‹ Les édifices religieux de la vieille GenèveChapitre 35 sur 64 · S'-GERMAIN. 15S · texte numérisé non relu

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à quelques jours de prison^ au pain et à Teau ; rinstigateur de cette émeute féminine se vit retirer sa bourgeoisie pour n*en avoir pas rempli les devoirs ^ et, six semaines au plus après cette condamnation , le 2 Avril , on assigna pour demeure au prédicateur évangélique, en lui donnant 18 florins de salaire, le domicile même du curé, qui devait partager avec lui , sinon sa table , au moins son logis.

Ce ne fut pas le seul exemple d'ecclésiastiques des deux cultes logés sous le même toit. Guillaume Farel et Pierre Viret furent envoyés par le Conseil au couvent de Rive, que Messieurs les syndics durent visiter pour leur y donner une demeure honnête^, et, de 1538 à 1540, le pasteur de Jussy, M. de la Mare, demeura chez M. le curé François Falcat, à ce que nous apprend, au moins, TObituaire de la Compagnie^.

Cette cohabitation forcée avec des hérétiques, ne faisait pas toujours les affaires du catholicisme; c'était la Réforme qui y gagnait, et la meilleure preuve, ce fut le curé de St-Germain lui-même, Thomas Vandel. Il ne se convertit pas immédiatement; car, le 18 Juin 1535, il lui fut ordonné

1 Ibid. 14 et 21 février 1535. — 2 Même date.

3 Livre des Spectables Pasteur s^ Professeurs, etc. p. 99.

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de faire soDDer la cloche pour le sermon du matin et Ton décida de Ty contraindre, s'il s'y refusait. Toutefois, il embrassa, au bout de quelque temps, les doctrines évangéliques, et se prononça positivement en faveur de la Réforme. Serait-ce lui que, par erreur, La Corbière présente, sous le prénom de Nicolas, comme ayant été, de 1541 à 1545, pasteur de Jussy*? Nous ne saurions Taffirmer ; toujours est-il qu'il finit par protester contre les erreurs de Rome.

Quant aux biens de la cure et des chapelles de St-Germain, il reçut, même avant que la dispute fût commencée, savoir le 21 Mai, Tordre d'en faire l'inventaire avec le secrétaire de la ville. Ami Curtet, et le secrétaire de la justice. Mais, quatre jours après. Ami Curtet vint déclarer que les chapelains, n'ayant pas d'autres ressources, avaient vendu les calices pour vivre. On ordonna là-dessus au procureur des altariens, de ne payer auxdits chapelains aucunes distributions, jusqu'à ce qu'ils eussent donné par inventaire leurs calices*; c'est à-dire, pour traduire en langage moderne l'expression de Flournois, jusqu'à ce qu'ils s*en fussent reconnus responsables.

1 Ibidem,

^ Flournois, Extraits des Registres publics, %i et 25 mai

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Par suite de la révolution religieuse qui venait d'avoir lieu, Thomas Vandel se trouvait avoir perdu tous ses bénéfices, qui étaient situés hors de la ville, et qui lui produisaient un revenu de 12 florins par an; pour être élu chanoine de la ville, ce à quoi les premières démarches de son frère n'avaient pu le faire arriver * , il avait déboursé 60 écus sol ; enfin, il avait été promu à l'église paroissiale de St-Germain, et maintenant tout cela cessait, et il demeurait sans biens pour pouvoir vivre. Son frère, noble Pierre Vandel, vint représenter tout cela au Petit-Conseil et demander, conséquemment, soit qu'on rendit au ci-devant curé les susdits 60 écus, puisque l'Etat possédait alors les biens du Chapitre, soit qu'on lui laissât pour son entretien, sa vie durant, les biens de la cure de St-Germain. Le Petit-Conseil, qui, du reste, ne pouvait en décider seul, promit d'en faire la proposition au Grand-Conseil, et elle y fut favorablement accueillie ' .

Parlerai-je maintenant de tous les événements, grands ou petits, qui marquèrent dans l'histoire de cette église jusqu'au commencement du XIX"*®

A Grenus, ubi suprà, 27,29 avril et 8 juillet 1529. 2 Grenus, Fragments hist. sur Genève avant la Réformation, 28 janvier 1536.

siècle, et dont les registres de la Compagnie nous ont conservé le détail? Il faudrait dire que, le 12 Avril 1585, les pasteurs craignirent de la voir fermer, parce que l'autorité voulait y faire des approvisionnements de blé ; mais que, le 30 Septembre de Tannée suivante, on la céda volontiers pour des prédications en allemand destinées aux Suisses qui étaient alors à Genève. Il faudrait dire que, dans le cours du XVIIP® siècle, on prit rhabitude de la fermer pendant les fériés, et, particulièrement, pendant celles des vendanges *, puis d'alterner entre ce temple, celui de TAudiloire et St-Pierre pour les différents offices de Tannée ^ . Il faudrait parler de l'allongement de la table de la communion en 1718 (2 Septembre), afin d'abréger la cérémonie en chargeant deux ministres de distribuer la Cène ; puis, de l'introduction dans ce but d'une deuxième table en 1735 (18 Novembre). Il faudrait parler delà construction d'une grande galerie remontant à la même époque, de la chapelle réclamée pour les enfants qui ont très-peu de place dans le temple,

1 Registres de la Vénérable Compagnie, 9 Juillet et !•' Octobre 1728; 3 Octobre 1738; 5 Octobre 1742; 21 Septembre 1781.

2 !•' Octobre 1756; 23 et 30 Décembre 1785; 20 Mars et 4 Avril 1800,

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et qu'il fallut faire garder par des huissiers * . Il faudrait parler des places trop souvent données à des particuliers et diminuant le nombre de celles qui étaient communes à tous ' , puis de celles qui, d'autre part, étaient demandées pour les pasteurs '. 11 faudrait parler des chaînes tendues autour du temple pour empêcher que le service divin y fût troublé par le bruit des voitures *, et des rideaux demandés pour adoucir le jour venant des fenêtres situées aux deux côtés de la chaire et incommodant les auditeurs ^ . Mais ces détails de ménage intéresseraient peu mes lecteurs, et j'ai hâte d'en venir aux événements plus importants qui, dès le commencement de notre siècle, décidèrent du sort ultérieur de ce temple.

Déjà, en 1694, M. d'iberville, résident français à Genève, avait demandé, pour la célébration de son culte, qu'on lui cédât St-Germain, et il se le vit refuser, au milieu d'un concours de circonstances dont M. le pasteur Gaberel raconte les piquants détailsdanslelIP® volume de son His-

1 25 Décembre 1750; 1«' Janvier 1751.

3 16 Avril 1745.

3 23 Février 1753; 20 Marg et 29 Mai 1761.

4 12 et 19 Juin 1750; 29 Septembre 1752.

5 6 Juillet 1753,

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toire de notre Eglise * . Mais la situation des choses avait bien changé en 1801. Ce que, plus d'un siècle auparavant, le représentant d'un monarque étranger, quelque puissant que fut ce dernier, n'avait pas pu obtenir, le gouvernement auquel Genève était soumise depuis 1798 pouvait se croire en droit de l'exiger.

Le 22 Novembre 1801, le citoyen Portalis, chargé de toutes les affaires concernant les cultes, adressa donc, à ce sujet, une première missive au citoyen d'Eymar, préfet du département du Léman, et voici l'une des illusions qu'il y exprimait : « Les principes d'une tolérance univer- « selle, si vainement invoqués jusqu'ici, vont « enfin être mis en] pratique, et j'espère que (( bientôt Rome et Genève ne seront ni rivales ni « ennemies ^. » C'était certainement un beau rêve ; mais c'était celui de bien des cœurs chrétiens, et l'évéque de Chambéry lui-même (on le nommait alors Monsieur de Mérinville), auquel ressortissait le département du Léman, écrivait ce

1 Page 333 et s.

2 Archives de TEtat. Pièces relatives à la cession de St- Germain pour le culte catholique. C'est du recueil de ces pièces tout officielles que nous avons extrait la plus grande partie de notre narration; le reste est tiré des Registres de la Compagnie.

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