‹ Les Écrivains normandsChapitre 12 sur 57 · RENAISSANCE AMOUREUSE · texte numérisé non relu

RENAISSANCE AMOUREUSE

En quel livre ai-je lu qu'un prince de Sodome, Fatigué des faveurs des dames de sa cour, Fit par Groum, son valet, chercher en son royaume Quelque nubile enfant, digne de son amour ?...

Devant ce messager vinrent toutes paraître Les fameuses beautés des villes de l'Elam. Après long examen, Groum choisit pour son maître La brune Kouch-Téla, vierge de Montgargam !

Elle avait pris seize ans, et, sur sa jeune bouche, Fleurissait un sourire, aussi doux que le miel. Lorsqu'elle s'éveillait, le matin, sur sa couche. Dans son regard d'azur, se reflétait le ciel.

Son corps soyeux et mat semblait d'ambre authentique, Car, au sortir du bain, par l'esclave frotté, Il émettait un flux subtil et magnétique, Transmetteur de frissons et d'électricité !

Parfois elle pleurait de vivre toujours seule.

Ayant déjà perdu ses plus chers ascendants.

Il ne lui demeurait sur terre qu'une aïeule,

La vieille Trégaga, sourde, aveugle et sans dents I

Lorsqu'au jour du départ, la longue caravane Fut prête à s'ébranler vers l'ardente cité, Groum offrit à la vierge un coursier d'Ecbatane, Puis à l'auguste aïeule, un chameau retraité.

Après un jour de route, épuisant et torride, Kouch-Téla pénétra dans le palais doré.

Les plats étaient dressés pour le banquet splendide, Par Poth Hellé Chabô savamment préparé.

Le prince salua l'aïeule et la pucelle Et plaça galamment chacune à son côté, Mais, pendant le repas, ne dit mot à la belle. Semblant indifférent à sa précocité.

Par contre, à Trégaga, l'hôte fit mainte avance Et devint son amant vers la fin du festin... Il fallait un tendron, retombant en enfance, Poui réveiller les sens du prince libertin !

Gustave Flaubert

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