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CH. VALLOT ET J. QUESNEL

nisme du colosse, ne produisit pas le résultat escompté. Il sembla même accroître les tendances sentimentales du brave tambour-major, qui, par un soir bleu, dans le parc roman ^ •tique, se permit d'offrir sa main ou ses faveurs (au choix) à Ghislaine de la Rochecroulant, fille cadette de la vicomtesse. La jeune Ghislaine, sortie de fraîche date du couvent et élevée dans l'ignorance des mystères amoureux, repoussa ces propositions avec plus de candeur et d'étonnement que de réelle indignation. Mais son honorable mère adressa surle-champ un rapport circonstancié au médecin-chef, qui prescrivit pour Sidi des douches d'eau glacée, ainsi qu'une abondante médication pilulaire. Le zouave compléta de lui-même ce traitement par l'absorption d'un nombre sans cesse croissant de « topettes », que la mère Groslard préparait avec ponctualité pour son plus fidèle client.

Trois mois passèrent. La table du médecin-chef se couvrit de rapports, comptes-rendus, descriptions avec croquis, protestations, menaces, émanant de jeunes filles, femmes et familles, appartenant à toutes les classes sociales. Sidi s'éprit en effet, à tour de rôle et en pure perte, de la fille du pharmacien, de la femme du sacristain, de Mademoiselle Trempin aux yeux de pervenche, de la petite Françoise, préposée à la lingerie, et itiême de la respectable Madame Groslard. Celle-ci ajouta d'ailleurs à sa réclamation, formulée en termes très dignes, une note détaillée de trois mille francs de calvados, qui, affirmait-elle, avait été servi, topette par

topette, au valeureux Sidi Allah Dhal Humid pour la noyade intégrale de ses amères déceptions.

si: *

C'est alors que le capitaine Henry, de qui je tiens ces détails, rencontra Sidi au cours d'une période de repos dans la région de Neufchâtel. Le vieux tambour-major n'était plus que l'ombre de lui-même. 11 fit entre autres l'aveu que ses échecs amoureux avaient pour cause principale sa complète ignorance de la langue française. 11 n'en connaissait en effet que deux locutions : « Garde à vous ! » et a Repos ! », vocabulaire manifestement insuffisant pour permettre un entretien galant quelque peu suivi. Son âme était ulcérée. Henry enfonça dans les yeux du vieillard les regards de ses yeux et lui dit : ((. J« vous aiderai de toutes mes forces !... » Pendant un mois encore, le cœur de Sidi palpita d'un amour violent pour toutes celles qu'il choisit successivement. La note de Madame Groslard prenait les plus inquiétantes proportions.

Pour consoler l'amoureux éconduit, Henry lui fit un jour lecture d'une anecdote joyeuse et suggestive, genre « Mille et une Nuits », traduite en arabe par Mardnis. Le zouave écouta d'un air morne, avala coup sur coup douze topettes et murmura dans son idiome coutumier : (( Pour moi, je crains un malheur et je tends le... dos dans l'incertitude de ce qui va m'arriver ! »

Les dernières lettres du capitaine Henry m'apprirent alors que l'infortuné venait de subir une crise de délirium tremens, puis une seconde très forte et fatale !...

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