‹ Les édifices religieux de la vieille GenèveChapitre 27 sur 64 · S'-VICTOR · texte numérisé non relu

S'-VICTOR

années^ bien des choses s'étaient passées dans notre Genève. Saunier, Froment, Farel y étaient successivement arrivés ; l'Evangile y avait été prêché ; des querelles , des luttes même à main armée s'en étaient suivies ; le peuple avait pris parti, la Réformation avait été décrétée. Aussi , quand, le 29 Mars 1536, les Bernois s'étant emparés du pays de Vaud *, Bonivard vit s'ouvrir devant lui les portes de sa prison et put revenir à Genève, le prieur ne trouva plus son prieuré. Plus d'une année avant que la Réformation eût été ofQciellement proclamée, le 7 Août 1534, il avait été ordonné qu'on apporterait en la grotte de St. -Pierre les ferrures de St. -Victor, «de peur a qu'elles ne se perdent,» est-il dit'; «le 8, parce « que plusieurs ne cessoient de dérober à St.- « Victor, et d'emporter tout ce qu'ils pouvaient, » on avait publié des défenses d'y rien prendre; le 10, les moines de ce couvent avaient fait dire que leur maison et leur temple avaient été, en partie, démolis, et, le 18 Août, on avait dit en Conseil que les moines et leurs impurs acolytes habitant au faubourg avaient déjà presque tout détruit ce prieuré , dispersé et emporté ses meu-

1 Vulliemin, t*. s. pp. 175-178.

2 Flournois, Extraits des Registres publics.

82 II. LES COUYBNTS.

bles. Il avait donc été alors arrêté que le prieuré, réglise et les maisons du dit prieuré, seraient démolis, et Ton avait élu des commissaires chargés de rendre bon compte de la dépouille * .

Bonivard se trouvait ainsi sans ressource.

Le 29 Août 1536, il fut décidé sur l'intercession des députés de Berne que, pour pourvoir honorablement à son ratretiea, on lui accorderait, avec un logement pour lui et pour ses enfants (il n'en eut malheureusement pas), une pension annuelle de 200 écus; comme il était originaire de Seyssel, on le gratifia de la bourgeoisie *, à laquelle il renonça bientôt par préférence pour celle de Berne, et vu qu'il était dépossédé par la ville même qui en avait fait la conquête sur le duc de Savoie, non pas, si l'on veut, de son prieuré, il était en possession d'un autre, mais de tous les biens et revenus qui y étaient attachés, on lui donna immédiatement 800 écus pour payer ses dettes, et on lui assura, sa vie durant, non -seulement la maison qu'il occupait, mais encore une pension de iïO écus d'or, ou 3,500 francs, à peu près, en valeur actuelle ' .

1 Flournois, Ibidem, aux dates indiquées.

3 Grenus, Frag. historiques, 12 Février 1537. 3 Pour parler exactement, fr. 3456.

»*-ncTOR. ^ 83

En retour de ce qu'on lui assurait une telle position, Bonivard était appelé à rendre à Genève un grand service. Il fut chargé, vers la fin de 1542, de continuer, après Ami Porral, que la mort empêcha de poursuivre ce travail, la rédaction des chroniques de notre cité, et, après s'y être préparé par des travaux convenables *, il mit sérieusement la main à l'œuvre en k6, et ces Chroniques, poursuivies jusques à 1556, étaient terminées le 16 Janvier 1551.

Il ne m'appartient pas de juger le mérite historique et littéraire d'une pareille œuvre; cela appartient à plus compétents que moi, et feu M. le D^. Ghaponnière l'a fait avec une grande connaissance de cause ; mais je devais raconter ici les services que Bonivard a rendus à Genève, et celui-là ne devait pas être passé sous silence. ^

Pour le faire apprécier d'une manière équitable, deux épisodes se présentent encore à nous qui offrent comme le commentaire vivant de sa consultation de 1528, et qui méritent certainement de n'être pas oubliés.

Il n'y avait pas deux mois qu'il avait recouvré la liberté dont il avait été privé durant six années que, le 21 Mai, on voulut contraindre les

1 Ghaponnière, ubi suprà, pp. i89 et 216.

prêtres, ou à prouver immédiatement par TEcriture que la messe et les autres institutions de TEglise étaient approuvées de Dieu, ou à renoncer immédiatement à leur religion. Appuyant aussitô* la belle réponse que fit le plus âgé d'entre eux, pour montrer qu'il fallait leur laisser le temps d'étudier les doctrines de la Réforme*, Bonivard plaida pour qu'on leur accordât leur demande, et il ajouta qu'on ne devait pas forcer leurs consciences, mais les éclairer; car, a s'ils se montraient

1 t Certainement, très-honorés Seigneurs, dit le plus ancien des Prêtres, nous sommes extrêmement surpris d'un si prompt commandement que vous nous faites d'abandonner sans une plus mûre délibération, une religion annoncée depuis tant de siècles, reçue pour juste, sainte et salutaire, et cela, sans nous convaincre du contraire. Vous Tavez, à la vérité, quittée vous-mêmes, mais non pas en un instant, comme vous voudriez que nous fissions, puisqu'on vous a longtemps prêché pour vous instruire. Nous sommes vos très-humbles sujets, mais néanmoins Chrétiens rachetez par le sang de Notre Seigneur comme vous, et passionnez pour notre salut, comme vous Têtes pour le vôtre. Nous vous supplions donc pour Thonneur de Jésus-Christ notre Père et Sauveur commun, que vous souffriez que nous nous instruisions comme vous Tavez été. Envoyez-nous des Prédicateurs qui nous enseignent, et nous montrent en quoi nous errons ; et alors, si on nous peut convaincre, nous n'aurons plus de peine à suivre votre exemple, et à nous soumettre entièrement à vos volontez. » Spon, HisL de Genève, t. I, p. 272.

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