QUATRIÈME JOURNÉE
Architecture gothique. 1** Église de St-Victor; 2** St-Léger; 3* St'Germain et ses destinées; 4® St-Gervais et ses origines; Reformations révolution et régime français.
. Je ne sais si mes lecteurs ressentiront la même impression que moi, mais j'éprouve une secrète satisfaction en quittant les couvents pour les églises. Ici, en effet, je puis entrer quand je veux, je ne trouve plus la règle qui m'enlace et m'enserre de toutes parts, et je puis sortir quand je veux. Cette porte qui s'était ouverte pour moi, il y a une ou deux heures tout au plus, elle se rouvre encore pour moi, quand je le désire, comme pour tout le monde, et aucune Blaisine de Wuaremberg n'y sera retenue contre son gré, contre les plus secrets sentiments de son cœur. Je res-
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pire donc là plus librement, et, si je n'y suis pas toujours édifié, je puis, du moins, y admirer souvent et y goûter quelquefois des jouissances artistiques, s'élevant presque au niveau de Témotion religieuse.
Eh! comment ne les éprouverait-on pas, ces jouissances, à la vue de l'architecture à laquelle on a improprement donné le nom de gothique, mais qui, caractérisant la deuxième partie du moyen-âge, et le génie des nations modernes, a longtemps porté et portera longtemps encore le nom d'architecture chrétienne? Le pasteur protestant, le simple serviteur de Christ devrait peutêtre se souvenir que Dieu est esprit^, qu'il n' habite point dans les temples bâtis par la main des hommes *, et qu'il veut être adoré en esprit et en vérité ^ ; il devrait se souvenir que Jésus célébra la Pâque dans une chambre haute *, et que ses disciples ordinairement n'avaient pas à Jérusalem d'autre lieu pour leurs réunions ^ . Mais il peut se rappeler aussi que Jésus réunissait souvent ses disciples en face des magnifiques scènes de la nature, et il peut comprendre que, là où la nature ne s'étale pas avec ses splendeurs , ou même ne
1 Jean IV, 24. — ^ Actes XVII, 24. — 3 Jean, ubi suprà. - 4 Math., XIV, 15; Luc, XXH, 12. — 5 Actes 1, 13; II, i.
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se motitre pas, dans les villes, par exemple, on ait cherché à y suppléer par les magnificences de Tart. Ce n'est, d'ailleurs, pas tant, ai-je dit, le pasteur protestant qui parle, que le cicérone conduisant une compagnie à travers les vieux édifices du culte catholique : il doit en foire admirer les beautés partout où il s'en présente, et il ne lui sera, par conséquent, pas interdit ici d'emprunter à un artiste français, M. Sulpice Boisserée, une citation propre à faire apprécier l'architecture dont il parle :
« L'idéal de l'Eglise, la Jérusalem céleste, dit « cet écrivain, et cette autre cité divine , où se (( trouve reproduite et transfigurée, en quelque « sorte, avec son fondateur, l'Eglise terrestre, « telle est la conception sublime et profondément « symbolique que l'art, régénéré comme tout le « reste, entreprit de réaliser avec l'histoire com- « plète de l'ancienne et de la nouvelle alliance. « Pour cela, tout lui servit, dépuis les formes « géométriques, les proportions générales et la « figure de l'édifice, depuis cette ordonnance vé- « gétale, si variée et si harmonieuse dans ses « effets, si simple et si organique dans son prin- « cipe, jusqu'à ces murailles transparentes for- « mées par les vitraux peints, à ces autres pein-
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« tures parsemées de riches incrustations^ qui « couvraient les parois et les voûtes, et à ces « innombrables statues qui décoraient, soit Tina térieur, soit l'extérieur de la nouvelle Sion. a L'arc en pointe, qui fait le caractère propre de « cette architecture et se répète dans toutes ses para ties, les tours qui s'élancent en flèches aiguës « et découpées à jour, ces lignes perpendiculaires m et pyramidales partout dominantes , et la pro- « digieuse élévation qui en résulte, Umi cela « n'est qu'un grand symbole, une idée sublime « réalisée par des formes, un élan vers le ciel, « produit de l'enthousiasme religieux de ces « temps, et qui, aujourd'hui encore, réagit sur « l'âme avec une puissance irrésistible. La hau- « teur %baéra\e de l'édifice est divisée en trois « parties principales, et ce nombre sacré se repréa sente dans toutes les parties secondaires. La « croix figurée par le vaisseau de l'église est la « base mystique sur laquelle il semble reposer, « de même que sa structure entière repose sur le « triangle ; le signe du salut se retrouve et se re- « produit à l'infini dans les ornements et dans « cette riche décoration végétale où il fleurit, « pour ainsi parler, comme un rameau verc doyant. i>
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Alors , après avoir rendu attentif à la symbolique des nombres, à propos de la cathédrale de Cologne, dont son ouvrage n'est que Thistoire et la description , au nombre sept qui est celui des chapelles, et qui, dans l'Eglise catholique, représente celui des dons du St-Esprit et des sacrements, au nombre quatorze, qui est celui des colonnes, et qui représente Jésus, la Vierge et les douze Apôtres, au nombre quatre, qui est celui des angles de la transversale, et qui représente les quatre évangélistes et les quatre principaux docteurs de TEglise ; après avoir dit que la nef, le porche, les fenêtres, les vitraux, auraient sans doute offert, à Cologne, les principaux personnages de l'Ancien Testament et les différentes scènes de la vie du Sauveur, M. Boisserée continue ainsi :
Une autre idée fondamentale du christianisme est figurée « dans cette multitude de nains, de « singes et dé monstres, de satyres et de formes « bizarres ou naturelles d'animaux , qui se mon- « trent principalement dans les parties extérieures (( des églises, et y font avec les statues des saints (( et des anges un frappant contraste. C'est l'oppo- « sition des bons et des mauvais esprits qui veil- (( lent autour de la maison du Seigneur, animés