L. LETELLIER
l'emporte loin des humains et des choses de ce monde dans
une sphère supra-terrestre :
a Vous m'aimez, je vous aime ! Eh ! bien, c'est l'essentiel !
c( Volons, le voulez-vous ? vers le septième ciel ! » (l) ; Ses sentiments gardent toujours une chaste réserve : (( Puisqu'ayant vingt-deux ans, de convoler j'ai l'âge, (( Je veux vous proposer vite le mariage ! (2) Avant d'avoir obtenu son diplôme de licencié, Adolphe
reçoit la main de sa bien-aimée. La bénédiction nuptiale leur
est donnée quelques mois plus tard, en l'église Saint-Ouen,
par le bon a tonton Frédéric », récemment promu chanoine
capitulant.
Nous devons nous réjouir que le cœur de cet homme de
bien ait été épargné par les tourments de l'amour malheureux.
Mais nous avons aussi de sérieuses raisons de croire que le
désespoir, s'il était survenu, aurait inspiré des chefs-d'œuvre
à cet admirable poëte et que la souffrance lui aurait dicté des
vers immortels.
Cependant Adolphe pousse avec ardeur l'étude du droit. Il s'initie avec plaisir aux formules, articles et adages de l'école. Il prend consciencieusement des notes, suit ses cours de façon régulière et digère facilement les connaissances étendues qu'exigent les programmes. Il passe brillamment son examen de licence. Sa mère écrit alors à la tante Zoë : « Ce garçon-là nous donne pleine satisfaction ; il est vertueux et
(i) a Pour Elle », madrigal inédit (juin 1837). (2). a Le bon motif », pocme inédit (mars 1838).
travaille bien ; il ne nous demande que cinq francs par mois comme argent de poche. »
Malgré les inévitables distractions des premiers temps de m.ariage, il prépare, avec zèle et courage, son doctorat. Deux ans plus tard, il se distingue devant la Faculté par la présentation d'une remarquable thèse, traitant « de la libération de la contribution aux charges par abandon du droit de mitoyenneté. » Sur l'insistance de son maître, M. de Sacq, il s'inscrit sans tarder au barreau de Rouen et prête serment le 23 Octobre 1843. Il se fait rapidement apprécier de ses confrères par sa bonne volonté à se charger, comme stagiaire, de la plupart des affaires d'Assistance judiciaire. Sa voix chaude et éloquente fait merveille dans les salles d'audience. (( Dressé à la grande école des Anciens Maîtres, dont le sou- (( venir est resté impérissable, il montra toujours l'exemple du ({ travail le plus patient et le plus utile dans la préparation (( des affaires et sut donner à sa grave parole une autorité (( redoutable pour ses adversaires. » (1).
Mais l'esprit d'Adolphe est trop vaste pour se cantonner dans la sphère judiciaire. Il rêve bientôt de grands travaux littéraires et historiques. Il commence, avec l'ardeur qu'il apporte en chaque chose, l'élaboration de sa première grande œuvre (57 pages en petits caractères) : « Fonîenelle et Cideville )), où il livre à la publicité toute une correspondance inédite échangée entre le grand écrivain normand et son ami,
(i). Me Castel-Dumanoif, doyen de l'Ordre des Avocats de Rouen : a Deux Maîtres du barreau : De Sacq et Decorde. »