‹ Les écrivains modernes de la FranceChapitre 6 sur 24 · ULRIC GUTTINGUER · texte numérisé non relu

ULRIC GUTTINGUER

Voilà ce que penseront, sans nul doute, les esprits sérieux qui liront ^r^/iw?'; voilà l'unique enseignement qu'ils y puiseront , parce que celui-là seul est grand et noble. C'est-à-dire, en un mot, quau lieu de prendre Arthur pour modèle , ainsi que M. Guttinguer le propose , on s'efforcera de ne pas l'imiter.

Février 1837.

Parmi les poètes qui ont éveillé l'altention depuis quinze ans , il en est quelques-uns dont les œuvres portent un cachet d^individualité véritable , qui ont su trouver une spécialité tellement tranchée qu'il serait impossible de les confondre avec d'autres et de ne pas les reconnaiire entre mille, au premier abord. A notre avis, c'est en cela qu'est la preuve d'un talent réel. M. Alfred de Musset mérite-t-il d'èlre rangé parmi les écrivains de la nouvelle école qui se sont fait une place distincte.^ Question à examiner. Sans vouloir contester aucunement les facultés remarquables du jeune poète, nous nous croyons cependant le droit de les discuter avec franchise. Puisque M. de Musset est élevé aujourd'hui,

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par quelques amitiés aveugles, au rang des gloires consacrées, il est nécessaire que les esprits rebelles, pour qui celte consécration anticipée est encore un problème, proclament et motivent leur opinion.

Si l'on entend par originalité , non point une certaine affectation d'étrangeté et d'extravagance, non point un vif amour du grotesque, un penchant pour ce qui viole le goût et les convenances , mais un caractère distinctif, un procédé particulier, une allure individuelle, à la fois audacieuse et digne, certes , les Contes d'Espagne et cV Italie ne mérilent pas un brevet d'invention à leur auteur. L'imagination de M. de Musset a dû sans peine accoucher de ce petit volume. Peu nous importe, à nous, la jeunesse du poète I Peu nous importe de savoir qu'il a fait son début à dix-huit ans I S'il a livré ses vers à la publicité, c'est qu'apparemment il les croyait beaux. La critique ne reconnaît aucunes- circonstances atténuantes ; elle doit se prononcer seulement sur le mérite de ceux qui demandent à être jugés et n'a pas à s'inquiéter du resle.

Les Contes d'Espagne et d'Italie se composent de trois poèmes, une comédie et quelques pièces de vers. Dès les premières pages du livre, il est aisé de se convaincre que la forme dont se sert l'auteur ne lui appartient pas. Sans doute , trop jeune encore pour avoir étudié profondément la langue , il n'a pas eu le temps de mûrir le peu de réilcxions qu'il a faites , d'extraire de ses diverses lectures une

manière neuve de fonnuler ses idées, et il s'est cru autorisé ù emprunter lest} le d'un poêle plus habile, en attendant mieux. Que ce soit la pensée indiquée ici ou une pensée toute différente qui ait décidé le jeune poète, il n'en est pas moins constant que Ma- Ihurin Régnier pourrait revendiquer à juste titre un très-grand nombre des alexandrins de M. de Musset. Sauf quelques enjambements ridicules, sauf quelques césures outrageusement insultées , sauf quelques fautes de grammaire dont Régnier, à coup sûr, n'est pas responsable, et que M. de Musset n'a mises en relief 5 peut-être, que pour dissimuler mieux son larcin, le style des Contes d'Espagne et d'Italie est identiquement le même , en grande partie , que le style des Satires. Une lecture attentive de Don Paëz ne permet aucun doute à cet égard. C'est bien cette expression nette , pittoresque et incisive qui dislingue Mathurin Régnier. C'est bien cette marche capricieuse de la période, qui chemine tantôt à pas lents, et tantôt à pas précipités; celte désinvolture familière qui agace le lecteur et le séduit par une piquante franchise , cette trivialité coquette qui se drape avec unchitTon. C'est bien encore cette pétulance téméraire qui ne recule devant rien, pour qui le mot ignoble est bon s'il rend parfaitement la pensée, cet usage fréquent des images et des comparaisons vulgaires 5 c'est, enfln, ce laisser-aller plein de naïvetéet d'enfantillages qui plaît souvent lorsqu'il se gêne lemoins, lorsqu'il devrait le plus choquer.

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Non content trempiuntor son slylo à Régnier, M. Alfred de Musset a poussé l'indiscrélion jusqu'à lui emprunter même plusieurs détails de la onzième satire, pour Don Paët. La onzième satire de Régnier, si vertement tancée par Boileau, comme on le sait, conduit le lecteur dans un mauvais lieu dont elle détaille l'ameublement et les usages. Dans Don Paëz, on trouve une scène tout à fait pareille. Seulement , nous n'avons pas besoin de dire que , pour le fond du tableau comme pour le style, M. de Musset est de beaucoup inférieur à son modèle. On peut, en relisant les deux ouvrages, acquérir aisément cette conviction.

Si nous passons à la comédie \nlilu\é(^ les Marwjis du feu, nous trouvons M. de Musset aussi peu en dépense d'invention que pour Don Paëz. Le théâtre de Clara Gazul devait faire, cette fois, tous les frais d'imagination et faciliter la marche du jeune poète. La route était tracée : M. de Musset s'est tout simplement donné la peine de la suivre. Il a mis en scène quelques personnages auxquels il a prêté le langage, les allures et les maximes des personnages qui figurent dans le théâtre de Clara Gazul. M. Prospcr Mérimée nous avait montré des danseuses et des prêtres ; un prêtre et une danseuse sont venus s'installer tout d'abord dans les Marrons du feu. Les danseuses de M. ^Mérimée étaient de charmantes lilles , vives, folles, insouciantes, passionnées; M. de xMusset s'est hâté île tailler la Ca-

AT.FRFD DF. MCTSSET. / /

margo sur k» même palroii. Los moines ilo M. Mérimée étaient de bons vivants, aimant la table, aimant le vin, aimant les iemmes, et pensant à Dieu quand ils n'avaient rien de mieux à faire ; l'abbâ Annibal Desiderio nous est apparu, digne de marcher sur de pareilles traces , et M. de Musset Ta grisé en plein cabaret. Ainsi de suite pour le reste de la comédie. Vous n'y trouverez pas une seule, figure dont le type ne soit dans Clao-a Gazul. Les héros des Marrons du feu sont frères jumeaux des héros de M. Mérimée. Même indiiïérence pour les choses les plus graves , mêmes caractères excentriques, mêmes paroles amères ou joyeuses. Comme leurs frères , ils sont d'un scepticisme poussé à ses dernières limites^ comme leurs frères, ils nouent des intrigues improbables qu'ils dénouent fort leslement dès que cela leur convient. 11 y a entre eux celle seule différence que les uns ont plus de vie , plus de saillie, plus de réalité que les autres : ce n'est point des personnages de M. de Musset que nous voulons parler.

Une fois en train d'imiler, M. de Musset ne s'arrête plus. Tout à l'heure c'était Régnier et 31. Mérimée, à présent c'est Byron. Portia descend en ligne droite de Lara et du Corsaire. Ainsi que dans les deux créations du poète anglais, il y a dans Portia un jeune homme, nommé Dalti, qui porte le sceau du malheur empreint sur sa face. Comme les héros do Byron, il est malheureux, et les femmes l'aiment ;

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comme Lara, il a un secret fatal dans sa vie -, comme Conrad, il ne peut olTrir à la femme dont il est aimé qu'une barque et l'immensité de la mer. Quand il entre dans une église, il n'incline pas son front, car son front est maudit. Les hommes fuient à son approche, car son œil scrute le fond des cœurs, et sa main repousse les autres mains. La société lui semble horrible et mauvaise : la seule chose qu'il, en aime, c'est le jeu -, parce que le jeu est un champ de bataille pour les passions. Enfin, Daiti, jeune encore, et déjà profondément désabusé des misérables vanités du monde, arrache sa bien-aimée à un époux stupide qui la lui dispute , verse le sang de son rival comme le Giaoxir ; après quoi il remonte dans sa chaloupe avec Portia et disparaît bientôt sur les flots. — M. Alfred de Musset ne s'est pas donné grand'peine , certes, pour inventer ce poème-là.

Quant à Mardoche , il appartient encore à la famille de Byron. Mardoche tient à la fois de Beppo et de don Juan. En écrivant ces deux poèmes , on le sait , Byron s'est moins occupé des faits que de la mise en œuvre. 11 a suppléé aux événements par la verve , par la rapidité surprenante des impressions, par un spirituel mépris pour toutes les règles ^ et c'est précisément ce que M. de Musset a voulu tenter aussi. \ rexemj)Ie de Byron, il a dédaigné tout à f;iit l'action, dans JiarrfocAe, pour ne s'inquiéter que du détail. A propos d'un mot prononcé par hasard , l'auteur al)orde une série d'idées sérieuses ou

bouffonnes, qu'il épuise avant de revenir à son sujet. Il y revient, etpresqu'aussitôt, tel que l'abeille voltigeant de fleur en fleur , il s'élance ailleurs et vous entraine. Alors, pendant vingt stropbes, il poursuit, sans s'arrêter, les idées les plus bizarres. Dans la crainte de ressembler à un imitateur, M. de Musset cherche même à dépasser son maître par la brusquerie des transitions, et il arrive ainsi , souvent , à une sorte de démence poétique très-prononcée. Par exemple , en parlant d'une vieille femme récemment inhumée, il vous raconte comment fut partagé l'héritage , comment la femme de chambre se fit un parapluie avec les robes de sa maîtresse , et comment les chats favoris de la défunte furent réduits à courir piteusement sur les toits. Après ces ridicules digressions , le poète rentre dans son sujet par un exposé fort détaillé de ses goûts en amour. Il nous apprend quels sont les yeux et les cheveux qu'il aime, les pieds et les mains qu'il ne peut souffrir : toutes choses au moins fort insignifiantes, ce nous semble. Du reste, mêmes allures que celles de Byron, même marche dans la succession des idées , môme procédé en un mot.

Pour en finir avec les Contea d'Espagne et d'Italie^ il nous reste encore à parler de l'analogie vraiment frappante qui existe entre les Chansons et Fragments et les Orientales de M. "Victor Hugo. Evidemment, à l'époque où M. Alfred de Musset écrivit ses Chansons et Frar/ments , il s'était senti

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attiré vers la question de la forme qui agitait alors tant dcsprits, et il avait voulu donner son mot , comme les autres. Mais trop jeune encore, M. de Musset, après avoir repoussé violemment Talexandrin pour épouser l'ode , ne se trouva pas plus novateur qu'auparavant. 11 n'était qu'un élève de l'auteur des Orientales. Il avait bien acquis , il faut le dire, un style plus chaud , plus coloré, plus imagé , plus lyrique ; mais ce style ne lui appartenait pas : M. Victor Hugo le lui avait prêté. En elfet , lorsqu'on parcourt les Chansons et Fragments , on est frappé de la richesse préméditée des rimes, de l'éclat éblouissant des couleurs, et de la manière impérieuse dont l'idée est contenue dans le vers ; qualités de forme que RI. Alfred de Musset n'avait pas paru soupçonner avant le jour où M. Victor Hugo les lui révéla.

Les Contes cl' Espagne et d'Italie indiquaient donc chez M. de Musset une organisation poétique heureusement douée, mais non pas encore un talent mûr. Les nombreuses imitations qui se trouvent dans ce recueil montraient, tout au plus , que le jeune poète avait lu , mais nullement qu'il eût retiré un fruit satisfaisant de ses lectures, La critique lui pardonna volontiers ses erreurs déjeune honmie, toutefois, à cause des espérances qu'il donnait. Mais ce qui est permis au commencement de la carrière doit-il être toléré plus tard? et ^\. de Musset, depuis lors, a-l-il réussi i\ voler de ses propres ailes?

En lisant Pospùce de préface qui se Irouve en lête <}a Spectacle dans un fauteuil sous forme de dédicace, on peul se convaincre de la vérité de nos précédentes observations. Lauleur des C'o7iï'é'.s-<r/r57jayne et d'Italie semble avoir senti lui-même le côté défectueux de son œuvre ; dans la crainte qu'un autre que lui ne l'aperçoive, il se hâte donc de prévenir la critique et de déclarer qu'// Jiait comme la mort F cl at de plagiaire. Il dit hautement qu'il n'a jamais imité et qu'il n'imitera jamais personne : nous nions la première partie de cette phrase, et nous verrons tout à l'heure si la seconde partie mérite un démenti aussi formel. Dans cette même préface, l'auteur nous apprend qu'il n'a plus de système littéraire, qu'il veut marcher désormais à sa guise, sans s'inquiéter du lieu où il arrivera ; et, pour preuve de la liberté absolue qu'il s'arroge, il fait nmev cheviller avec reformé. Cet aveu naïf était parfaitement inutile-, car, dès les premiers vers du nouveau volume, le lecteur aurait trèsbien remarqué le changement opéré dans les idées de M. Alfred de Musset.. Est-ce indifférence pour les questions d'art, ou impuissance à se créer un moule particulier, qui a poussé le poète à ce degré de scepticisme littéraire? Nous n'oserions décider, quoique cependant les tentatives antérieures et infructueuses de M. de Musset pussent nous donner le droit de résoudre le problème hardiment.

Le poème dramatique intitulé la Coupe et les Lèvres est-il enfin un ouvrage dont on ne retrouve

nulle pari les origines? Frank, le héros de ce drame, est-il une création réelle, sortie enfin d'un cerveau jusque-là infécond? Non certes! Frank est encore une figure dont le type se retrouve ailleurs. Nous ne nous attacherons pas ici à détailler les imitations que nous offre cette composition dramatique , parce que le nom qu'elle rappelle est trop populaire pour qu'il en soit besoin. Qui n'a pas reconnu, dans l'orgueilleux Frank, une copie de Faust ^ N'est-ce pas, en effet, la môme soif insatiable d'un plaisir inconnu? N'est-ce pas la même ambition désordonnée , la même vanité , le même doute ? Frank ne cause-t-il pas la mort de sa bien-aimée Deidamia, comme Faust la mort de Marguerite? Frank n'est-il pas puni à chaque pas , comme Faust , par où il a péché ? Sans doute, Frank est moins grand que Faust ! Sans doute, le scepticisme de Frank est étroit et misérable, à côté du scepticisme de Faust ! C'est bien l'orgueil , il est vrai , qui les perd tous deux ; mais Frank n'a que l'orgueil mesquin d'une ambition personnelle, tandis que Faust est dévoré par le sul)linio désir de tout savoir et d'arracher à la nature les secrets de Dieu Faust est supérieur à Frank de toute la hauteur qui est entre l'intelligence et la matière, de toute la dislance qui sépare le philosophe de l'égoïste. Leur ressemblance n'en est pas moins frappante, cependant; leur parenté n'en est pas moins irrécusable. Pour avoir échoué dans son entreprise, pour n'avoir reproduit qu'un calque imparfait et amoindri de la ter-

rible figure créée par Gœtbe, M. Alfred de Musset n'en demeurepas moins l'imitateur du poéteallemand. A quoi rètent les jeunes filles^ tel est le titre de la comédie qui suit l'histoire de Frank. Ici, la critique semble tout à coup déroutée. Il y a une telle différence entre ce morceau et celui qui précède, qu'on se demande si M. de Musset n'a pas enfin découvert une mine inconnue qu'il sera seul, désormais, à exploiter. Au lieu d'être étourdi par le bruit et la déclamation philosophique, on assiste à une scène d'intérieur calme et paisible. Malheureusement, en regardant Toeuvre de près, en se demandant où la scène se passe, et s'il est possible qu'un père agisse à l'égard de ses filles comme agit le duc Laërte ; en cherchant vainement autour de soi des personnages semblables à ceux que M. Alfred de Musset nous présente, on se souvient sur-le-thamp des comédies fantastiques de Shakes- .peare. C'est bien, comme dans Shakespeare, l'oubli de la vraisemblance matérielle, le dédain des habitudes dramatiques , le caprice érigé en loi unique et présidant seul à la marche et au développement de l'action. Dans le Songe d'une nuit d'été, dansCo/nme il vous jjlaira, dans les Méprises, dans les Gen^ tilshommes de Vérone , Shakespeare se livre , en effet'; à toutes les fantaisies de son génie. Déguisements, substitutions, intervention des esprits, philtres souverains, il se sert de tout cela et de mille autres moyens encore. Amoureux de ses rêveries, il les suit à travers tous les obstacles , quels qu'ils

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soient. Il place le lieu de son action où bon lui semble; il crée des ducs où il n'y en eut jamais; il met en scène des fées à l'époque delà religion païenne: peu lui importenttoutesces invraisemblances, pourvu que son idée se développe, pourvu que les caprices de son imagination prennent les apparences de la réalité. Or, qu'est-ce que la comédie de M. Alfred de Musset , sinon une imitation complète de ce procédé de Shakespeare? Comme Shakespeare , il sacrifie tout au caprice , il imagine des situations invraisemblables , il prête à ses personnages un langage impossible et des caractères plus qu'exceptionnels. Mais M. de Musset a-t-il acquis, comme Shakespeare, le droit de glaner où bon lui semble, sans autre loi que son plaisir? Avant d'imposer à notre admiration les moindres rêveries de son cerveau, M. de Musset a-l-il, comme Shakespeare, labouré profondément le cœur humain et plongé un œil vigilant dans les entrailles de l'histoire ? A-l-il fait Othello et le Roi Lear, Macbel/i, Richard HI vX Jules-César î ci n'est-ce enfin que pour délasser son génie fatigué qu'il se laisse aller au courant d'une indolente fantaisie? Non certes ! M. Alfred de Musset, au contraire, n'a marché jusqu'ici que sur les traces des autres; il n'a rien inventé, rien créé. M. Alfred de Musset, même en produisant les œuvres frivoles qui ne devaient être que le délassement de sa pensée, suit encore la routeinfertilede l'imitation. Laissonsdecôté Aamouiià ([ui , comme Manloche ^ est une nouvelle

ALFRED DE MUSSET, So

et maladroite reproduction (lu Don Juan dcByron, et ouvrons la seconde livraison du Spectacle dans vn fauteuil (1).

Hélas ! ce nouveau livre nous révèle, dans le jeune poète , la passion désormais exclusive de Shakespeare. Décidément, il abandonne les traces de Goethe, et celles de Byron, et les autres, pour se vouer plus que jamais à l'imitation des comédies fantastiques. 11 ne se contente point d'imiter la manière du maître et de singer son langage; il cherche encore, sous des noms différents, à reproduire les personnages mêmes de Shakespeare , avec les passions et les circonstances que le poète anglaisa trouvées. Qu'est-ce que Hamlet'. un jeune prince rêveur, philosophe, sceptique, qui, voulant venger la mort de son père sur la personne de son oncle Claudius, roi de Danemarck, contrefait le fou pour déjouer les soupçons de sa future victime. Plus lard, en effet, Hanilet assassine Claudius. M. Alfred de Musset admire cette idée grande et terrible, et il fait Lorenzaccio. Lorenzaccio est un jeune prince de la famille des Médicis, rêveur , philosophe et sceptique. Il sVst mis en tête de délivrer Florence de la tyrannie du duc Alexandre, et , comme Hamiel, il contrefait le fou pour assurer l'exécution de son projet. Il va même p'us loin qu'HamIel : il ne se contente point de servir de bouffon à la cour de Florence, il simule en même

(I) Publiée aujourd'hui suu; le titre de Cmicdifs et Proverbes en prose.

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