ADOLPHE DECORDE
Sa Vie et ses Œuvres {d'après des documents inédits)
a Je suis né à Rouen le r*" février 1817. Il faisait un temps superbe pour la saison. » C'est avec cette originale constatation qu'Adolphe Decorde se présente à nous au seuil d'un captivant essai biographique, malheureusement inédit, intitulé : « Moi ». Sans doute le talent de notre auteur doit-il beaucoup à la poésie des rayons clairs et joyeux que le soleil dispensait au jour de sa naissance ! Dès sa jeunesse, il s'adonne avec plaisir et succès aux travaux littéraires. Mais la rêverie n'exclut pas, de ce cerveau remarquablement équ'libré, l'amour du travail. Il remporte en (effet de nombreux succès aux distributions de prix, se fait remarquer par sa compétence en thème latin et par sa régulière assiduité aux cours de gymnastique.
Quand nous relisons sur les feuilles jaunies des vieux cahiers les premières bluettes poétiques de l'élève, ainsi que plusieurs narrations heureusement conservées, nous notons de suite en lui une précoce tendance à la spirituelle ironie. Nous trouvons, dans un de ses devoirs français de quatrième, sur : (( Les Lettres de Madame de Sévigné, » cette amusante
réflexion : « De deux choses Tune : Ou Madame de Sévigné « pense ce qu'elle écrit dans ses lettres, ou elle ne le pense (( pas. Si elle ne le pense pas, ce n'était pas la peine de « l'écrire. Si elle le pensfe, elle eût pu le dire de vive voix ; (( ce procédé, plus conforme au caractère féminin, lui aurait {( économisé des timbres et nous aurait épargné l'ennui d'étu- (( des souvent fastidieuses. » (1)
Au cours de ses premiers essais littéraires, il expose déjà ses théories politiques, ardemment impérialistes. Dans une ode, dédiée à M. le Baron Godasse, qui vient de remporter une victoire municipale sur M. Contran des Mirabelles, candidat royaliste, l'adolescent, alors âgé de dix-huit ans, proclame ses convict'ons :
Je ne souffrirais pas qu'on vînt me contredire, Quand j'ai, d'un cœur joyeux, crié : Vive l'Empire ! (2) L'enthousiaste jeune homme, qui affirme ainsi sa fidélité aux institutions napoléoniennes, se révèle en ces mêmes strophes un catholique fervent :
De cinq heures à six, à l'église je vais Prier Dieu de bénir la France et les Français ! (3) A qui doit-il cette exaltation bonapartiste, ces croyances religieuses ? Il les tient sans doute de l'air ambiant : Béranger avait flétri, dans son généreux libéralisme, la réaction royaliste ; et Lamartine avait chanté Dieu et son âme. Mais de ses sentiments, Adolphe est surtout redevable à sa propre famille :
(i). Inédit.
(2). Inédit.
(3). liiéclit.