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LA POLOGNE EN DANGER

9 Septembre 183J.

M. Casimir Périer m'a fait hier l'honneur de censurer une colonne entière du National. Je m'en voudrais de mettre en doute la pureté des intentions de l'honorable ministre : en coupant sans pitié mon article, il a certes agi suivant des considérations d'intérêt général, et non pas, ainsi que certaines personnes me l'insinuent, sous l'impulsion d'un conseiller militaire, auquel je n'ai pas l'heur de plaire (1). La nouvelle, qui fit prendre au gouvernement une mesure si draconienne à mon égard, est maintenant officielle et connue de tout Paris : Les Russes encerclent Varsovie, et nous pouvons tenir pour chimérique l'espérance de voir la cité polonaise résister à l'étreinte des armées ennemies. Puisqu'aujourd'hui la censure, anesthésie de l'opinion publique, se montre plus clémente envers moi, (la conservation intégrale de cet article en est la preuve), qu'il me soit permis d'exprimer mon étonnement de ne rencontrer qu'indifférence dans l'esprit des membres du Parlement en face d'événements d'une telle gravité. Je ne puis comprendre que des hommes de la valeur de Messieurs Maison, Lafitte et Guizot semblent se désinté-

(i) Sans doute, M. le Comte Lobau, commandant la garde Nationale {Note de VEdUeur).

resser du sort des Polonais. Je sais qu'à tout système préconisant rinterveiîtion française sur la Vistule, vous n'ête* guère propice, ô Thiers ! Mais je soutiens que la France doit suivre en cette affaire une politique nette, sans fiottements ni tergiversations. Dans la séance d'ouverture de la session, les paroles du roi ont montré la sollicitîjde de la couronne pour la Pologne et son peuple opprimé par trois voisins avides. Le public a accueilli ces déclarations avec enthousiasme. Le gouvernement doit donc sans délai traduire en actes cette volonté du pays, clairement manifestée. Il ne s'agit pas, bien entendu, d'une simple action diplomatique. L'instant est grave, je le répète, la situation critique, et nul aujourd'hui ne mérite d'être plaint comme un Polonais. Il faut un ordre de sauver, coûte que coûte, nos valeureux alliés ; il faut que, devant le péril qui m.enace, nous formions le faisceau de nos forces, pour assurer la paix et le salut de la Pologne.

Le ministre a déclaré que l'ordre règne à Varsovie ; et, ceci dit, il a refermé son portefeuille et rejoint son fauteuil avec un air satisfait. Puis, le soir même, il a opéré avec ses ciseaux dans mon journal des découpures fort adroites.

L'heure n'est plus de capituler sur les mots. Monsieur le Ministre. Les hésitations vous perdent : Il est temps d'y renoncer. Une décision rapide peut amener un revirement complet dans la situation de l'armée poIonai.se. Mieux commandée, mieux guidée, cette glorieuse phalange, un instant refoulée, regagnera le terrain cédé pied-à-pied. Pour ma part, je veiraiG avec joie l'un de nos généraux les plus illustres pren-

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