BUSTE DE FRAN(;OIS DE CREQUY, PAR ANTOINE COYSEVOX
SALNT-ROCII.
(Pages 7^ et 73.)
du célèbre contrôleur des bâtiments du Roi (PI. 22) ; un buste du peintre Pierre Mignard, par Desjardins (PI. 22).
La chapelle Saint-Étienne, qui s'ouvre également sur le bas côté droit, renferme le mausolée de Charles de Créquy, gouverneur de Paris, mort en 1687. Ce monument a été exécuté, au XVII* siècle, par Mazeline et Hurtrelle.
Dans la chapelle suivante, deux toiles intéressantes de Louis Boulanger, symbolisent les Ames du Purgatoire et les Ames délivrées.
La chapelle du Sacré-Cœur est décorée de deux toiles du xvii® siècle : V Apparition de Jésus-Christ à saint Pierre et Jésus remettant au saint les clefs du Paradis.
Dans le transept gauche, une belle composition de Vien : la Prédication de saint Denis. Cette toile, d'une inspiration toute classique, contraste avec le goût fantaisiste de l'époque et annonce déjà la réaction davidienne. L'œuvre de Vien, qui date de 1767, avait beaucoup souffert du temps : elle dut subir en 1819 une importante restauration.
Sur des piédestaux, aux angles de la balustrade qui ferme la chapelle, se dressent deux statues : à gauche, Mn Saint Augustin^ sculpté par d'Huez, en 1763 ; à droite, une belle statue de Saint André^ par Pradîer.
Une toile représentant le Miracle des Ardents est placée audessus de l'autel disposé dans le transept droit et fait pendant à la peinture de Vien. Ce tableau, peint par Doyen en 1767, passe pour être son œuvre la meilleure : on n'y relève toutefois qu'une certaine habileté d'exécution, servie par une inspiration médiocre et un goût peu original.
Les piédestaux de la balustrade portent deux statues en pierre de saint Léon et saint Marcel, exécutées au xvii* siècle.
Contre le premier pilier du chœur, à gauche, une belle
Statue de Falconet, évoque le Christ au Jardin des Oliviers. C'est une œuvre pleine d'expression, d'un modelé souple et délicat. Dans les tympans qui surmontent l'arcade ouverte au fond du chœur, deux bas-reliefs personnifient la /^o/ et la CA^nY^. Ce sont les derniers vestiges d'une décoration d'ensemble qui avait été entreprise dans le chœur, de 1720 à 1728, par René Charpentier, élève de Girardon.
La chapelle Sainte-Clotilde, qui s'ouvre sur le bas côté droit du chœur, renferme une toile intéressante d'Achille Devéria <jui figure V Apothéose de la sainte.
En pénétrant dans la chapelle de la Vierge, qui fait suite à la nef principale, on lit, sur la paroi gauche de l'arcade, une inscription, gravée sur une plaque de marbre, qui évoque le souvenir de la princesse de Conti, fille de Louis XIV et de M"* de La Vallière.
Les tympans de cette arcade sont ornés de deux bas-reliefs du xviii® siècle qui symbolisent la Justice et la Vérité.
Mais le principal attrait de cette chapelle est le beau groupe ^n marbre de la Nativité qui se dresse en arrière du tabernacle, sur un socle qui occupe toute la largeur de l'arcade (PI. 21). Cette œuvre remarquable de Michel Anguier montre la Vierge et saint Joseph agenouillés, dans un touchant mouvement d'adoration devant l'Enfant Jésus. Dans cette composition gracieuse se révèle un art à la fois précis et élégant.
Ce groupe, enlevé au Val-de-Grâce, a remplacé à Saint-Roch une Annonciation^ qui était le principal motif de la décoration entreprise par Falconet dans la chapelle de la Vierge. De cette décoration première, il n'a subsisté qu'une Gloire^ sculptée audessus de l'arcade du fond, qui projette ses rayons dorés au milieu de nuages parsemés de têtes de chérubins.
Entre les pilastres qui ornent les piliers de cette arcade, se
dressent deux piédestaux en marbre blanc, ornés de guirlandes de fruits en cuivre doré et ciselé. Le piédestal de gauche porte une belle statue de Saint Jérôme^ exécutée, en 1752, par Adam (PI, 21) ; celui de droite porte une statue de Sainte Barbe, du XVIII® siècle.
Sur la voûte de la coupole se développe une composition, peinte, en 1748, par Pierre, qui figure V Assomption de la Vierge. On n^entrevoit qu'avec peine les contours de cette fresque aujourd'hui presque eflfacée.
Tout autour de la chapelle règne un déambulatoire, où Ton remarque quelques tableaux : sur le côté gauche. Saint Michel terrassant le démons toile du xviii* siècle qui a été offerte, en 1 822 , par les chevaliers de Saint Louis ; puis le Triomphe de Mardochée, peinture froide, mais bien ordonnée, de Jean Restout. Du côté droit, on voit : un Christ en croix y de Louis Lombart (1680) ; une peinture assez intéressante de Schnetz, représentant le Christ et les petits enfants; un tableau d'une belle venue, attribué à Germain Drouais, qui évoque le Retour de T enfant prodigue.
La chapelle du Calvaire a perdu son attrait principal, un très beau Calvaire sculpté par Falconet. Cette œuvre remarquable, justement admirée autrefois, a subi les vicissitudes les plus fâcheuses : mutilée sous la Révolution, elle fut remaniée sous la Restauration par Deseine, puis complètement sacrifiée, lorsqu'on transforma la chapelle du Calvaire en chapelle des catéchismes.
Deux inscriptions, l'une en latin, l'autre en français, ont été gravées par la petite-fille de Falconet, en mémoire du célèbre sculpteur et de son Calvaire.
On voit encore, dans cette chapelle, des deux côtés de l'autel, deux toiles intéressantes de Vien : Le Christ et les petits^ enfants et la Résurrection de Lazare.
Dans Tarcade centrale de la face latérale nord, se dresse, sur un immense rocher en plâtre qui figure le Calvaire, un beau groupe en marbre : Le Christ en croix, entre la Vierge et la Madeleine. Les trois personnages ont été exécutés par des artistes différents. Le Christ est l'œuvre de Michel Anguier. La Vierge a été commandée, en i856, à Bogîno; la jolie statue de la Madeleine, par Lemoyne, n'est autre que le portrait de la comtesse de Feuquières, fille du peintre Mignard. On sait que Molière eut un goût particulier pour cette aimable personne dont la vertu n'égalait pas la charmante beauté. Et, si l'on en croit certains critiques, l'hommage que l'illustre écrivain rendit au pinceau de Mignard, dans son poème sur a la gloire du Valde-Grâce y> s'adressait moins au père qu'à la fille. La statue qui nous a conservé l'image de la belle comtesse, appartenait au mausolée élevé à la mémoire de cet artiste ; elle en a été détachéç, lorsque le monument fut donné à l'église Saint-Roch.
L'arcade de gauche renferme un groupe en plâtre, modelé par Duseigneur (1862), qui représente le Crucifiement. Cette œuvre restera l'une des plus importantes de cet artiste, dans la statuaire religieuse. Elle présente des figures en ronde bosse groupées d'une façon dramatique et expressive, dans le goût de certains grands calvaires bretons.
Un autre groupe colossal en plâtre fait pendant au premier, dans l'arcade de droite. Cette œuvre considérable, qui représente le Christ au tombeau, a été exécutée par Deseine, en 1819.
Sur la façade latérale opposée, on remarque deux toiles du xviii' siècle : La Vierge et l'Enfant Jésus.
La salle des mariages de l'église renferme également plusieurs tableaux intéressants. On y trouve nnc Figure du Christ, qu'on a attribuée à Philippe de Champaigne, un Christ à la colonne, de l'école italienne du xv® siècle, et deux portraits
pleins de finesse, attribués à Largillière, qui représentent M. et 3f "• de Beaumonty bienfaiteurs de Téglise.
Dans cette paroisse s'élevait jadis une vieille chapelle, bâtie, au XIII® siècle, sur des terrains incultes, où le chardon croissait en abondance : de là vint sans doute le surnom qui s'est attaché à la paroisse.
La chapelle tombait en ruines, en i656, quand on entreprit la construction d'un plus vaste monument. Le peintre Le Brun, qui habitait dans le quartier, bien qu'il fût directeur de la maison royale des Gobelins, assuma la direction des travaux.
Sa mort, en i6go, puis la mort de d'Argenson, bienfaiteur de l'église, retardèrent la continuation des travaux qui ne furent repris sérieusement qu'en 1707. Cependant la voûte était encore à faire et on pouvait concevoir des craintes sérieuses au sujet de la solidité de l'édifice à moitié construit, lorsqu'en 1763, le produit d'une loterie permit d'achever le monument. Seule, la façade fut oubliée et l'église, aujourd'hui encore, est dépourvue de portail. Cet oubli a permis de conserver une tour, dernier vestige de la chapelle primitive. Cette construction, d'ailleurs assez disgracieuse, s'adossait anciennement à la façade de l'édifice, alors orienté de l'est à l'ouest. L'église actuelle étant orientée du nord au sud, la tour devait disparaître, pour faire place au nouveau portail.
Des orateurs illustres se sont fait entendre dans la paroisse de Saint-Nicolas du Chardonnet. Saint François de Sales y
8o LES ÉDIFICES RELIGIEUX
prêcha les quarante Heures : Fléchier y prononça, en 167 1, son éloquente oraison funèbre du président de Lamoignon.
L'église s'élève à l'angle delà rue des Bernardins et de la rue Saint-Victor. On y accède par un étroit passage, ménagé entre des constructions privées qui masquent en partie le mur nu de la porte d'entrée. L'abside, qui a été reconstruite en 1862, se présente obliquement sur le boulevard Saint-Germain.
La seule partie intéressante à l'extérieur est le portail qui s'élève sur la rue des Bernardins, à la hauteur du transept, et dont les dessins ont été donnés par Le Brun, en 1669 (PI. 23). Il comporte un ordre ionique et un ordre composite superposés. Le premier ordre porte un fronton décoré d'un médaillon vide et de guirlandes. Le second se termine par un toit brisé, à la Mansart.
Ce portail a été vivement critiqué par certains architectes qui ont jugé sévèrement cette intervention du peintre dans le domaine archi tectonique; la façade leur a paru pécher contre toutes les règles de l'art. L'œuvre semble assurément d'une exécution froide et d'un dessin assez lourd. Il n'est que juste d'observer d'ailleurs qu'elle a perdu toute une partie de sa décoration première; on n'y voit plus les deux anges, sculptés sur les rampants du fronton, qui portaient, avec des palmes et des fleurs, l'un, la croix du Sauveur, l'autre, la crosse de saint Nicolas: attributs qui, sous la Révolution, se trouvèrent transformés, d'une façon assez imprévue, en piques démocratiques.
De cette même époque date la disparition des statues de sainte Geneviève et de saint Nicolas qui se dressaient à la base des contreforts en consoles qui épaulent le premier étage.
Aujourd'hui encore, on ne peut qu'admirer le beau travail de menuiserie qui décore les vantaux de la porte. L'ornementation qui la recouvre est d'un heureux agencement et d'un joli dessin.
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SAINT-NICOLAS DU CHARDONNET 8i
Chacun de ces vantaux est partagé en trois compartiments. Le premier, dans le haut, présente, avec une figure d'ange, un médaillon ovale encadré de guirlandes et de consoles.
Le deuxième est orné d'un médaillon, entouré de rinceaux^ et d'une bordure parsemée de feuilles.
Dans le troisième se détachent, à chaque encoignure, des caissonS; sculptés de quatre petits fleurons
L'intérieur de l'église offre plus d'intérêt que l'extérieur. La nef est large, d'une ordonnance sobre et élégante.
Le pavé est formé de marbres de diverses couleurs; les piliers sont revêtus, à leur base, de plaques en marbre rouge veiné. . • . .
On remarquera les pilastres, d'ordre composite, qui sont traités dans un style assez original, avec un seul rang de feuilles d'acanthe. Cette décoration est de l'invention de Le Brun, qui se flattait, on le sait, d'avoir créé un ordre français, distinct des ordres classiques et pseudo-antiques. '■ :
Le motif dont il a fait emploi et qui se rencontré rarement dans les édifices de Paris, est, il faut en convenir, d'un eflWt pauvre et grêle : mais il est relevé par les sculptures qui agrémentent les arcs doubleaux de la voûte et par les panneaux sculptés des arcades, dans lesquels se détachent des médaillons du Christ j des Apôtres et des Évangélistes.
La boiserie des orgues, qui date de la première nioitié du XVIII® siècle, est d'un fort beau travail : elle est décorée de plusieurs statues de grandes dimensions.
La chaire, en bois sculpté, de la même époque, est également digne d'attention.
Le mobilier et l'ornementation du chœur datent dû commencement du XVII® siècle. Cet ensemble décoratif est très harmonieux, tout en restant fort simple et d'une note très discrète.
Sa LES ÉDIFICES RELIGIEUX
L'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet est particulièrement riche en œuvres d'art et en souvenirs glorieux.
Les chapelles latérales qui s'ouvrent sur les bas côtés renferment d'intéressants tableaux des écoles française et italienne des XVII* et xvm® siècles.
Dans la chapelle Sainte-Catherine, on voit, à gauche, un Baptême du Christ, par Jean Restout, à droite, une Sainte Catherine j qu'on a attribuée à Le Lorrain.
La chapelle des morts contient quatre curieux bas-reliefs en plâtre, qui ont été moulés sur les bas-reliefs originaux exécutés par Jacques Sarrazin pour le tombeau de Gondé, de l'église des Jésuites. Les originaux, en bronze, inspirés de Pétrarque, figuraient les triomphes de la Religion, du Temps, de la Gloire et de la Mort.
Les frises qui décorent la chapelle de l'église Saint-Nicolas se rapportent au Triomphe de la Religion et au Triomphe de la Mort. Cette composition fut la dernière œuvre de Jacques Sarrazin ; il se mourait alors et il sculpta, dit-on, cette allégorie en s'inspirant de ses propres souffrances.
. On voit, dans la même chapelle, une Descente de croix, de la première moitié du xviii* siècle.
La chapelle Saint-Vincent de Paul, sur le même côté, est ornée d'une toile de JoUain (1773) : le Bon Samaritain.
Une très belle composition de Corot, le Baptême du Christ, décore la chapelle des fonts baptismaux, dans le bas côté droit. Les eaux paisibles du Jourdain serpentent à travers des masses légères de verdure, délicatement estompées, qu'encadrent, à Tarrière-plan, les contours imprécis des collines lointaines. Au premier plan se détachent, dans des attitudes harmonieuses, empreintes d'une grâce antique, les figures du Christ et de saint Jean-Baptiste, autour desquelles se pressent
des hommes et des femmes ; dans les airs plane un ange qui porte une banderole déployée. On ne peut qu'admirer la noble et poétique ordonnance de cette scène et le charme de ce paysage, aux lignes indécises et molles, que baigne une lumière limpide.
La chapelle suivante renferme deux toiles du xvii* siècle : V Annonciation et le Songe de saint Joseph.
De nombreuses peintures ornent les murs de la chapelle de la Communion qui s'ouvre dans le transept droit.
A gauche, sur le mur qui sépare la chapelle de Téglise, une toile du xviii' siècle évoque la Peste de Milan. La signature, presque effacée, semble être celle de Ménageot. A côté, le Repos en Egypte^ composition correcte, mais conventionnelle, de Lagrenée.
Le mur droit est orné d'un tableau duxviii* siècle, de l'école italienne, qui figure des Anges pleureurs.
Dans la chapelle, on voit, sur le mur de droite : Jésus et la Samaritaine (xvii* siècle); la Présentation (xviii'), laMortd'Isaac et Job sur le fumier, œuvres de Técole italienne du xvii* siècle.
Sur le mur de gauche : un Mariage de la Vierge, du xviii' siècle, une toile qui représente, dans des costumes du xvii" siècle. Sainte Thérèse accompagnée de son père ; une Sainte Famille, de l'école italienne ; une Pentecôte, peinte dans la manière de Jean Restout.
Deux toiles de Noël-Nicolas Coypel, d'une composition habile, mais froide, décorent le fond de la chapelle : à droite, la Manne, à gauche le Sacrifice de Melchisédec. Entre ces deux peintures se trouve un tableau qui figure les Disciples d'Emmaiis. Des descriptions anciennes l'attribuent à xxn peintre appelé Saurin, dont aucune œuvre, aucun autre témoignage, ne permet d'établir l'existence.
D'autres œuvres d'art décorent les murs des chapelles ouvertes dans les bas côtés du chœur.
La chapelle de Saint-Pierre, dans le côté gauche, renferme une peinture du xvii* siècle : le Repentir de saint Pierre; et une toile de Sacquespée (1678) : la Mort d'Ananias.
Dans la chapelle de Saint-Bernard, on trouve un autre tableau de ce même peintre qui évoque la réunion du Concile d'ÉtampeSy en ii3o. Ce concile, convoqué pour mettre fin au schisme créé par la compétition d'Anaclet et d'Innocent II, s'en était remis à l'arbitrage de saint Bernard. L'abbé de Clairvault, après avoir dit une messe, se prononça en faveur d'Innocent IL La toile montre le saint officiant au milieu de ses religieux.
Une inscription, gravée dans cette chapelle, a été composée par RoUin en l'honneur du poète Santeul dont on vantait au XVII* siècle les poésies latines et les bons mots. Il est surtout connu aujourd'hui par la légende curieuse créée par Saint- Simon autour de sa mort. Si l'on s'en tient à ce témoignage, d'ailleurs suspect, il aurait péri, victime d'une très mauvaise plaisanterie du duc de Bourbon, son élève, qui aurait versé dans son verre le contenu de sa tabatière.
La chapelle Saint-Clair renferme deux toiles, peintes vers lySo : Saint Victor et le Martyre de saint Jean VÉvangéliste.
La chapelle Saint-Victor, dans le côté droit, est décorée d'un Martyre de saint Adrien^ peint au xvii"* siècle dans la manière de Rubens, et d'un Martyre de saint Victor qui date de 1780.
Dans la chapelle Saint-François de Sales se trouve le beau monument élevé par Girardon à la mémoire de Jérôme Bignon, avocat général au Parlement de Paris (PI. 23). Ce mausolée, d'une belle noblesse de style, est décoré d'un bas-relief plein d'expression qui montre, dans le soubassement, Saint Jérôme se
frappant lapoitrine. Le tombeau supporte un remarquable buste de Jérôme Bignon, sculpté par Girardon. a II le représente parfaitement, dit un écrivain du temps, quoique ce sculpteur n'ait jamais vu l'original. » De chaque côté du buste, se détachent les figures symboliques de la Vérité et de la Justice^ vertus inséparables, sans doute, de la fonction d'avocat général.
Le cénotaphe est couronné par une draperie, appliquée contre la muraille, sur laquelle se dressent deux statues en demi-relief : la Foi et la Science. Ces allégories encadrent un bon portrait de Saint François de Sales j peint dans la manière de Philippe de Champaigne.
Dans la chapelle Sainte-Thérèse, un tableau, composé en 1 7 5o, figure V Extase de la sainte ; on l'a attribué, sans grande vraisemblance, à Natoire. La chapelle renferme en outre un Christ en croix j peint vers 1610, et un confessionnal sculpté, d'un bon travail, dans le style du xviii* siècle.
La chapelle des catéchismes a été bâtie hors œuvre ; c'est une^construction sans caractère. Mais on y a transporté quelques œuvres d'art dignes d'attention.
Une bonne composition, qu'on a attribuée à Le Brun, figure la Résurrection ; une toile du xvuf siècle montre Jésus guérissant un malade. On y voit aussi une Adoration des Bergers, de Luca Giordano ; un Saint Bruno en prière, de Jean Restout ; un Mariage de la Vierge, de l'école de Coypel, et une peinture sur bois, du xvii'siècle, fort dégradée, quifigureun Christ en croix.
Le presbytère renferme une autre Crucifixion, avec un décor pittoresque de rochers et de châteaux qu'anime une foule de cavaliers et de personnages. Ce tableau porte la marque de l'école flamande : on l'a attribué à Breughel le jeune.
Mais la principale curiosité de l'église Saint-Nicolas du Chardonnet est la chapelle dédiée à saint Charles Borromée,
patron dti célèbre peintre Charles Le Brun qui prit une part active à la construction et à rembellissement de Téglise. L'artiste orna cette chapelle qui servait à la sépulture de sa famille, avec un goût qui permet d'apprécier son génie décoratif. L'attention se porte surtout sur le magnifique mausolée qu'il fit ériger à la mémoire de sa mère (PI. 24). Il donna le dessin du monument qui fut exécuté par Tuby et CoUignon. C'est une composition pathétique, sans emphase, et dont la vigoureuse simplicité touche à la grandeur. La mère de Le Brun sort de son sépulcre ; elle lève les yeux au ciel dans un élan de suppliante adoration. Un ange plane sur le tombeau, dans une attitude pleine de grâce et de légèreté.
Un autre monument, sculpté par Antoine Coysevox, consacre la mémoire du grand peintre et de sa veuve, Suzanne Butay
Sur le soubassement, se détachent deux statues : la Pénitence et la Piété qui foule aux pieds les attributs de la peinture et des arts. Le mausolée porte une pyramide, décorée d'un buste de Le Brun, d'un beau modelé.
Deux toiles de Charles Le Brun, d'un dessin correct et élégant, complètent cet ensemble, d'une grande richesse décorative.
L'une, placée contre la paroi ;de gauche, montre saint Charles, agenouillé devant un crucifix. La corde au cou, il s'offre à Dieu, pour son peuple de Milan, frappé de la peste.
Sur le plafond, se développe une composition murale qui représente Tarchange Gabriel remettant au fourreau l'épée des vengeances célestes.
Parmi les autres sépultures que renfermait autrefois l'église, il faut mentionner celle de Pierre de Chamousset, l'inventeur de la petite poste aux lettres parisienne.
En 1622, le cardinal de Richelieu fondait le Noviciat général des Jacobins ou Dominicains. Cet ordre eut d'abord pour retraite une maison, entourée de jardins, dans une rue à laquelle il donna le nom de son patron, saint Dominique. Mais, en 1682, les religieux qui s'étaient enrichis et se trouvaient à rétroit, pour hospitaliser leurs novices, entreprirent la construction d'un plus vaste monastère.
Us commencèrent par édifier une église, dont la première pierre fut posée par le dominicain Hyacinthe Serroni, premier archevêque d'Albi, et par Anne de Rohan Montbazon, duchesse de Luynes, Pierre BuUet, l'architecte de la Porte Saint-Martin, donna les plans de l'édifice. Les travatix, commencés en 1682, étaient terminés l'année suivante. Mais le monument fut agrandi et embelli, à diverses reprises ; il n'a été achevé que vers 1770.
Sous la Révolution, l'église fut pillée, puis abandonnée aux Théophilanthropes qui s'y installèrent pour y fonder leur religion. Elle reçut alors le nom de Temple de la Paix qui ne porta pas bonheur aux nouveaux convertis : des dissidences se produisirent bientôt qui amenèrent la ruine de la secte. L'église, sous le vocable de Saint-Thomas d'Aquin, fut rendue au culte en l'an XL
Les bâtiments conventuels, contigus à l'église, ont été transformés, sous la Révolution, en un dépôt d'armes anciennes. Ce fut l'origine du Musée d'artillerie qui, après avoir occupé long-
temps les locaux de rancien couvent, a été transporté à THôtel des Invalides. L'ancien monastère est aujourd'hui affecté aux services techniques de Tartillerie.
Saint-Thomas d'Aquin a renfermé les sépultures de plusieurs grands personnages, parmi lesquels le duc de Navailles et le marquis de Vardes, le favori de Louis XIV, célèbre par son esprit et ses galanteries, qui fut exilé pour avoir voulu contrarier les amours du Roi et de M"® de La Vallière.
La façade s'ouvre par un portail qui a été rebâti, en 1787^ par frère Claude. Ce religieux n'était pas le seul de son ordre à consacrer ses loisirs à des travaux artistiques. De tout temps,, les Dominicains avaient compté des artistes qu'animait sans doute l'exemple de Fra Angelico et de Fra Bartholomeô. Le frère André enrichit Saint-Thomas d'Aquin d'un grand nombre de toiles dont quelques-unes sont restées et sont encore un des principaux ornements de l'église.
La façade, de style « jésuite », est d'un dessin correct; mais elle est dépourvue d'originalité et de caractère. (PI. 25). Elle comporte un ordre dorique et un ordre ionique superposés, que couronne un fronton. Des sculptures sur bois, d'une exécution habile, mais d'un dessin pauvre, décorent la porte d'entrée.
L'intérieur est riche et élégant (PI. 25). L'église a la forme d'une croix grecque. La nef présente une série d'arcades qu'encadrent des pilastres corinthiens, au-dessus desquels règne une corniche, surchargée de moulures et de motifs sculptés.
A l'intersection des transepts, s'élève une coupole ornée de peintures, entre lesquelles se déroulent de larges banderoles. La décoration en est riche, mais un peu lourde.
Le màître-autel se dresse dans une large baie, au-dessus de laquelle rayonne une gloire, entourée de nuages et de chérubins. De cette gloire tombe une belle draperie, en bronze doré
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d'or moulu, dont les pans relevés dessinent un élégant pavillon au-dessus de Tautel.
On entrevoit, derrière la baie, l'ancien chœur des religieux qui fut pratiqué à la suite du sanctuaire, pour la commodité des pères. Ce sanctuaire, qui a été transformé en une chapelle dédiée à saint Louis, était revêtu jadis d'un beau lambris, avec un double rang de stalles, que décoraient des sculptures de François Romîé et des peintures du frère André. De la décoration première, il ne subsiste aujourd'hui qu'un beau plafond de François Lemoyne qui représente la Transfiguration. Dans^ cette vaste composition, d'une belle ordonnance, d'un coloris délicat et nuancé, ce peintre a montré son goût des formes souples et des attitudes harmonieuses.
L'église, aujourd'hui encore, renferme un certain nombrede toiles qui ne manquent pas d'intérêt.
Dans le collatéral gauche, on remarquera un Christ en croix ^ de l'école de Le Brun.
Dans la chapelle Saint-Dominique, qui s'ouvre sur ce bas côté, un Saint Thomas (VAquin en extase^ de Frère André, et un tableau peint, en lôSg, par Aubin Vouet : Saint Pierre reçu par le centurion Corneille.
Dans le bas côté droit, la chapelle Saint-Joseph est décorée d'un tableau de frère André, VÉducation de Jésus, et d'une toile peinte par Lahyre, en 1687, qui représente la Conversion de saint Paul.
La chapelle du Rosaire, dans le transept gauche, est ornée d'une Catherine de Sienne, de la fin du xviii® siècle, par JeanTouzé, et de plusieurs toiles exécutées parBlondel. On doit aussi à cet artiste les peintures murales qui couvrent la voûte et les pendentifs de la coupole.
Dans le transept droit, on voit un Saint Louis, peint par
ço LES ÉDIFICES RELIGIEUX
Touzé. La chapelle, disposée au fond du transept, est revêtue de peintures de Blondel qui a également contribué à la décoration de la chapelle Saint-Louis, dans l'abside.
Deux peintures murales d'Abel de Pujol, représentant Saint Pierre et Saint Paul^ ornent les piliers du chœur.
On remarque, dans la sacristie des mariages, xino Pieta, de récole italienne du xviii* siècle, et un Saint Jean Népomucène, par le frère André.
Un autre tableau, du même auteur, placé dans la sacristie des messes, montre Saint Dominique expliquant ses constitutions à ses religieux. Cette sacristie est décorée de beaux panneaux, en bois sculpté, de style Louis XV.
La chapelle des catéchismes, située au deuxième étage, renferme un tableau de Michel Van Loo, le père du grand peintre, qui représente Saint Germain FAuxerrois donnant une médaille à sainte Geneviève : on y trouve aussi une composition correcte, mais froide, de Lagrenée, : VAme aspirant au ciel et une toile d'Ary Scheffer, qui évoque, dans une scène pathétique, Saiftt Thomas d^Aquin apaisant une tempête par ses prières.
L'institution des Invalides, dont nous n'avons pas ici à retracer l'histoire, doit son existence à un édit du 1 5 avril 1670, par lequel Louis XIV fondait un hôtel royal pour l'entretien des officiers et des soldats que l'âge ou les infirmités auraient mis dans l'incapacité de porter les armes. La construction des bâtiments prévus dans cette fondation se poursuivit sous la
haute direction de Louvois et sur les plans du célèbre architecte, Libéral Bruant. Une foule d'artistes, parmi les plus réputés de l'époque, furent appelés à contribuer à la décoration de ce monument que Louis XIV avait voulu digne de l'éclat de son règne et des hautes vertus militaires qu'il désirait glorifier. Il témoigna toujours un intérêt particulier à cet établissement qu'il recommandait encore, dans son testament, à la sollicitude de ses successeurs, comme l'œuvre la plus utile de son règne.
L'Hôtel des Invalides est une des plus heureuses conceptions de l'art architectural du xvii® siècle. A travers ces belles enfilades de constructions, percées de larges galeries en portiques, on admire l'harmonieuse symétrie du plan général, l'ingénieuse disposition des masses, et surtout ce caractère de sobriété qui donne à cette enceinte monumentale une physionomie toute particulière.
L'unité de cette architecture s'est trouvée malheureusement rompue par l'adossement de bâtiments de service qui ont été construits sur les ailes, sans ordre et sans plan. Napoléon avait eu l'idée de raser ces bâtiments et de donner à l'édifice la forme d'une large croix présentant, aux quatre points cardinaux, quatre façades semblables à celle qui forme l'entrée. Au centre se serait dressé le dôme. Projet hardi autant que simple, auquel il est fâcheux qu'on n'ait jamais donné suite.
Les deux églises de l'Hôtel, celle du Dôme et celle des soldats, placées sous le même vocable de saint Louis, font corps avec les bâtiments de la cour d'honneur auxquels elles sont perpendiculaires. Placées à la suite l'une de l'autre et reliées par un passage intérieur, elles ne forment pourtant pas un ensemble cohérent.
Elles se sont trouvées juxtaposées, sans qu'une même pensée
en eût inspiré l'exécution. Cette disposition nuit à TefFet de l'ensemble . Si l'on entre par l'église du Dôme, on peut regretter que la coupole qui s'élève au centre de l'édifice ne soit pas précédée d'un vaste vestibule qui permette d'apprécier avec un recul suffisant, la masse de son architecture. Si on se place du côté de l'église des soldats, on voudrait apercevoir, sous les hautes arcades de la coupole, l'autel majestueux qui se dresse, trop près, au seuil même de la grande arcade qui met en communication les chœurs des deux églises.
Cette anomalie s'explique par la construction successive de ces deux édifices. La plan primitif de l'Hôtel, tel qu'il fut dressé par Libéral Bruant, ne prévoyait qu'une église de dimensions restreintes qui faisait corps avec les bâtiments militaires; elle était destinée aux soldats et au personnel de la maison. Cette chapelle intérieure parut bientôt insuffisante et peu appropriée à l'architecture imposante de l'ensemble : en lôyS, Jules-Hardouin Mansart jeta les fondations d'une église plus vaste, plus décorative, dont la construction fut achevée en 1706. Précédée d'une large cour et d'avenues, elle était disposée pour la pompe royale qui s'y déployait, quand le Roi venait, en des circonstances solennelles, visiter l'Hôtel des Invalides.