‹ Les éditions illustrées de RacineChapitre 2 sur 21 · Ch. Blanc, Histoire des peintres · texte numérisé non relu

Ch. Blanc, Histoire des peintres

ment enluminées des Th. Gautier, Paul de Saint- Victor, Flaubert, Goncourt, etc., peuvent remplacer la vue d'un tableau ou n'importe quel coucher de soleil ? Il existe entre les idées visuelles ou plastiques et les idées littéraires une démarcation que l'on ne saurait franchir. Les procédés pour les rendre sont différents; les manières ne doivent pas être confondues.

Mais si le style écrit a tant de peine pour rivaliser avec la peinture, combien plus d'obstacles rencontrera le crayon, lorsqu'il voudra figurer et fixer en des images précises les nuages flottants de la poésie ! Déjà le poëte dramatique affaiblit, en les exprimant, les idées et les sentiments de l'âme. Quel que soit son génie, il ne traduit à nos sens qu'une parcelle de l'idéal qui hante nos imaginations. Chacun de nous, en effet, dans les moments où la passion met en jeu ce je ne sais quoi de divin qui anime l'intelligence et le cœur de l'homme, devient un grand artiste inédit qui s'élève d'instinct au-dessus de toutes les réalisations de la peinture et de la poésie.

Racine, il est vrai, sut noter quelques-uns de ces élans sublimes. C'est par là surtout qu'il vivra : son génie est l'image du nôtre : son œuvre, l'histoire de nos passions. A travers tous les changements de la mode, il reste pour notre race le meilleur interprète du cœur.

Mais il est spiritualiste avant tout, de l'école de Descarte, épuré par le christianisme abstrait de Port-Royal. Aussi ne saisit-il dans l'homme que les lignes élégantes, sans approfondir les physionomies ni copier tous les traits du visage. De là vient, pour le dessinateur, une difficulté fort grande lorsqu'il essaye à son tour de reproduire les mêmes personnages, de compléter le drame sans le répéter. Après tout, Le Brun s'en tire avec honneur, sans trop d'infériorité. On peut dire qu'il ajoute un supplément d'attrait à l'œuvre du poëte.

Enfin, dernière excuse que Ton peut alléguer en sa faveur : il est obligé de subir, ainsi que tous les dessinateurs qui ne se gravent pas eux-mêmes, l'interprétation par des mains étrangères de son sentiment et de ses intentions. Ne l'oublions jamais en le jugeant ; sachons retrouver son talent, même lorsqu'il ne nous arrive qu'à travers une traduction plus ou moins fidèle.

Deux artistes habiles ont gravé les figures de Le Brun. Le premier, Fr. Chauveau, dont on a vanté à juste titre le rude et savant burin, déploya dans l'illustration des livres la fécondité de son imagination et soutint plus d'une fois par ses croquis la verve fatiguée du maître. Le second, Seb. Le Clerc, d'abord ingénieur au service du maréchal de La Ferté, fut conquis à la gravure par Le Brun, qui le présenta à Colbert et lui fit donner une pension de 600 écus, avec le logement aux Gobelins. Choisi plus tard pour dessiner les médailles qui devaient servir à l'histoire du roi, Le Clerc conduisait les graveurs, présidait à leurs ouvrages, corrigeait leurs cires et gravait même le trait de l'eau-forte sur leurs poinçons1.

1. Voir YÉloge de M. Le Clerc, par i'abbd de Vallemont. Paris, Nicolas Caillon et Jean Musier, 171s, in-12.

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