique A' Arthur, selon nous, c'est de montrer à quelle torpeur fatale, à quelle déplorable faiblesse d'esprit peut conduire une dépravation prématurée. Si , au lieu de consumer sa jeunesse en de folles aventures d'amour, Arthur eût combattu de bonne heure lardeur de son sang, mis un frein à ses appétits désordonnnés, calmé ses désirs coupables par la méditation et par l'étude, il n'en serait jamais veim à l'apathie misérable où nous le voyons. Ce qui l'a perdu, ce qui a ruiné son intelligence et appauvri ses facultés, c'est la débauche, l'oisiveté surtout.

Page 1