INTRODUCTION. XI
sacrés au culte dans la ville et dans sa banlieue, et Ton ne s'attendra pas à ce que je donne sur tous des détails également développés ; cela me serait matériellement impossible, parce quMl en est sur lesquels j'ai trouvé fort peu de renseignements. Mais on n'aura pas lieu de s'en plaindre, parce que j'éviterai ainsi une monotonie où je redoute infiniment de tomber.
La course que j'entreprends , d'ailleurs, embrassera nécessairement cinq journées, dont la première sera consacrée aux chapelles, les deux suivantes^ aux couvents et leâ deux dernières, aux églises. J'espère qu'avec des marches ainsi réparties, les voyageurs que j'ai l'honneur de conduire ne seront pas trop fatigués.
PREIIËRE JOURMiC
1^ L'Oratoire de Palais; 2* St-Paul; 3*» Ste- Marguerite ; 4*^ St-LaurerU; 5*» Temple de SU Jean de Rhodes ; 6*» Sie- Catherine ou chapelle de Brandis; 7° les Florentins; S"" Notre Dame du Pont; 9"" Chapelle de la Maison de ville; 10* Chapelle du St-Esprit; 11* Chapelle de St- Jeoire; i^** les Macchabées.
Pour commencer notre pèlerinage, transportons-nous dans la commune où est notre vieux cinnetière :1a religion, qui doit nous parler du ciel, nous entretient de la mort comme de Timmortalité, et la maladie en est la route habituelle.
i. Là, dans Plainpalais, simplement appelé autrefois Palais, est un Oratoire dont notre vieux Bonivard parle en ses chroniques * et qui a pour
1 Boaivard, Chroniques de Genève, 1 1, ch. 3.
but de solliciter, avec la prière, des aumônes en faveur des indigents frappés de la peste. Il a été <îonstruit dans les premières années du XVP® siècle, et c'est le 20 mars 1504 que Jean Nergaz, procureur de l'hôpital pestilentiel , a commencé à en poser les fondements. Le chroniqueur nous apprend que là « estoit paincte une belle Notre « Dame, à laquelle deux anges tenoient eslargi » son manteau. Chacun d'eux en tenoit un bout, « Tun deçà, l'autre delà, et au-dessous du man- « teau estoient Papes, Empereurs, Rois, Ducs, « Evêques, Abbés, Chanoines, Moines, Gentilsce hommes. Marchands, Laboureurs et generale- « ment de tous états, qui se tenoient là à l'om- « brage, et principalement y estoit pourtraict au « vif le dit hopitalier et aucuns de ses amis, et « avoit dessous un ecriteau en rime que l'on dut « illec donner, pour Dieu, aux povres frapés de « peste et y alloit aux pardons en mettant de Tar- « gent au tronc.
« De notre temps, continue Bonivard, le dit « Oratoire a esté arrasé comme les autres, en « sorte qu'il n'y apparoit trace d'aucun édi- (( fice \ »
1 En 1534, époque dont parle Bonivard, l'Oratoire était déjà en ruines, vu que, suivant Tobservatiou de M. Blavi-
s. PAUL.
2, DeTOratoîre dont je parle, nous n'avons pas une longue course à faire pour arriver sur les hauteurs de Champel. Là, en 1498, un favori du bâtard René de Savoie, André Guat (ou Gat), c^étaît ainsi qu'il s'appelait, a fondé une chapelle dédiée à St-PauL Elle ne subsistera pas longtemps, car elle sera démolie, en 1534, avec boa nombre d'édifices consacrés au culte ^ . Mais elle laissera son nom jusqu'au XVIII""* siècle aux Tattes de St-Paul (La Corbière, du moins, nous l'atteste) et c'est là que, jusqu'au milieu du XVI™® siècle, se feront les exécutions *, dans ce
gnac (Notice historique sur le cimetière de Genève, dans les Mémoires et éocuimnts de la Société dkistoire et d archéologie, 1845, t. VU, p. 175), dès Tannée 1530, les Bernois, qoi, à Toccasion de la guerre, étaient à Genève, Tavaient dévasté. « Ces ehlens, dit Jeanne de Jussie, qui de nuict faisoient le guet sur l'artillerie de TOratoire, abbattirent Tautel de la Chapelle et mirent en pièces la verrière où estoit en peinture l'image de Monsieur St- Antoine Abbé et Sainct Sébastien. Ils rompirent aussi totalement une belle croix de pierre et des biltons d'icelle faisoient selle pour se seoir autour du feu. Le Levain du Calvinisme, éd. de M. Gust. Revilliod, Genève, 1853, p. 23.
1 Bonivard, Chronique, 1. H, ch. 98.
3 Ce fut là que fut mise à mort, le 14 Juillet 1535, Antoina Vax, qui, en service chez Claude Bernard, avait jeté du poison dans un potage servi à Farel, Froment et Viret et qui, Viret ayant failli en mourir, dut avouer son crime, c Attendu
4 I. tBâ^CflAPCLLBS.
Champ du Bourreau, qui, pendant près de deux cents ans, ne servira plus qu'à la sépulture des suppliciés. En 1827, il sera vendu à un particulier sous la condition, lit-on dans Gaudy, « de « combler le creux et de l'ensemencer * . »
5. Nous voici parmi les chapelles consacrées aux saints ; aussi ne nous étonnerons-nous pas d'en trouver une élevée à Ste^Mar guérite, le symbole de la pureté. Celle-là est située au-dehors de la porte de St-Léger et sur une éminence qui la domine. Là est une recluse qui est nourrie par le chapitre et qui fait « pénitence pour les péchez de tous les chanoines ^ . » Les gens d'Eglise ne sont donc pas restés nets à cet égard et il faut que leurs fautes soient bien grandes ou bien petites pour qu'une expiation tout humaine soit nécessaire ou suffisante en dehors de celle qui vient de Jésus-Christ. Bonivard se prononce pour la première alternative : il dit, en effet, que la malheureuse avait là tme rude besogne. Mais
ses larcins et ses empoisonnemens qu'elle a avoués, elle fut condamnée k avoir la tête tranchée, et son corps pendu au gibet de Ghampel et sa tête fichée à un clou. » Flournois, Extraits des Registres pubUcSy 14 Juillet i535.
^ 6audy-Le Fort, Promenades historiques dans le canton dé Genève, 2»« édition, Genève et Paris, i849, 1 1, p. i85.
^ Bonivard, Chronique dé Genève, 1. 1, ch. 3.