SCENE IV
Offenbach, Arthur, Guiraud.
Offenbach (aux nouveaux arrivés)
Silence, malheureux !... Un orchestre lointain Joue Offenbach ! Silence !
RENÉ FAUCHOIS 1 1 3
GUIRAUD
Hélas
Offenbach
Le bruit s'éteint !
GUIRAUD La fièvre l'a repris ! Il divague !
Arthur
Il délire !
GUIRAUD
Dans sa chambre, mieux vaut, Arthur, le reconduire !
(Arthur prend le bras d* Offenbach, qui, les yeux au ciel, bat la mesure d'un geste immense).
Offenbach (en sortant à gauche, à un invisible orchestre) Au quadrille d'Orphée ! En avant, un, deux, trois !...
Arthur (entraînant Offenbach ; bas à Guiraud :) La mort approche, hélas ! Je le crains !
Guiraud (resté seul)
Je le croi: !
(Un temps. îl va vers le bureau)
Au travail ! Car la tâche est loin d'être finie. Et si le Maître meurt...
Arthur (passant la tête à la porte de gauche :)
Monsieur, c'est l'agonie !
GUIRAUD Quelque nouvel accès î Restez auprès de lui !
{Arthur disparaît) Rarement, j'eus autant de travail qu'aujourd'hui ! (// s'assied au bureau et commence à copier de la musique)
Arthur
(passant la tête à la porte de gauche) Monsieur, venez !
Guiraud
Pourquoi }
Arthur
Je sens ses deux mains froides !
Son visage pâlit et ses jambes sont roides !
GUIRAUD J'y cours dans un instant !
(Arthur disparaît à gauche ; Guiraud soupire :)
Que de labeur encor Lui restait à fournir ! . . .
Arthur (entrant affolé)
Monsieur, le Maître est mort !
RENÉ FAUCHOIS 1 1 5
GUIRAUD
Mort, lui ? Mort, Offenbach ? Etait-ce donc possible ?
Arthur
D'un radieux talent extinction pénible !
GUIRAUD Offenbach décédé ! Qui l'eût cru, le croirait ?
Arthur (montrant une partition inachevée, sur le bureau) Et ses (( Contes d' Hoffmann » ?
GUIRAUD
Je les terminerai !...
^ RIDEAU
Jean Revel