‹ Les Écrivains normandsChapitre 7 sur 57 · MADAME D*AULNOY · texte numérisé non relu

MADAME D*AULNOY

toire de Ronéo. Pour que ie plaisir fût plus vif, elle dit aux invités de venir avec des masques sur le visage et des travestissemens. Le soir, la reine revêtit une toilette d*or ciselé, elle prit des garnitures de pierreries de toutes les manières, des gants et des bas de soie, des rubans et des dentelles. Jamais elle il'avoit été si belle. Quand elle apparut, tous les hôtes lui firent grande révérence ; et elle entendit tout autour d'elle des (( Comme elle est donc jolie /... )) unanimes. Elle s'alla seoir dans un coin où se tenoit un bel homme, tout vêtu de vert et duquel la figure étoit cachée par un masque de velours noir. Elle crut que cet homme étoit Ronéo, elle s'approcha de lui et l'entraîna dans la danse. Cependant qu'ils tourbillonnoient, le mystérieux seigneur lui murmura :

( Reine, vous avez plus que votre front ne porte ! A quoi hon vous changer, vous farder de la sorte ? Pensez-vous donc ainsi duper le dieu d'amour ?

Ra:eme:'t mêrrie un sot pr(trA la rult pour le jour ! »

Sur le champ une grande flamme s'éleva et le danseur, qui était un Esprit, disparut dans une colonne de fumée. La reine fut fort marrie de cette aventure et, à fin de se venger, elle enferma jolietie dans une salle obscure du donjon. Après cela, elle eut la méchanceté de dire faussement à Ronéo que sa fille avoit quitté le château pour épouser le prince Landru, un vilain seigneur du voisinage. Le pauvre chevalier fut en peine long-temps, mais peu à peu les charmes divins de Juliette s'effacèrent de son esprit et en même temps les appas

de la mère lui apparurent davantage. La reine croyoit avoir conquis le chevalier et voyoit presque l'hymen accompli, quand, un soir, elle trouva sur sa fenêtre un message, envoyé par la fée Yveline et déposé là par un petit oiseau. Elle lut ce message : (( Va, petit oiseau, dire à celle qui ne veut respecter le vœu de scti défunct ntari, que demain je la ferai si laide, si laide que tous s'écarteront d'elle avec horreur ; ses cheveux deviendront d'un roux couleur de flamme, ses yeux se rempliront de chassie, son visage se couvrira de boutons. Je ferai son corps ridicule, car, les rotondités qu'elle a devant, je les mettrai derrière, et les rotondités qu'elle a derrière, je les mettrai devant ! »

La reine, pleine d'effroi, fit en grande hâte sortir JoHette de son cachot et manda Ronéo. Elle fit aveu au chevaîiec de son vilain mensonge et elle unit les mains des deux amans.

C'est toujours la belle jeunesse.

Cet inestimable trésor.

Qu'à l'âge de l'âpre vieillesse.

On voudrait posséder encor !

C'est pour en jouir au plus vite Et connaître à nouveau l'A-moar, Que la reine rendit visite A la Fée Yveline un jour...

Et, si lors la Fée inquiète N'avait mjs, frein à ce fléau, On peut craindre que Joliette N'ait pas épousé Ronéo.

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Mais, une fois de plus, grâce au féal génie. Qui pour Amour a combattu.

Nous voyons que le sort punit la félonie Et récompense la vertu !...

Casimir Delavigne

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