LES ANTONINS. 6S
toine, ordre conOrmé en 1096 par le pape Urbain 11^ au sein du concile de Glermont. Mais cent douze ans plus tard, en 1208, Boniface YIII constitua les Antonins comme ordre spécial sous la règle des chanoines réguliers de St-Au" gustin, dont ils prirent souvent le nom dans la suite.
Or, il arrive que, dans certains mémoires, les moines du prieuré de St-Jean sont appelés des Chanoines réguliers de SuAugustin * ; c'est une erreur puisqu'ils appartenaient à Tordre de Si- Benoit. Mais il résulte du nom de chanoines qu'auraient porté les Antonins qu'on ne pouvait les confondre avec les moines du couvent de Notre Dame des Grâces ; car ceux-ci portaient le nom à^ermites de St-Auguslin et se distinguaient par là, on le sait positivement, des chanoines réguliers de cette appellation. Ils s'en distinguaient encore par le fait que les ermites étaient habillés de noir et pieds nus, les chanoines, habillés de blanc et chaussés *. On n'en saura peut-être jamais plus sur l'existence des Antonins dans la vieille Genève.
Il ne faut pas, d'ailleurs, s'étonner si dans
1 Voyez Besson, p. 96, note 1.
2 Encyclopédie moderne, t. XVH, p. 362, Paris, 1829.
66 II. LES COUTENTS.
l'existence et dans les souvenirs des monuments sacrés il y a tant d'incertitude. Nous avons parlé, en passant, de la destruction des faubourgs. Voici ce que dit à cette occasion Tun de nos respectables chroniqueurs : « Ils ont été arrasés pour deux « raisons, la première afin que les ennemis ne « se fortifiassent paà d'iceux contre la ville ; la « seconde, parce qull fallait fortifier la ville ; et « n'eust-on pas trouvé des pierres en souffisance « sans les prendre en iceulx faulxbourgs ; ensorte « que, pour ce faire, on chercha des pierres jus- « ques aux fondements de maisons, et cherche- « t-on encore de présent (1150), et j'entends que « devant vingt ans ne se trouvera seulement mé- « moire des vieux édifices, mais de la ruine d*i- « ceux, comme dit Taultre, peruere ruinœ *.
5. Nous avons pourtant gardé la mémoire d'un cloître cher à Genève et auquel les protestants eux-mêmes ne pensent pas sans ressentir une impression favorable. Quel est, en effet, celui de nos compatriotes, quelque peu versé qu'il soit dans notre histoire, qui, au nom de SUVictor ne rattache aussitôt et des souvenirs nationaux et la
1 Bonivard, Chroniques (Msc. des Archives), ch. H; Gaudy-Le Fort, Promenades historiques dans le canton de Genève, 2"^* édition, Genève et Paris, t. 1, p. 181.
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supposition de pensées bienveillantes pour la Réforme ? Quel est celui dont les lèvres ne prononcent pas avec orgueil le nom de Bonivard et qui^ dans son prieuré^ ne s'imagine avoir entendu les premiers bruits de la grande révolution religieuse qui ébranla le monde au XVP® siècle?
Il n'en était cependant pas ainsi en Tan 1517 et nuU à cette époque^ en cette année où Luther jetait au clergé romain son fameux défi sur les indulgences^ ne se fût douté de la grande crise qui allait bientôt changer la &ce de Genève même. En 1517, le prieuré de St-Victor n'était animé que de pensées toutes catholiques et ne vivait que de souvenirs de même nature. Que mes lecteurs veuillent bien, par conséquent, remonter avec moi le cours des âges, dix siècles même plus haut qu'une telle date ; la mémoire de ces temps où l'histoire tient de si près à la légende ne s'éveille pas sans produire sur l'imagination quelque impression agréable.
C'était en 502 environ. Clovis avait, cinq ans aupariavant, vaincu Gondebaud, roi de cette Bourgogne dont Genève faisait partie, et il s'agissait de populariser le nom des vainqueurs dans le pays gu'ils venaient de conquérir. Domitien P', à cette époque évêque de notre ville , engagea donc la
belle-sœur de Clovis, la sœur de la reine Clotîlde, Sédeleube, à bâtir à Genève une église du nom de St.-Victor. On conservait à Soleure le corps de ce martyr de la religion thébaine * . Sédeleube l'y fit chercher pour le déposer dans la nouvelle église qu'elle avait fait construire, et ainsi le nom du saint servirait à patroner et à légitimer la victoire de Clovis * . . .
Mais, à peine un siècle s'était écoulé, que déjà Ton ne savait plus retrouver dans l'église la sépulture de St. -Victor : il fallait donc, pour la découvrir, une révélation du ciel. Elle ne fit pas défaut: un songe suffit pour qu'^Econius, évoque de Maurienne, partit promptement pour Genève ; et, ayant emmené avec lui l'évêque Patrice, qui alors, sans doute, occupait quelque siège voisin , il vint à Genève , auprès de Rusti-
1 Comtnent se justifie cette affirmation? Nous ne savons trop; car, d'autre part, Milan, qui célèbre ce saint parmi ses principaux patrons (Ambros., In Lucam, 1. VII, §.178), prétend posséder ses reliques dans l'église de S, Victor ad corpw5.Voy.Puricelli, Monumenta Ambrosiana, les Bollandistes, au 8 Mai, et Grégoire de Tours, les Livres des miracles et autres opuscules revus et trad. par H.-L. Bordier, Paris, 1857. De gloria martyrum, 1. 1, p. 45, t. f, cap. 130 et suiv.
2 Fredegar. Chron, Cap 22 ; André Arlaud, Recherches de la vérité des antiquités de la ville de Genève, Msc déposé à la Société de Lecture, ch. II, p. 4; Besson, p. 5.
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que, évêque de notre cité (602-608). Les trois évêques se préparèrent à leur pieuse recherche par la prière, par un jeune de trois jours et par les veilles. Tout à coup, une lumière miraculeuse paraît de nuit à leurs yeux, et leur montre en quel endroit gît le corps du saint : ils lèvent la pierre qui le couvre, et le trouvent enseveli dans une châsse d'argent * .
Ce fut dans cette châsse, qu'environ quatre siècles plus tard, Tévéque de Genève, Hugues II (994-1020), retrouva les os du martyr, soigneusement caché pendant si longtemps aux regards des hommes. On célébrait la fête du saint en présence de Rodolphe III, roi de la Bourgogne transjurane, dont Genève faisait encore partie, en présence de la reine, des évêques, des comtes et d*un grand nombre d'assistants. L'évêque fît déterrer le tout, et fit mettre le saint dans sa châsse, sous le maître autel *, et cette cérémonie attestait rimportance qu'on donnait aux précieuses reliques. On leur attribuait le don des miracles : il
1 Frédégaire, ubi suprà; Besson, p. 6.
2 Guichenon (BibL Sebus, Cenhir. I, cap. 13) cite la charte de Tévêque Hugues, et la met, par erreur, en 1019; voir Mabillon, AnnaLBened, t. IV, p. 694. On y lit: « Argenteo loculo diligentissimè recondita quae hactenùs per plurima tempora hominum aspectibus fnerant occultata. >
n'en fallait pas davantage pour que Téglise de St. -Victor fût en grand honneur. Des évêques, et entre autres Ansegise S qui siégeait entre 840 et 880, y furent ensevelis. En 999 , l'impératrice Adélaïde, fille du roi de Bourgogne, Rodolphe II, et épouse de Tempereur Othon III, vint à Genève, désirant voir , est-il dit, le palais du trèsvictorieux martyr Victor, et la cérémonie que je viens de décrire s'accomplit sous Rodolphe III. Les merveilles opérées par le cadavre du saint, avaient été fructueuses pour l'église. Déjà Thierri F^ qui de la royauté n'avait que le nom, quoiqu'il fût successivement roi de Bourgogne , de Neustrie et de France, avait enrichi notre église de nombreux présents; mais, de plus,
1 Une pierre qui se trouvait jadis rue des Chanoines, à la maison Trembley et qui a été, en 1737; incrustée dans la muraille de la rampe de la maison de ville porte ce qui suit :