‹ Les édifices religieux de la vieille GenèveChapitre 12 sur 64 · LES MACCHABÉES · texte numérisé non relu

LES MACCHABÉES

le seigneur Yarembon * . Les dignités de chancelier de Savoie et de premier ministre d'Etat ne suffisaient donc pas pour mettre celui qui en était investi à l'aBri de rudes châtiments.

Il y a seulement quelques années^ avant que notre ancien hôpital eût été converti en palais de justice, il s'y trouvait une chapelle qui a longtemps servi au culte protestant, mais qu'il ne faut pas confondre avec la chapelle de St-Jeoire, ou, plutôt, avec celle qu'avait reconstruite Bolomier, car celle-ci avait été détruite par un incendie en Septembre 1749 avec les écuries et les granges qui l'entouraient*.

12. Finissons-en maintenant avec l'histoire des chapelles, mes lecteurs en ont hâte aussi bien que moi, et arrivons enfin à la seule dont l'extérieur subsiste encore plus ou moins intact, à celle des Macchabées. Elle ne portait pas d'abord ce nom, dont, le premier peut-être, nous expliquerons plus loin pourquoi il lui fut donné ; elle était sous le vocable de la vierge Marie, et on l'appelait

1 Guichenon, Histoire générale de la maison de Savoie, Lyon, 1660, 1. 1. p 508. Baulacre, Œuvres historiques et littéraires, Genève et Paris, 1857, t. II, p. 113 et s.

2 Lacorbière. Livre des spectables Pasteurs, Professeurs, Recteurs, etc. (Msc. de U Comp., p. 32).

fréquemment la chapelle du cardinal d'Ostie. De qui tenait-elle cette appellation ?

En 1 542 et non loin d'Annecy^ dans le village de Brogny^ était né un enfant du nom de Jean Allarmet. Au bout de quelques années, il fut, comme beaucoup de pauvres enfants de la campagne, placé chez un maître afin de garder les pourceaux. Il y était préposé lorsqu'un Jour vinrent à passer des religieux qui allaient à Genève et lui demandèrent leur chemin. Sa figure et ses réponses, qui dénotaient autant d'esprit que sa physionomie, les frappèrent; ils lui proposèrent' de les accompagner en lui offrant de le faire étudier, ce que Tenfant accepta avec joie. Où se rendaient ses guides ? A Avignon ou à Rome ? C'est un point sur lequel la tradition diffère. Il fallait des souliers pour le voyage : Tenfant se présenta, est-ii dit, chez un cordonnier de notre ville, à la Tacconerie, où malheureusement il n'avait pas assez d'argent pour les payer. « Va, mon ami, tu me les paieras quand tu seras cardinal. » Telle fut la réplique du cordonnier et cette réplique était une prophétie.

Le jeune homme étudia, l'un après l'autre, le droit civil et le droit canon ; il entra dans les ordres et se fit bientôt connaître comme un ha-

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bile docteur. Puis, de degré en degré, nommé d'abord vicaire général de Tarctiévéque de Vienne et gouverneur du neveu de Clément VII, et pourvu de plusieurs bénéfices, il fut, par ce pontife, créé évéque de Viviers en i 380, cardinal-prétre en 4385, et par Benoit XIII, en 4398, évéque d'Ostie et vice-chancelier de l'Eglise romaine. Le nom de cardinal d'Ostie lui resta et ce fut en cette qualité que, le ik Mars 4406, probablement dans un voyage qu'il fit à Genève, il fonda la chapelle qui prit son nom, quoi qu'elle eût été placée sous le vocable de la vierge Marie, et qui a été, plus tard seulement, nommée chapelle des Macchabées * .

C'est dans la façade de notre cathédrale, la seule partie qui conserve extérieurement le cachet gothique, et de Brogny ne craignit pas qu'on y vit les traces de son origine ; car il y fit faire, près de l'angle sud-ouest, une sculpture, encore intacte au commencement du siècle dernier, qui représentait un jeune garçon, pieds nus, gardant des pourceaux sous un arbre *. Aujourd'hui l'on y découvre encore l'arbre même et un ou deux

1 Baolacre, CEuvres historiques et littéraires, 1 1, p. 340. s Besson, Mémoires, p. 47.

animaux de cette espèce ; le jeune homme n'y est plus.

Il acquitta, d'ailleurs, sa dette envers le vieux cordonnier qui avait prédit ses destinées, en le faisant, nous est-il dit, son maitre d'hôtel * ; et, quoique plus tard devenu archevêque d'Arles, puis président du concile de Constance, a à son « retour, il rassembla, dit Grillet, dans l'humble « maison qui l'avait vu naître, tous les vieillards « de sa connaissance, il leur donna à diner et « leur fit des largesses suivant les besoins de « chacun *. »

Il aimait enfin notre pays, car il échangea, en 1423, l'évêché d'Ostie contre celui de Genève et, mort à Rome trois ans après, le 15 Février 1426, son cadavre fut cependant, selon sa dernière volonté, rapporté à Genève en 1428, pour y être inhumé dans sa chapelle. Par son testament, qui datait du 12 Août 1422, de Brogny avait constitué pour ses héritiers, par parties égales, d'une part, Tarchiprêtre et les 1 2 chapelains qu'il avait

1 Gharpenne, Histoire de la Réforme et des réformateurs de Genève, Paris, 1861, in-S^, p. 252.

^ Grillet, Dictionn, hist^ litt. et statist des départ, du Mt-Blanc et du Léman, Ghambéry, 1807, 1. 1, p. 410 et s.

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créés dans sa chapelle de Genève S et, d'autre part, le couvent de St-Dominique établi à Annecy ' . Il avait donc travaillé pour l'Eglise, d'une manière toute dévouée, et la façon dont il disposait de ses biens pour ceux qui viendraient après lui, montrait surabondamment quelles pensées avaient occupé sa vie.

Il y aurait bien des réflexions à faire sur la carrière de ce jeune pâtre qui devint plus tard membre du sacré collège et qui fut Tun des plus hauts fonctionnaires ecclésiastiques de son temps, puisqu'il eut l'honneur de présider le concile de

^ Besson, Mém, pour thisU eccl. des diocèses de Genève etc., p. 89. Il y a donc erreur dans Savyon, (Annales de la Cité de Genève, éd. Fick), Genève, 1858, p, 8, qui n'en compte que onze. Mais il nous apprend que du nom de la chapelle, on les appelait eux-mêmes Maccabées. Voyez encore Grenus, Frag. histor. sur Genève avant la Réformation, 28 Juillet, 1531. Besson, qui déclare aussi n'avoir c pu * découvrir Torigine de la qualification de Machabés qui fut

< donnée à cette chapelle collégiale longtemps après sa fon- « dation CMém. pour Vhist, ecclés p. 93), ajoute que le titre

< le plus ancien où ce nom lui soit donné, est une rente en « faveur : Venerabilibus viris Archipresbytero et Machabœis

< Capellœ oUm per Mum Cardinalem Ostien. fundatœ, pas-

< sée par Noble Humbert d*Angeville de la Boche^ en datte f du 29 Mai 1513.

2 Besson, Ibid., p. 47.

n I. LES CHAPELLES.

Constance. Mais, une réflexion se présente surtout ici à ma pensée, c'est que l'esprit qui avait présidé à la fondation de toutes ces chapelles était, sans contredit, un esprit de foi. C'est par la foi que s'explique l'érection de ces douze petits édifices placés ou dans nos fauxbourgs ou dans la ville même, pour offrir un asile à la prière et pour en fournir l'occasion. C'est par la foi que s'explique la fondation de cette chapelle en la maison de ville, afin que, par l'aide de Dieu, les affaires de la ville fussent mieux conduites. C'est par la foi que l'on plaçait en ce temps les hôpitaux à l'ombre d'une chapelle, comme celle de notre Dame du Pont, ou comme l'Oratoire des Aug^stins à Plainpalais, afin qu'on n'oubliât pas que la vraie charité a sa source dans la piété.

Eh ! sans doute, les hommes de notre siècle diront tant qu'ils voudront que cette foi-là n'était pas une foi éclairée, mais reposait sur des légendes et des superstitions. De même qu'on a toujours, à côté de soi, des gens dévots aux yeux desquels on est hérétique ou incrédule, de même aussi il y a toujours, d'un autre côté, des censeurs aux yeux desquels on est trop dévot, et l'on passe pour superstitieux. Ne nous en inquiétons pas et sachons rendre justice à des temps qui ne

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