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LE CORTEGE DE LA VIERGE HEROÏQUE

(tiré des (( Fêtes Carthaginoises »)

Tammouz, mois des fleurs éblouissantes, répand sur la terre ses effluves embaumés. Au ciel, une barre lumineuse s'élève du côté de l'Orient, et les clairs rayons du soleil d'été glissent aux flancs des coteaux, versant sur les cités une pluie d'or étincelante.

Dès l'aube pâle, Kart-hadschat, ville d'Elissa, s'éveille au bruit des cymbales et des flûtes ; des hoplites, armés de sarisses, traversent les rues en pelotons serrés, se rendant vers l'Auguste Tour, temple de la Vierge Héroïque. Du Harousch-noir et des confins de la presqu'île, une foule bruyante et bigarrée afflue vers Carthage. Il y a là des guerriers, anciens mercenaires d'Hamilcar, des paysans aux traits durcis par l'âpre labeur quotidien, des femmes aux visages barbouillés de vermillon. On voit courir par les rues des esclaves, à demi nus, évadés de l'ergastule. En ce jour de gloire, la cité des Barca célèbre la mémoire d'Arké, la vierge aux bras d'acier, qui, lors des guerres punirues, bouta hors des frontières l'envahisseur perfide, à la haine tenace.

Un cortège de Triomphe doit traverser, des Mappales à Mégara, la ville, ornée de banderoles et d'oriflammes, et porter une palme d'or au lieu sacré, sur le bûcher, où l'héroïne rendit à la déesse Tan it son âme forte et blanche. Tout à

coup, le chant des cloches résonne dans l'atmosphère limpide. Alors, en silence, la ville entière s'agenouille. Au milieu du peuple, prosterné contre le sol, les premiers clinabares s'avancent avec lenteur : cavaliers numides revêtus de la lourde armure, fantassins de Cappadoce sanglés dans leurs ceinturons de fer, frondeurs Baléares portant en leurs sacs de cuir fauve les balles d'argile, gardes carthaginois écartant à coups de fouet la tourbe des curieux. Cependant on perçoit des sons graves et fêlés qui se rapprochent, et, parmi le scintillement des armes, on devine au loin quelque chose de pourpre, d'une splendeur indéfinissable. Deux hérauts soufflent dans leurs cornes d'argent. Des guerriers apparaissent, brandissant les bâtons de bois bleu, que terminent des têtes de cheval, augustes enseignes de la République. Chacun retient son haleine et reconnaît, dans le défilé grandiose, la longue théorie des notables de Carthage : Bignô, ambassadeur de l'Empire, à la stature majestueuse, au regard doux et bienveillant ; le suffète Vàhli, avec son écharpe multicolore ; Laâlman, préfet de la province, dont la toge de byssus, attachée aux épaules, laisse les bras découv|erts ; Mô-duy, capitame illustre, chéri de Gurzil, dieu de la guerre ; puis, dans son costume de parade, le chef glorieux de la Légion, surnommé Le Brun par ses soldats pour son teint hâlé, brûlé du feu, bronzé par les fièvres et les soucis des combats. Le rouge éclat, entrevu dans le lointain, se précise maintenant en une forme humaine, imposante et sereine, au centre du cortège triomphal : Le vénérable Dub' Hoas, grand-prêtre d'Eschmoûn, passé, le front haut, l«s

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