MARIANNE ET L'ETF^ANGER
(Huitième Messénienne du Livre deuxième)
Etranger, que veux-tu ) — Quelque asile, de grâce !
— Quel est ton crime ? — Aucun ! — Qu'as-ntu fait ? Trop
[de bien !
— Ton pays ? — Un ingrat, dont je fus le soutien. Qui m'adorait hier, mais aujourd'hui me chasse...
— Quelle en est la raison ? — Le plus noir des complots !
— Comment me paieras-tu } — Par bons de la défense !
— Qui t'osera poursuivre au sein de mes enclos ?
— La fureur c'un monarque... Au bruit de mes sanglots, Verrai-je s'enlr'ouvrir les postes de la France ?
— Entre... Quel est ton nom ? — Je suis Venizelos !
Recevez-le, peuples de Gaule,
Dans vos cités et dans vos cœurs,
LiUi qui, pour vous faire vainqueurs,
A bravé l'exil et la geôle
Et qui doit, à son noble rôle.
De son sort présent les rigueurs...
Au: héros, aux mar.tyrs France toujours propice.
Ouvre-lui largement tes bras.
Peur qu'il sente à quel point tu flétris l'injustice
Et tu méprises les ingrats !
O cimes du Parnès, ô rives de l'Asope, Du limpide Evenos vallons silencieux, Allez-vous encourir le reproche en Europe D'être inhospitaliers pour vos fils et vos dieux ?
Hellas, sur l'onde calme, où court la néréide, Peux-tu, sans pressentir un imminent danger, Sans crainte, contempler, voguant vers l' étranger. Ce second brillant Aristide }
As-tu donc oublié le zèle merveilleux.
Les incessants efforts et les persévérances Qu'il lui fallut fournir peur défendre en tous lieux Tes nationales espérances ?
Cependant, sans qu'un pleur vienne humecter ton œil, Tu le vois s'en aller vers un lointain asile Et tu ne comprends pas, nation versatile, Que le jour de sa fuite est pour toi jour de deuil ! Non ! Tu ne comprends pas ! Et, de Dion au T^iygète, Des champs de Mésogée au cap Chéîonatas, \ La Grèce entière a pris un joyeux air de fête \
Et le rose laurier fleurit à l'Eurotas ! \
Pourquoi cette clameur, qui vers ton azur monte ? \ Hellas, trois fois Hellas, tous ces chants triomphant^ Ne pourront à nos yeux dissimuler ta honte Ni le crime d'oubli, qu'ont commis tes enfants ! Tu veux donc célébrer le retour d'un monarque, Que tu juges, dis-tu, digne de ta faveur Et tu glapis de joie, en regardant la barque S'éloigner du Pirée, emportant ton sauveur.