FAÇADE
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Richelieu, lui offre le plan de la nouvelle église, tandis qu'un échevin lui remet, sur un plateau d'argent, les clefs de la ville de La Rochelle.
En parcourant l'église, on s'arrêtera devant le buffet d'orgues et devant les boiseries du chœur : deux travaux de menuiserie de l'époque exécutés avec beaucoup d'habileté et de délicatesse.
Sur l'emplacement occupé aujourd'hui par l'église Saint- Roch, s'élevaient, au commencement du xvi® siècle, deux oratoires, les chapelles de Gaillon et des Cinq-Plaies. Grâce aux libéralités d'un bourgeois, Etienne Dinocheau, les deux chapelles furent remplacées, en 1 577, par une église dédiée à saint Roch, où furent transférées en grande pompe des reliques du saint.
Cette église parut bientôt insuffisante et on résolut de construire un édifice de dimensions plus vastes. Les plans du nouveau monument furent dressés par Jacques Lemercier, l'auteur du Palais-Cardinal et de la Sorbonne ; la première pierre fut posée en i653, par Louis XIV, en présence de la reine Anne d'Autriche.
Les travaux n'avancèrent que lentement; l'église resta longtemps dépourvue de voûte, n'ayant qu'un plafond de bois. Ils ne reprirent activement qu'en 1719, grâce à l'intervention du banquier Law qui venait de se convertir au catholicisme et
qui, dans un généreux élan de piété, fournit les sommes nécesr saires à rachèvement de la grande nef.
Les libéralités du roi permirent aussi d'agrandir le plan primitif de Tédifice et de lui donner, par l'adjonction à son chevet des chapelles de la Vierge et de la Communion, puis de la chapelle du Calvaire, ces vastes proportions qui en font une des églises les plus étendues de Paris.
Il ne lui manquait plus, en lySô, qu'une façade dont les plans furent confiés à Robert de Cotte, élève de Mansart, premier architecte de Louis XIV et de Louis XV, et dont l'exécution fut poursuivie par Jules-Robert de Cotte, son fils.
L'église Saint-Roch eut beaucoup à souffrir de la Révolution. Le parvis fut le théâtre d'un des épisodes les plus sanglants delà journée du i3 vendémiaire an IV. Un détachement des sections insurgées prit position sur le perron de l'église. Bonaparte ouvrit sur les royalistes les feux de l'artillerie de la Convention, puis lança à l'assaut un bataillon de volontaires.
Il fallut enlever les traces du combat et sacrifier des sculptures que la mitraille avait entamées. Des groupes sculptés par Claude Francin, qui représentaient des Pères de l'Église et des anges prosternés devant une croix, disparurent.
L'intérieur de l'église fut également dévasté à cette époque et l'église fut abandonnée aux Théophilanthropes.
Une tour carrée, avec une corniche à balustrade, s'élevait jadis sur le flanc droit du monument. Les travaux exécutés pour le prolongement de la rue des Pyramides ébranlèrent ses fondations; on dut la démolir.
Avant la Révolution, l'église Saint-Roch était très richement décorée. L'or, le marbre, le bronze brillaient dans les différentes parties de l'édifice qui renfermait des œuvres d'art intéressantes et des mausolées glorieux. On admirait les monu-
ments funèbres élevés à la mémoire d'André le Nôtre qui apporta, dans la décoration des jardins, cet art noble et savant dont témoignent encore les parcs de Versailles, de Saint-Cloud, de Chantilly ; du peintre Mignard, dont Tart aimable et brillant rivalisait avec le talent plus solennel de Le Brun. L'église renfermait aussi les sépultures du grand Corneille, de François et de Michel Anguier qui comptèrent parmi les sculpteurs les plus illustres du siècle de Louis XIV, de M"' Deshoulières, à qui des poésies tendres et gracieuses valurent le surnom de a Dixième Muse », de Desmarets, familier de Richelieu, qui fut célèbre en son temps par ses poèmes épiques et ses tragédies.
L'église occupe un vaste emplacement, tout en longueur. Elle s'ouvre sur la rue Saînt-Honoré par une façade d'un dessin sobre et majestueux (PI. 20). Cette façade, traitée dans le style de Mansart, a été fort admirée à 1 époque et on Ta souvent copiée.
La coupe élégante des deux ordres dorique et corinthien, l'harmonieuse disposition des colonnes entre lesquelles s'encadrent de larges baies, forment un ensemble à la fois sévère et pittoresque qui s'approprie heureusement au caractère de l'édifice, s'il ne se signale par aucune fantaisie architecturale. Et le perron élevé, sur lequel se dresse ce portail, contribue à lui donner une certaine noblesse qui rachète la monotonie d'un style tant de fois répété. Toutefois, la façade se ressent déjà, dans le détail, de cet excès d'ornementation qui a fâcheusement marqué le style du xviii* siècle.
On remarquera que Saint-Roch est tourné vers le nord, alors qu'un usage symbolique avait toujours orienté les églises vers l'est. Mais l'église se trouvait dans l'alignement de la rue Saint-Honoré et les questions de plan, dès cette époque, prévalaient sur les traditions rituelles.
La distribution intérieure de Téglise rompt également avec la disposition classique adoptée dans le plan des édifices religieux (PL 20) . Elle se caractérise par un enchaînement assez curieux de quatre constructions, disposées à la suite les unes des autres et qui diffèrent par leurs dimensions, leur plan, leur système de décoration. L'architecte, qui visait à TefFet théâtral, avait dégradé à dessein Téclairage dans cette succession de chapelles.
L'église s'ouvre par une haute et large nef, encadrée de bas côtés et de chapelles et terminée par un chœur en hémicycle dont la voûte est chargée de sculptures dorées et de peintures.
A l'intersection des transepts, une vaste coupole s'élève sur des pendentifs recouverts de peintures murales. L'ensemble est élégant, agrémenté d'une riche décoration.
A la suite de la grande nef, on entre dans la chapelle de la Vierge. Cette chapelle, de forme circulaire, présente, au rez-dechaussée, sept arcades, encadrées par des pilastres corinthiens, qui s'ouvrent sur des bas côtés. Les clefs des arcades sont ornées de médaillons qu'entourent des branches de laurier, des palmes et des attributs symboliques.
Les travées de l'étage supérieur sont ajourées de baies en plein cintre, séparées par des pilastres d'ordre composite. Audessus de cette architecture, s'élève une coupole, recouverte d'une fresque fort dégradée.
On pénètre ensuite dans la chapelle de la Communion, moins grande que la précédente ; les travées du fond, disposées en hémicycle, sont encadrées de pilastres cannelés en marbre blanc, d'ordre corinthien. La coupole de cette chapelle avait été recouverte, en lySy, par Pierre, d'une fresque, aujourd'hui effacée, qui représentait le Triomphe de la Religion.
Dans le fond de l'église s'ouvre la chapelle du Calvaire, plus petite encore, plus mystérieuse. Elle a été fâcheusement trans-
formée, au siècle dernier, en chapelle des catéchismes. Orientée de Test à Touest, elle comporte une nef terminée en forme de polygone ; elle est surmontée d'une voûte en berceau dont les arcs doubleaux reposent sur un entablement porté par des pilastres corinthiens. Une des faces latérales est percée d'arcades; l'autre est creusée de niches abritant des groupes sculptés.
Malgré les déprédations qu'elle a subies, l'église Saint-Roch est encore aujourd'hui particulièrement riche en objets d'art et en souvenirs historiques. Elle a recouvré une grande partie de sa décoration première. Et les commandes faites par la Ville l'ont dotée d'un grand nombre d'œuvres d'art qui soutiennent la comparaison avec les œuvres anciennes.
Sur le premier pilier de gauche de la grande nef, une simple plaque en marbre, en forme de stèle, ornée d'un médaillon du grand poète, rappelle le nom de Pierre Corneille.
La chaire à prêcher, exécutée par Simon Challe en 1752, est d'un dessin original. Mais de fâcheuses restaurations ont altéré le caractère primitif de cette œuvre d'art qui était à l'origine d'une rare magnificence. Les quatre Évangélistes qui la soutiennent ont remplacé d'élégantes cariatides dorées qui symbolisaient les Vertus cardinales. Une belle rampe, chefd'œuvre de Doré, maître serrurier, a également disparu. De la décoration ancienne il n'est guère demeuré que l'abat-voix qui représente le Génie de la Vérité soulevant le voile de l'Erreur.
La première chapelle du bas côté gauche renferme deux belles peintures murales de Chassériau : Saint Philippe baptisant Veunuque et la reine de Candace et Saint François-Xavier^ entouré des peuples qu'il a convertis. On y voit encore un beau groupe en marbre de Lemoyne, d'un mouvement gracieux, qui
figure le Baptême du Christ {Pi. 21). Ce groupe provient de l'ancienne église de Saint- Jean-en-Grève.
Une plaque, scellée dans la chapelle Saint-Nicolas, évoque la mémoire de Bossuet dontle corps fut transporté à Saînt-Roch, avant d'être inhumé dans la cathédrale de Meaux. Cette plaque en marbre noir, portée par un aigle aux ailes éployées, reproduit l'acte de décès, tel qu'il fut inscrit dans les registres de la paroisse.
Dans la chapelle Sainte-Suzanne, un monument moderne a été élevé par les sourds-muets en l'honneur de l'abbé de TÉpée . Il est orné d'un buste en bronze, dans lequel Préault a fait revivre avec beaucoup d'expression les traits de l'abbé. Ce maître a sculpté aussi deux curieuses statuettes de garçon et de fillette qui encadrent le buste.
La première chapelle du bas côté droit, qui a plutôt l'aspect d'une salle de musée, est couverte d'inscriptions et remplie de monuments funèbres. On y voit un mausolée élevé à Maupertuis, le grand mathématicien, qui entreprit un voyage dans les régions arctiques, pour justifier ses théories sur la configuration de la terre. Ce savant fut aussi célèbre en son temps par les honneurs un peu excessifs qui lui furent prodigués, que par les diatribes violentes dans lesquelles la verve de Voltaire s'égaya à ses dépens.
On remarque encore un beau buste en marbre du maréchal François de Créquy, par Antoine Coysevox (PI. 22) ; le monument élevé par Falconet à la mémoire de M""* de JuUy, orné d'un médaillon exécuté par cet artiste (PI. 22) ; une statue du cardinal Dubois, sculptée par Guillaume Coustou avec beaucoup de finesse et.de grâce (PI. 22) ; le monument de Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, grand écuyer de France, mort en 1666; un buste de Le Nôtre, exécuté par Antoine Coysevox qui a fait revivre, dans un masque énergique et vivant, la physionomie
LK IIAPIUMK DU CIIRL^T, PAR LKMC/V.xi:.
CHAPELLE DE LA VIERGE. GROUPE DE LA NATIVITE, PAR MICHEL ANGUIER, ET STATUE DE SAINT JEROME,. PAR ADAM.
(Pages 74 à 7-.) \ \ ■''. >
BUSTK DE LENOTRK, PAR ANTOINE COYSEVOX.