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LES ILLUSTRATEURS DU XVIII" SIECLE

resté dans le vague et d'arrêter les contours de la rêverie. S'il force le ton, s'il essaye de se mettre à la place de celui qu'il interprète, de chanter dans une gamme différente, il manque le but et fait une œuvre à côté.

De Sève n'a pas échappé à cet inconvénient; ses dessins font parfois violence à la pensée du poëte; il eût mieux fait, ce nous semble, d'adoucir quelques-unes de ses hardiesses.

Malgré ce défaut, nous préférons ses figures à celles du célèbre Gravelot, qui s'est montré plus infidèle encore au génie de Racine. Les chastes et tendres créations d'Andromaque, d'Iphigénie, de Monime, d'Atalide, où les fières princesses de la cour du grand roi se retrouvaient avec des traits embellis et telles qu'elles auraient voulu être, deviennent aux mains de Gravelot de minces poupées, piquantes, si l'on veut, avec leurs airs de tête et leur joli minois, mais plutôt gracieuses et maniérées que dignes de respect. Le talent même du vignettiste, si habile à dessiner les contours provoquants de la nuque, des seins et des bras, fait descendre la tragédie de la scène au boudoir et enlève toute majesté à ces grandes images. On peut estimer assurément l'élégance coquette avec laquelle il habille ses personnages et la gracieuse façon dont il les groupe, mais nous regrettons qu'il n'ait pas renoncé, ici du moins, à des mignardises hors de propos.

C'est d'ailleurs la pente générale que suit à cette époque l'illustration des livres. On dirait que le crayon de l'artiste, semblable à la muse de Montaigne, jamais ne rie mieux qu'en un sujet folâtre et déréglé.

Là même où l'enjolivement n'a rien à voir, ils prodiguent les fanfreluches, le style Pompadour, les attraits chiffonnés, l'esprit et les sous-entendus malicieux. Un tel dérèglement déshonore l'art et corrompt les mœurs, à

moins que l'on ne prétende, en faveur de certains bibliomanes, que cette passion -pour les images licencieuses,

Qui leur fait des tableaux chérir les nudités Les guérit de l'amour pour les réalités.

Après la débauche de fantaisie libertine à laquelle s'était abandonnée l'illustration, devait fatalement survenir une réaction contraire. Lebarbier a l'honneur d'en marquer le début. 11 donne à ses personnages une attitude pudique, un costume décent, et il emprunte pour les dessiner les lignes pures et correctes de la statuaire antique.

M. Charles Blanc Ta traité d'une façon bien sévère : « Placé, dit-il, entre Boucher et David, il eut les défauts de l'ancienne école sans avoir les qualités de la nouvelle. » S'il s'agit seulement du peintre, le reproche est mérité à quelques égards; mais pour ce qui est du dessinateur, nous le trouvons souverainement injuste, car les illustrations de Racine indiquent un sérieux retour au bon goût, à la sobriété, au culte de l'idéal. Ce sont d'harmonieuses compositions qui respirent la chasteté, et auxquelles il ne manque, pour atteindre à la beauté suprême, qu'un souffle plus ardent.

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