DUBOURG, DE SEVE, GRAVELOT ET LEBARBIER
out ennuie et tout lasse à la longue, même la plus parfaite beauté, si l'on n'en relève l'éclat par des ornements nouveaux. Dans les arts, chaque siècle tend à imprimer sa marque aux œuvres de l'imagination, à les façonner à son gré, à les assortir à son goût. Après s'être longtemps complu dans la correction classique et la pureté de lignes, on y trouve trop de froideur, trop d'impassibilité, et l'on y renonce pour se jeter dans le mouvement et le bruit.
C'est ce qui arrive dès le xvme siècle aux illustrations de Racine. Les petites figures de Le Brun, sèches et roides
dans leur pose solennelle, dont on s'est contenté jusque-là, vont être remplacées et disparaître. A mesure que s'efface le respect pour la tradition de Louis XIV, les dessinateurs cherchent d'autres voies et sortent de l'imitation.
Le premier qui tente de s'émanciper, Fabrice Dubourg, est bien timide encore dans sa révolte. Elève de Bernard Picart à qui Séb. Le Clerc avait appris les procédés et la crainte du maître, il n'ose s'affranchir tout à fait. La plupart de ses dessins ont quelque chose de fruste, d'indécis et d'inachevé. D'autres fois, voulant atteindre à l'effet, il force l'expression et ne parvient qu'à faire grimacer les figures.
Le vrai révolutionnaire et novateur avec succès fut Jacques de Sève. Avec lui nous sortons de la noblesse de convention pour entrer à pleines voiles dans le mouvement dramatique, la vie et le fracas. Il y a tel de ses dessins qui, par la vigueur et la richesse du coloris, semble l'ébauche anticipée d'une toile d'Eugène Delacroix. Certes la fleur délicate des créations de Racine est froissée parfois sous ce crayon énergique, mais la vie du moins circule dans le livre ; la pensée du poète s'anime et prend corps à chaque page.
Peut-être y a-t-il quelque excès dans la profusion des sujets mythologiques et des allégories. C'est un tort, sans doute, en commentant Racine, d'abonder si fort en des fictions dont lui-même n'a usé que sobrement, mais c'est un tort que l'on pardonne volontiers à l'artiste en faveur de tant de vignettes charmantes qui flattent à la fois l'imagination et le regard.
Quelle est réellement la tâche imposée au dessinateur ? Doit-il ajouter au modèle, l'enrichir en le décorant et trouver des effets auxquels l'écrivain n'a pas songé? Pas le moins du monde. Tout au plus lui est-il permis d'appuyer un peu sur la note, de préciser ce qui est