‹ Les effrontés; comédie en cinq actesChapitre 99 sur 107 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

HENRI

Mais si ce mariage la diminue d'un côté, il la relève de l'autre ; Sergine a un nom déjà illustre, et toi-même tu tires vanité de le connaître.

CHARRIER

C'est-à-dire que je suis bien aise de l'avoir à ma table et de l'oflrir à mes convives. C'est un homme de mérite, je n'en disconviens pas, et sa fréquentation prouve que je ne suis pas moi-même un imbécile. Mais si j'en tire vanité, comme tu dis, c'est tout ce que j'en veux tirer. On admet CCS gens-là dans son salon ; dans sa famille, jamais ! J'en suis fâché pour Clémence, elle n'avait qu'à mieux placer son affection. Je ne comprends même pas qu'elle se soit amourachée d'un homme en puissance de femme.

M EN RI, Tivement.

Elle n'a jamais rien su ue sa liaison avec la marquise !

CHARRIER

Comment alors se figurait-elle qu'il n'était pas libre?

HENRI

C'est moi qui lui avais dit, pour couper court à toute espérance, qu'il était amoureux d'une jeune fille du faubourg Saint-Germain.

CHARRIER

J'espère que tu ne t'es pas permis de la tirer d'erreur sans me consulter ?

HENRI

Non.

^^ CHARRIER

Eh bien 1 laissons les choses comme elles sont. Tu as tranché dans sa racine un amour qui n'était encore qu'un bobo et qui aurait pu devenir un mal sérieux : la douleur est passée, ta soeur n'y songe plus, elle trouve un parti magnifique ; tout est donc pour le mieux. Vernoyillet

peut m'êlre très utile ou tr^s nuisible, entonf^s-tn ? Tu m'as vu tout prêt à rompre avec lui quand j'ai cru que ta sœur avait une inclination raisonnable ; mainten;"int que cette rupture ne la conduirait à rien, tu trouveras bon que je n'en brave pas les conséquences de gaieté de cœur, et je te prie très sérieusement de ne pas m'y exposer.

HENRI

Prends garde, cher père ; tu n'es pas de bonne foi avec toi-même.

CHARRIER

Quoi I Qu'est-ce à dire?

HENRI

Oui, tu fais des capitulations de conscience. Tu te persuades que tu ne veux pas de Sergine pour te dispenser de rompre avec Vernouillet, dont tu ne redoutes rien, quoi que tu en dises, mais dont tu attends la pairie.

CHARRIER

Tu es un imbécile... Je sacrifie ma fille à mon ambition, n'est-ce pas?... Je suis bien bon de t'éccuter. Je te défends d'influencer ta sœur, entends-tu? Je suis meilleur juge que personne de ce qui lui convient, et quand je te dis qu'elle sera heureuse... Va te promener, tu m'ennuies à la fin des fins.

Uiort.

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