lit.iriCTOR
J'ai déjà parlé de l'église de Saint-Victor ; je pourrais donc me dispenser d'y revenir ici. Je dois toutefois parler encore de l'époque assignée à sa fondation, puisqu'il a régné sur ce point quelque incertitude, et je dois justifier ce que j'ai précédenunent dit à cet égard.
Ce fut une reine Sédeleube qui fut, ai-je dit, la fondatrice de l'église de St- Victor ; mais, comme Seoebier l'a remarqué avec grande raison * , il y eut au moins deux princesses de ce nom : l'une, selon Frédégaire *, belle-sœur de Gondebaud et femme de l'un des frères de ce prince, savoir de Chilpéric F^, qui régna à Genève depuis 451 ; l'autre, nièce de Gondebaud et sœur de cette Clotilde qui épousa Clovis en 495. Laquelle doit-on regarder comme la fondatrice de l'église de St- Victor?
Est-ce la première? Telle est bien l'opinion de Dunod, dans son Histoire des Séquanois et des Bourguignons ', et de Senebier, dans le Journal
1 Journal de Genève, du 11 avril 1789.
2 Fredegarii scholastici Ckronicon, capp. 17 et 22.
^ c L'histoire, dit cet auteur, lui donne (à Sédeleube) le titre de Reine, ce qui me fait croire qu'elle avoit épousé
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de Genève du H Avril 1789, et l'épouse de Chilpéric était réellement reine.
Mais un marbre noir trouvé en 1534, lors de la démolition de St- Victor, portait en latin une inscription qui peut se traduire comme suit : « Ces choses ont été faites sous le règne de Domitien, évêque de Genève * . »
Or, comme il y eut deux reines Sédeleube, il y eut deux Domitien qui furent évéques de Genève, l'un, entre 849 et 853, qui ne fut nullement contemporain d'une reine Sédeleube; l'autre, vers la fin du V"* siècle, et qui siégea jusqu'en 513, où il fut remplacé par Maxime *; celui-là fut contemporain de Clovis, de Clotilde et d'une Sédeleube,
Hilpérie, celui des Rojs Bourguignons qui avoit fait de Genève la capitale de son État, et que Frédégaire Ta confondue avec la sœur de Ste-Clotilde, qui, suivant les autres historiens (Greg. Turon, Hist, 1. II, c. 28; Roric, 1. II), s'appeloit Chrone et fut appelée Mucutune dans le monastère où elle entra. » Dunod, Histoire des Séqumois et de la province Séqua'àoise, des Bourguignons et du premier royaume de Bourgogne. Dijon. 1735, in-4**, p. 237.
1 ACTA SUN-Ç HiEC DOMITIANO EPISCOPO 6ENE- VENSI. Voyez Josias Simler, Bespublica Helvettorum, Tiguri, 1608, in-8°, Spon, Hist. de Genève, 1. 1, p. 27.
- J. D. Blavignac, Armoriai genevois, ch. II, num. XXXV et X. Voy. Mém et Doc. de la Société ^histoire et d'archéologie de Genève, Genève et Paris, 1849, t. VII, pp. 30 et 23.
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dont nous voyons clairement, par ce synchronisme, qu'elle fut la fondatrice de St- Victor.
Cette princesse, à proprement parler, ne fut jamais reine, car, s'étant faite religieuse, elle termina sa vie dans la dévotion ; mais on lui donna par extension le titre de reine, comme cela avait souvent lieu pour les princesses, d'après Spon et Senebier*. Elle fit construire les fondements de l'église sur ceux de la maison où elle était venue au monde*; on ne peut donc absolument rien conclure de la forme circulaire qu'avait l'église nouvelle ' et qui était, dit-on, celle des temples païens. Il n'y avait eu là auparavant qu'une maison ou un palais, non un temple, et, si l'architecture des églises ne se distinguait pas encore de celle des temples païens, c'était, tout au plus, affaire d'art. D'ailleurs, parmi les chapelles qui s'y trouvèrent plus tard, il y en eut une qui avoit été fondée par deux sœurs vraisemblablement, pair dame Catherine de Hauteville, veuve de Guillaume de Choisieu, et par Marguerite de Haute-
1 Spon, u, s., 1. 1, p. 23; note f.; Senebier, Journal de Genèvd, 14 AvrU i789, p. 58*
^ André Arlaud, Recherches de la vérité des antiquités de la ville de Genève, ch. Il, p. 4. Msc de la Société de lecture.
3 Senebier, u. s.
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ville, dame de Viry*. Or, cette chapelle était sous le vocable de Ste-Croix, et comme, dans notre ville, le droit de cathédrale a toujours été attaché à ce titre, il est probable, et, du reste, on sait d'autre part que l'église de St-Victor a été cathédrale avant celle de St-Pierre.
Celle de St-Léger ne doit pas être confondue avec la chapelle du St-Esprit, Celle-ci était située à l'intérieur de la ville, l'église était au dehors, comme nous l'apprend Jeanne de Jussie', et auprès du cimetière du même nom, où, le 9 Juillet 1 482, il fut ordonné de porter les cadavres des personnes mortes de contagion au-dehors de la ville * .
Le saint sous le nom duquel cette église était placée n'eut aucun rapport avec Genève. Léger ou Léodegar (c'est ainsi qu'il est appelé dans l'Accord perpétuel contracté entre la ville et Jean de Pierre Cise), Léger avait été, au VIP® siècle (de 616 à 678), évêque d'Autun. Ainsi que Jean-Bap-
1 Chambre des Fiefs. La Corbière, Manuscrit des Archives.
^ Le Levain du Calvinisme (éd. Reviliiod), p. 101.
3 Grenus, Fragm, hist, sur Genève a/vant la Réformation. Date indiquée.
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tiste, il n'avait pas craint de reprocher au roi Childéric II un mariage que celui-ci avait conclu avec sa nièce, contrairement aux lois de l'Eglise. Sa franchise avait été punie de Texil. Mais, après la mort de Childéric, il avait cru pouvoir retourner dans son diocèse, quand un maire du palais, dont il avait cependant obtenu la grâce, le paya d'ingratitude, lui fit souffrir mille tourments, crever les yeux , couper la langue , et provoqua enfin sa mort, qui arriva par le glaive, le 2 Octobre 678 \
Si j'ai insisté sur de tels détails et sur cette date, c'était afin de faire comprendre que l'église consacrée au saint en question, n'a pas pu être élevée avant la fin du VII"*® siècle. D'ailleurs, je n'ai su découvrir sur cette église aucun autre renseignement qui se rapporte, soit à la date positive où elle fut construite, soit à quelque fait important*, et, après les quelques traits auxquels j'ai
1 Mabillon, Acta Sanctorum ord. S. Benedicti, t. II, p. 679; Herzog, Real, Encyklopœdie fur protest TheoL VIIP^' Bd., S. 331 u. f. Stuttgart, 1857. Wetzer et Welte, Dictionn, encyclop, de la théolog. cath,, trad. par Goschler, t. XIII, pp. 213 et s. Paris, 1861.
^ Je n'appelle pas de ce nom une huitaine d'actes qui ont été, il y a deux ans, mis au jour par la publication du volume des Chartes inédites et qui font connaître une
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dû m'en tenir, je passe des églises qui n'existent plus à une autre église qui existe encore, et qui peut bien être mentionnée après les deux précédentes, puisque, après avoir été consacrée au culte réformé durant deux cent soixante-sept années, elle a fait ensuite retour au culte catholique. Je veux parler de St-Germain.
Il est impossible de préciser l'époque à laquelle a été fondée cette église. On sait seulement qu'elle existait en 1218, riche et jouissant de revenus considérables attachés à sa cure, puisque, pour la dîme papale imposée lors de la croisade,
partie, bien incomplète, il est vrai, de la situation financière (le cette église. On les trouvera à la fin du présent volume. Mais je ne puis entièrement refuser ce nom à deux faits qui sont mentionnés dans les registres publics :
« Le 4 Juin 1535, sur ce que Cl. Manna, I. Balon, I. Fouge et I. Vorse ont eu tous les biens de l'église de St-Léger comme les cloches, la tuile, la fuste, le fer, un calice, etc., on ordonne qu'on leur en feroit rendre conte. » — Le 28 Février 1536, on parla des faubourgs qui sont presque ruinés, même St-Léger et St- Victor, n'y ayant plus que quelques obstinés qui ne veulent faire desroucher (abattre) ce qu*ils ont. Flournois, Extraits des Registres publics,
le curé de celte paroisse fut appelé à payer une livre tournois*.
Malheureusement, le dimanche k Septembre 1334/ un incendie éclata, qui dévora a les deux « tiers de la ville,» nous ditSpon, « tout le cloître c< avec les maisons des chanoines, la cour de l'é- « vêque, le quartier de la Magdeleine » et, ce qui nous intéresse ici particulièrement, « toute
1 Voy. à la fin du prés. vol. la note H. Le plus ancien acte qui nous ait été conservé, ayant trait à cette église, date du 23 Février 1280. Le chapitre de notre cathédrale, et M. Jean, chapelain ou curé de St- Germain, étaient en contestation sur le droit -de personnat de cette église et sur une maison et ses dépendances, situées dans un des faubourgs. La décision arbitrale, que rapporte l'acte en question, fut rendue par Amédée de V.... gardien des frères mineurs de Lausanne, par Martin Wichard et par Maître Mathieu, celui-ci chanoine de Genève. Ils décidèrent, quant au personnat *, que le chapitre percevrait sur l'église de St-Germain la moitié de tous les revenus, de tous les dons et de toutes les offrandes; et, quant à la maison et au casai, situés dans le faubourg de Bornuel ( m vlco de Bornuel ), entre la maison de Clauses et la maison de Pierre de Satigny, qu'ils seraient aussi divisés par égalité entre les deux parties. (Voy. Chartes médites, p. 162),
* On B^pehït personnat un bénéfice donnant, dans le Chapitre, une place distinguée et une préséance honoraire sur les simples chanoines, mais sans qu'aucune juridiction y fut attachée. En retour du privilège honorifique ainsi constitué à son titulaire, par le bénéfice en question, le chapitre percevait un droit de personnat. (Voyez Dictionn. thèolog. portatif. Paris, 1756, in-lâ, p. 486, et Wetzer et Welte. Dictionnaire encyclopédique de la théologie catholique, Paris, 1863, t. XVIII, p. 100.)
183 n. LES ÉGLISES.
« réglise et la paroisse de St-Germain, avec les « cloches, les reliques et les accoutremens de cette « église * . » Telle est du moins l'expression que Spon emprunte à un auteur plus ancien '. On s'occupa, dès que faire se put, probablement,
de la reconstruction ; mais le moment où le second édiûce fut terminé nous est aussi inconnu que la date première de la fondation. On a, du reste, fort peu de détails sur ce qui concerne cette église avant le XVP® siècle.
11 parait seulement que, vers Tau 1410, il y avait à Genève, et surtout dans la paroisse de St- Germain, plusieurs Juifs, et Ton se plaignit au pape de ce qu'ils y étaient mélangés avec les chrétiens, de ce qu'un tel mélange donnait lieu à des désprdres de mœurs, et principalement de ce que ces Juifs refusaient au curé de la paroisse les dîmes qui lui étaient dues. Le pape ne tarda pas
à remédier à une situation aussi pleine de périls.
Par une bulle émanée de Grenoble, en date du 20 Août 1411, Benoît XIII ordonna que les Juifs porteraient désormais un costume distinctif, puis qu'ils paieraient aux curés les prémices et les
1 Spon, Histoire de Genève, 1. 1, p. 66.
2 Savyon, Annales de la cité de Genève (éd. Fick), Gçnève, 1858, p. Il,