‹ Les éditions illustrées de RacineChapitre 13 sur 21 · L'ECOLE DE; DAVID · texte numérisé non relu

L'ECOLE DE; DAVID

suis l'humble serviteur de la nature; ne porte pas ma livrée, toi, si tu veux être quelque chose... Fais comme tu sens, copie comme tu vois, étudie comme tu l'entends. Un peintre n'est réputé tel que par la grande qualité qu'il possède, quelle qu'elle soit. » Conseils inutiles et que son despotisme contrariait sans cesse. Il eût mieux valu que ces illustrateurs de Racine prissent exemple sur le poëte lui-même. Certes, l'imitation des anciens est flagrante chez lui et perpétuelle, il s'en fait gloire. Mais sur ce premier fond d'emprunt, quelle variété de couleurs originales! Comme le christianisme et les tendres remords qu'il inspire aux âmes inquiètes ont transformé ces héros et ces femmes! Puis avec quel art suprême il diversifie en cent façons le même sentiment ! « Quand on a de l'esprit, a dit excellemment M. Taine, on en a partout et dans la vertu même. Tout le monde peut être honnête, mais tout le monde ne sait pas l'être délicatement. Ce n'est pas tant de faire une belle action, il faut la bien faire... Il y a chez lui une nuance de beauté que nul peintre n'avait saisie, la délicatesse de l'honnêteté et le tact de la vertu '. »

En dehors de l'école de David, un seul artiste alors eût été capable de nous en rendre quelque chose, si l'on en juge par ce qu'il a fait ailleurs et par le frontispice du livre, un vrai chef-d'œuvre de sentiment : c'était Prud'hon. Les Didot l'avaient engagé, lui avaient confié, paraît-il, Andromaque et la Thêbaide , mais David jaloux le fit écarter.

A côté de cette entreprise, restée la plus importante en ce genre, deux dessinateurs de talent s'essayèrent encore à l'illustration de Racine. Tous deux appartiennent, il est vrai, à l'école de Boucher plutôt qu'à celle de David, mais celui-ci n'en eut pas moins sur eux une sérieuse

1. Nouveaux Essais de critique et d'histoire, Hachette, 1865, in-16.

influence. L'un, Barth. Garnier, sut concilier les deux époques et servit de lien entre elles. Ses figures se distinguent par une grâce qui n'est pas sans afféterie, et respirent l'amour du grand art dont Ingres a été depuis la plus haute expression.

L'autre est l'illustre Moreau qui fut moins heureux avec Racine qu'il ne l'avait été avec La Fontaine et Molière. En vain il s'y prit à deux fois ; sa seconde suite est plus faible encore que la première. Cet insuccès prouve combien il est dangereux, surtout à un âge avancé, de sortir du genre avec lequel on s'est identifié, pour endosser la livrée d'autrui.

Dans le mouvement intellectuel que l'on désigne sous le nom de romantisme, l'œuvre et la réputation de Racine ont été vivement attaquées. On lui a préféré les génies violents et abrupts dont les inégalités conviennent mieux aux palais blasés qu'une beauté unie et douce. Mais la réaction n'a pas été de longue durée; il a suffi d'une actrice de talent pour redonner à ces créations le charme de la nouveauté. Malheureusement il n'en a pas été de même pour l'illustration. Malgré les ressources qu'offrait au crayon la noblesse incomparable de R?chel, il ne s'est produit parmi les dessinateurs contemporains aucune œuvre qui mérite d'être signalée.

ïtnw ^f**»? *m +m %wm^ mie w w +f ■*/* w %/nn *wwkp ww*»* w,i

LES

DU XIXe SIECLE

1801. — Œuvres de J. Racine, Paris, de l'imprimerie de P. Didot l'aîné, an IX. 3 volumes grand in-folio, enrichis de 57 planches.

ier volume. — Frontispice : Racine couronné par la poésie dramatique, dessin exquis de Prud'hon, gravé par Marais.

La Thébaïde. 5 dessins de Moitte : i° Jocaste décide Étéocle à lui permettre de revoir Polynice. On prétend que le sujet a été dessiné par Prud'hon, mais que David, qui trouvait cet artiste trop indépendant, exigea que la planche portât la signature de Moitte ; gravé par Dupréel ; 20 Provocation au combat, gravé par Duval; 30 Etéocle consent à recevoir son f-ère, gravé par Baquoy; 40 les deux frères, malgré les objurgations de Jocaste, partent pour le combat, gravé par Duval; 50 Attale arrache à Créon son épée, gravé par Blot. Tous ces dessins ressemblent à des académies et sont affectés du défaut qui rendait inutiles les plus belles qualités de la jument de Roland.

Alexandre, 5 dessins de Gérard : i° Taxile et sa sœur, gravé par Romanet; 20 Porus et Ephestion, gravé par Le Villain; 30 Taxile, Géofile et Axiane, gravé par Lavallé; 40 Axiane et Alexandre, gravé par Duval; 50 Entrevue de Porus et d'Alexandre, gravé par Simonnet. Malgré la noblesse et l'élévation du style, il y a dans ces dessins une certaine lourdeur.

Andromaque, 5 dessins de Girodet, fort élégants : i° Oreste et Pyrrhus, gravé par Mathieu; 2° Oreste et Hermione, gravé par Massard; 30 Andromaque aux genoux de Pyrrhus, gravé par Marais; 40 Hermione invective Pyrrhus, gravé par Girardet ; 50 Hermione repousse Oreste avec horreur, gravé par Massard.

Les Plaideurs, 3 dessins spirituels de Taunay : i° Dandin arrêté dans la rue, gravé par Prévost ; 20 Chicaneau et l'Intimé, gravé par Duval ; 30 scène des petits chiens, gravé par Le Villain.

Britannicus , 5 dessins de Chaudet : i° Junie emmenée par les gardes, gravure de Glairon-Mondet; 20 Junie et Néron, gravé par le même- 30 Britannicus aux genoux de Junie, gravé par Viel; 40 Burrhus supplie Néron, gravé par Duval;- 50 Agrippine prédit à Néron ses crimes futurs, gravé par Massard.

2e volume. — Bérénice, 5 dessins de Serangeli, gravés par Ch. Massard : i° Phénice et la reine se rendent au temple; 20 Titus et la reine; 30 Antiochus annonce à la reine qu'il lui faut se séparer de Titus; 40 Monologue de celui-ci'; 50 Bérénice abandonnée se laisse tomber sur un siège.

Baja\et. 5 dessins de F. Gérard : i° Acomat et Osmin, gravé par R. U. Massard; 20 Déclaration de Roxane à Bajazet, gravé par Mathieu; 30 Roxane, Bajazetet Acomat, gravé par Massard; 40 Evanouissement d'Atalide, gravure du même; 50 On découvre le cadavre de Bajazet, gravé par Fischer. Ils sont meilleurs que ceux d'Alexandre.

Mithridate, 5 dessins de Peyron : 1° Les deux frères en présence de Monime, gravé par Langlois; 20 Aveux de Xipharès, gravé par Beisson; 30 Mithridate interroge Monime, gravé par Ponce; 40 Projet de descente en Italie, gravure de Massard ; 50 On apporte à Monime la coupe empoisonnée, gravure du même. Ces estampes sont les moins bonnes et les plus incolores de la collection.

Iphigénie, 5 dessins de Gérard : i° Entrée d'Iphigénie et d'Eriphile dans le camp des Grecs, splendide gravure de Girardet et Massard;

20 Adieux d'Agamemnon à sa fille, gravé par Mathieu; 30 Achille dans la tente d'Agamemnon, gravé par Fischer; 40 Scène du défi, gravé par Massard; 50 Suicide d'Eriphile, gravure du même. Tout cela pourtant est bien froid.

Phèdre. 5 dessins de Girodet, gravés par Massard et Chatillon : i° GEnone réconforte sa maîtresse; 2° Hippolyte s'éloigne de Phèdre; 30 Thésée anxieux entre sa femme et son fils ; 40 Le roi chasse Hippolyte ; 50 Phèdre évanouie. On voit au second plan le cadavre du jeune prince que rapportent ses serviteurs.

3e volume. — Esther} 3 dessins de Chaudet : i° hîse\} lise\ l'arrêt détestable, cruel..., gravure de Langlois; 2° Assuérus tendant à Esther son sceptre d'or, gravé par Mathieu; 30 La reine se jette aux genoux d'Assuérus, gravé par Coiny.

Âthalie, 5 magnifiques planches de Chaudet : i° Joas sauvé du massacre, gravure de Langlois; 20 Joas et Athalie, gravé par Ch. Girardet. 30 Nathan vient demander qu'on lui livre l'enfant, gravé par Langlois. 40 Joas prête serment de fidélité à la loi, gravé par Massard ; 50 Couronnement de Joas et mort d'Athalie, gravure de Girardet. Tous ces dessins sont d'un grand et sérieux caractère, et l'un des biographes de Chaudet a dit avec raison qu'"ils étaient « profondément pensés « .

Le volume est terminé par quelques œuvres diverses où ne figurent ni la correspondance de Racine, ni son Abrégé de l'histoire de Port-Royal.

Les bibliographes ont à l'envi célébré la splendeur de ce livre, le plus beau peut-être que la typographie ait jamais produit et le plus magnifiquement illustré qui se puisse voir. Cependant la grandeur du format, qui le rend difficile à manier et l'exclut des tablettes étroites, a nui à son succès. Quoiqu'on n'en ait tiré que 250 exemplaires, dont 100 avec figures avant la lettre, au prix de 1,800 francs (la souscription pour les exemplaires ordinaires étant de 1,200 francs), ces prix n'ont pu se soutenir. On trouve facilement des exemplaires ordinaires à 400 ou 500 francs. Les autres valent le double; un de ces derniers, relié par Cape, en maroquin rouge, doublé de maroquin vert, acheté 1,050 francs à la vente Solar, s'est vendu récemment 2,150 francs.

L'unique exemplaire tiré sur vélin se trouve à la Bibliothèque nationale et nous a servi pour notre description. Quant aux dessins originaux, Brunet prétend qu'ils ont été dispersés, tandis que Quérard soutient que l'exemplaire vélin dans lequel on les avait insérés a passé en Angleterre. Il nous a été impossible de savoir qui des deux avait raison.

1805. — Mûmes œuvres. Paris, Pillot jeune, 4 vol. in-18. Gravures très-fines et qui ne sont pas signées. Elles doivent être de Coiny.

1807. — Œuvres de J. Racine, avec des variantes, publiées par Petitot. Paris, Herhan. 5 volumes in-8.

Le premier tirage de cette édition stéréotype est assez beau, et l'on en distingue encore les exemplaires en papier vélin dans lesquels sont insérées les gravures d'après Moreau, publiées par A. -H. Renouard. Une erreur assez générale a fait donner dans le commerce le nom de seconde suite à ces 13 gravures, tandis que c'est en réalité la première. Quoique inégale et peu digne de la grande réputation de l'artiste, elle nous paraît de beaucoup supérieure à celle que Moreau fit pour l'édition de 181 1. Les planches ont été gravées par De Ghendt, Roger, Simonet et Trière, avec portrait de Racine, par Saint-Aubin. La collection de ces gravures se vend de 40 à 50 francs avant la lettre et de 20 à 25 francs avec la lettre. En voici, d'ailleurs, la description :

ï° Portrait de Racine d'après le buste fait par Girardon. 20 Plaintes de Jocaste :

Voilà de ces grands dieux la suprême justice! Jusques au bord du crime ils conduisent nos pas ; Us nous le font commettre et ne l'excusent pas.

Figure excellente et pathétique,

30 Déclaration d'Axiane à Porus :

Oui, oui, Porus, mon cœur n'aime point à demi ; Alexandre le sait, Taxile en a gémi.

Fort joli, finement dessiné.

40 Andromaque :

Ah! sdgneur, arrêtez! que prétendez-vous faire? Si vous livrez le fils, livrez-leur donc la mère.

Médiocre et vulgaire.

Ces trois planches ont été gravées par Simonet.

50 Les Plaideurs^ gravé par E. de Ghendc. Comique, plein de finesse. 6° Reproches d'Agrippine à son fils :

Vous ne me trompez point; je vois tous vos détours; Vous êtes un ingrat, vous le fûtes toujours.

Mal composé. Agrippine semble plutôt la fille ou la sœur que la mère de Néron.

ÉDITIONS DU XIXe SIECLE. 41

70 Plaintes de Bérénice :

... Vous m'aimez, vous me le soutenez, Et cependant je pars et vous me l'ordonnez.

C'est la plus faible de toute la série.

8° Bajaiet. scène de la lettre. Excellente.

90 Mithridate, le vieux roi entre ses deux fils. Poses théâtrales.

io° Iphi génie :

De mes bras tout sanglants il faudra l'arracher.

Les 5 planches qui précèdent ont été gravées par Simonet.

n° Phèdre, gravée par B. Roger :

Voilà mon cœur, c'est là que ta main doit frapper.

12° Esther. gravée par E. de Ghendt :

Vivez, le sceptre d'or que vous tend cette main Pour vous de ma clémence est un gage certain.

Fin et bien composé, sauf la tête de la reine et celle d'Assuérus.

130 Athalie, gravée par Trière :

Le bonheur des méchants comme un torrent s'écoule.

Un défaut commun à la plupart de ces dessins, défaut qui se marque plus encore dans la seconde suite, est une grande sécheresse dans le trait qui, jointe à l'expression un peu vulgaire des physionomies, n'est plus en harmonie avec l'élégance de Racine.

Outre les figures de Moreau, l'ouvrage se recommande à nous par d'autres mérites. Au lieu d'une vie de Fauteur, Petitot a placé en tète de cette édition les Mémoires sur la vie et les ouvrages de J. Racine, par son fils. Il a de plus classé par dates les lettres de Racine à Boileau, à son fils et à ses amis. Un grand nombre de tirages , la plupart sans figures, ont été faits de cette édition, entre autres celui de Nicolle et Belin , en 1812-1813, également en 5 volumes in-8°.

Les dessins originaux, qui ont servi pour la gravure, ont été payés 634 francs à la vente Renouard.

1808. — Les mêmes œuvres, avec des commentaires par J.-L. Geoffroy. Paris, Lenormant, 1808. 7 volumes in-8.

ier volume. — Beau portrait de J. Racine, dessiné par J.-B. Santerre et gravé par Aug. Saint-Aubin. Portrait de L. Racine par Aved.

Pour frontispice, une charmante vignette, la Muse de la tragédie, gravée par Choffard, d'après Barth. Garnier.

La préface est suivie d'un manuscrit autographe de Racine et de Boileau.

La Thébaide . gravure de Choffard (1806), d'après le dessin de Steph. -Barth. Garnier (1805), avec ces vers pour légende :

Surpassez, s'il se peut, les crimes de vos pères ; Montrez en vous tuant comme vous êtes frères.

La gravure à1 Alexandre représente l'entrevue de ce prince avec Porus et a pour légende :

Comment prétendez-vous que je vous traite?

Page 1