CHAPELLE DE LA SALPÊTRIÈRE
quent par de larges et hautes arcades. C'est comme une esquisse de réglise des Invalides qui fut construite sur un dessin analogue, mais avec une ampleur et une richesse de style dont la chapelle de la Salpêtrière est tout à fait dénuée.
Cette distribution avait d'ailleurs, à l'origine, sa raison d'être : on voulait séparer les enfants, les hommes et les femmes qui étaient hospitalisés dans l'asile.
Les différentes parties de l'édifice communiquent entre elles par des arcades, au-dessus desquelles on a ménagé des baies ouvertes ou aveugles. Les chapelles affectent une forme polygonale. Les nefs sont creusées de baies aveugles renfermant des statues ou des autels.
Au centre de l'édifice, s'élève la coupole, au milieu de laquelle est placé le maître-autel qui paraît un peu grêle auprès de cette architecture massive. Les piles qui portent les arcs communiquant avec les chapelles et les nefs sont décorées de toiles aux couleurs vives.
Au reste, l'édifice n'a reçu aucune ornementation, si l'on excepte toutefois un buflfet d'orgues, d'un agréable dessin, de la fin du XVIII* siècle. Les murailles nues n'ont pour toute décoration que quelques statues et un certain nombre de tableaux. Ces peintures, pour la plupart anciennes, ne manquent pas d'intérêt.
On remarquera, sur les piliers de gauche de la nef, plusieurs toiles datant du xvii* siècle : une Présentation au temple de l'école de Simon Vouet ; une Vierge assez expressive, de l'école bolonaise ; une Visitation^ un Ecce homo^ de l'école bolonaise ; une Annonciation \ un Sacrifice cT Abraham. Sur le dernier pilier, un tableau du xvi® siècle, inspiré de l'école italienne, figure la Fuite en Egypte .
Les travées de droite sont décorées d'une autre Fuite en Egypte ^à^ l'école de Poussin, d'une Sainte^ du xviii' siècle ; d'une
bonne composition du xvif représentant V Adoration des Rots; d'un Saint Pierre, très endommagé, de Técole bolonaise de la même époque. Sur le troisième pilier, on voit une Annonciation^ peinte dans la manière de Van Loo, et un sujet allégorique du xvii* siècle, qui porte la trace de fortes retouches.
Les piliers du chœur sont également ornés de tableaux. On remarque deux toiles du xyiii"* siècle : le Martyre d'un saint par la hache et la Prédication de saint Vincent de Paul. Un tableau du xvii* siècle, imité de l'école florentine, figure Notre-Damedu-Rosaire; une autre composition, de la même époque, évoque V Adoration du Bambino.
Le chœur renferme encore une Résurrection du frère André ; un tableau de J.-B. Le Sueur (1778) : Marthe et Marie; et une Prédication de saint François de Sales, attribuée à François Verdier. C'est une composition habile qui se détache sur un fond de paysage.
Dans la chapelle Sainte-Geneviève, on rencontre une toile intéressante, dans le genre de Caravage: le Reniement de saint Pierre ; un Baptême du Christ, de l'école vénitienne du xvi' siècle; une toile du xviif : Judith et Holopherne et une curieuse composition du xvii* : la Chute des Anges,
La chapelle du Sacré-Cœur renferme un tableau, de l'école vénitienne du xvf siècle, qui représente le Lapement des pieds ,
En 1609, la reine Marguerite de Valois, voulant accomplir un vœu qu'elle avait formé lorsqu'elle était assiégée à Usson,
décida de fonder un monastère pour l'ordre des Augustins déchaussés que dirigeait son confesseur, le père Amet. Par un contrat en bonne et due forme, elle promit aux Pères une maison contiguë à son palais du faubourg Saint-Germain. La fondation fut confirmée par le roi de France et autorisée par un bref du Pape.
Mais les religieux devaient apprendre à leurs dépens que les engagements les plus solennels ne pouvaient enchaîner l'humeur inconstante de la reine Marguerite. Fut-elle piquée de la franchise et de la liberté avec laquelle le père Amet s'acquittait de ses fonctions de confesseur ? Ou les religieux encoururent-ils sa disgrâce, ainsi qu'on l'a prétendu, parce qu'ils se refusaient à chanter l'office à sa fantaisie? Quoi qu'il en soit, les pères commençaient à peine à jouir de cet asile, quand ils en furent expulsés, par la volonté de la souveraine.
Ils durent se borner à protester par-devant notaire, contre le brusque retrait de la donation, et ils cédèrent la place aux Augustins chaussés de la Réforme du père Rabâche.
Pourtant ils rentrèrent bientôt en France, en 1629. La Rochelle, cette forteresse suprême du protestantisme, venait de tomber aux mains du roi. Ce dernier succès consacrait l'unité de la France. Louis XIII voulut commémorer dignement cet événement capital de l'histoire de son règne et, désireux de témoigner sa reconnaissance à la Vierge, il fonda, pour les Augustins, une nouvelle église qu'il dédia à Notre-Dame des Victoires.
Il posa lui-même, en 1629, la première pierre de l'édifice dont les plans avaient été dressés par Galopin, architecte du roi. Interrompus pendant la Fronde, les travaux furent repris en i656, sous la direction de Pierre Lemuet, puis de Libéral
Bruant et de Gabriel Le Duc qui apportèrent de notables changements au projet primitif.
Au XVIII® siècle, T église menaçait ruine. On dut la rebâtir presque en entier. Ces nouveatix travaux ne s'achevèrent qu'en 1740, par la construction de la façade qui fut dessinée par Cartaud. La dépense s'était élevée à 120000 livres.
La congrégation des Petits-Pères, qui avait dû son nom à la modestie de ses débuts, finit par être fort riche. Quand vint la Révolution, elle se trouvait en possession d'une bibliothèque importante, d'une riche collection de médailles et d'antiquités et d'une série de portraits de personnages célèbres, parmi lesquels se trouvait le portrait d'un de leurs religieux, le frère Fiacre, peint par Rigaud. Les religieux avaient aussi constitué un musée ethnographique et un cabinet d'histoire naturelle.
Toutes ces richesses furent inventoriées, en 1791, par une commission de savants qui siégeait au collège Mazarin. L'église fut érigée en paroisse, sous le titre de Saint-Augustin dont elle reçut les reliques. Elle ne recouvra sa dénomination première qu'après le Concordat.
Notre-Dame des Victoires n'offre guère d'intérêt que par la correction et la régularité de son dessin : c'est un des monuments de l'époque où le style «jésuite » s'affirme dans sa forme la plus rudîmentaire et la plus ingrate.
La façade n'attire pas les regards des visiteurs, avec ses deux ordres de pilastres ioniques et corinthiens, ses contreforts, en forme de consoles, qui viennent buter contre deux obélisques, surmontés d'une sphère (PI. 19).
A l'intérieur règne une ordonnance ionique, agrémentée de caissons, de bronzes, de dorures.
Les plans primitifs de l'édifice prévoyaient un dôme. Il ne fut pas donné suite à ce projet. La voûte s'arrondit seulement,
à rintersection des transepts, en une coupole sphérique, enrichie de moulures et décorée d'une gloire qu'entourent des rayons et des têtes de chérubins.
La piété des fidèles a laissé des marques nombreuses dans cette église et les murailles disparaissent presque sous les ex-voto qui couvrent leurs parois. L'ancienne affectation monastique de rédifice s'accuse par ce chœur très profond, où jadis se réunissaient les religieux. Il est revêtu d'une haute boiserie, ciselée de fines sculptures dorées : remarquable travail exécuté, au XYiii* siècle, par Bardou, un menuisier renommé.
Notre-Dame des Victoires était riche autrefois en curiosités et en œuvres d'art. On y admirait le tombeau du marquis de l'Hôpital, sculpté par Poultier, une statue de saint Augustin, due au ciseau de Pigalle. L'église renfermait des toiles intéressantes peintes par Bon de BouUongne et par Lagrenée.
Louis XIV, déférant à un vœu d'Anne d'Autriche, avait décoré avec beaucoup de luxe la chapelle de la Vierge dont les murailles étaient revêtues de marbre.
Aujourd'hui encore, le visiteur s'arrêtera devant quelques œuvres d'art dignes d'intérêt.
Un bas-relief en terre cuite peinte et dorée, sculpté par Bonnassieux, orne la chapelle des fonts baptismaixx, dans le bas côté gauche. On voit saint Pierre et saint Paul baptisant leurs geôliers dans la prison Mamertine.
Un beau sarcophage se dresse dans la chapelle Saint- Jean l'Évangéliste : il renferme les cendres du célèbre musicien LuUy, qui fut surintendant de la musique de chambre de Louis XIV, et celles du musicien Lambert, son beau-père.
Le monument, en marbre noir, repose sur quatre consoles : de chaque côté sont assises deux Pleureuses^ sculptées par Michel Gotton (1687) 5 au-dessus, sur un socle, deux Génies pleu-
rant, du même artiste. Au sommet du mur, une console en marbre blanc porte un très beau buste en bronze de LuUy, par Antoine Coysevox (PI. 19).
Dans le bas côté droit, la chapelle de Saint-Joseph renferme le monument élevé à la mémoire de Jean Vassal, secrétaire de Louis XIV. Le sarcophage est orné d'un médaillon où se détache le profil de Vassal. Au-dessus s'élève une pyramide en marbre noir, surmontée d'une urne.
On voit dans cette chapelle une statue de la Vérité^ par Poultier, qui appartenait au tombeau du marquis de THôpital. Dans le transept gauche, une statue moderne de Saint Augustin sculptée par Duseigneur, a remplacé l'œuvre primitive de Pigalle.
De vastes compositions avaient été commandées à Van Loo pour la décoration de l'église. C'est encore dans le chœur de Notre-Dame des Victoires qu'on pourra le mieux étudier la manière de cet artiste, où la richesse du coloris et l'habileté du pinceau s'accordent malheureusement à une inspiration froide et aune exécution un peu molle. Les œuvres qu'il a laissées dans cette église sont d'une composition brillante et facile, mais d'une invention peu originale.
Les motifs des six premières toiles sont empruntés à la vie de saint Augustin. C'est le Baptême de saint Augustin; Saint Augustin prêchant devant Valère, évêque d^Hippone ; Saint Augustin sacré évêque; Saint Augustin discutant avec les évêques donatistes; la Mort du saint; la Translation de ses reliques à Pavie.
Une septième toile, placée au-dessus du maître-autel, représente Louis XIII dédiant à la Vierge l'église de Notre-Damedes- Victoires. La Vierge, portée par un nuage, tend une palme à Louis XIIL Le roi, aux côtés de qui se tient le cardinal de