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LA LITURGIE A JÉRUSALEM. LES OFFICES DE LA SEMAINE ET DU DIMANCHE

Avant de commencer ce chapitre, nous ferons remarquer l'importance, au point de vue liturgique, du document que nous allons interpréter. La liturgie subit au i\° siècle une transformation. Jusqu'alors et sauf de rares exceptions, les réunions des chrétiens avaient été secrètes, confinées dans les catacombes ou dans des lieux écartés. Sous Constantin elles purent se tenir au grand jour. De vastes basiliques s'élevèrent comme par enchantement sur les divers points de l'empire; les réunions furent publiques et solennelles ; on institua des processions ; les chants et les autres parties de l'Office se développèrent ^

Il est intéressant d'avoir un document authentique, qui saisit, en quelque sorte, la liturgie dans

1 . Eusèbe mentionne comme conséquence de la paix de 1 Eglise ce développement de la liturgie. /îisi. Eccl, cm [Patr . Gr., t. XX, c. 848 J ; Vita Constant., 1. IV, c. xxii ; (76. x\, 1170).

cette période de son évolution, alors que, sous le bénéfice de cette liberté et sous l'influence d'une force interne, elle se développe et progresse rapidement. De plus, comme nous le verrons bientôt, c'est à Jérusalem qu'ont pris naissance plusieurs cérémonies qui furent ensuite adoptées dans le reste de l'Eglise. Quoique cette liturgie hiérosolymitaine se rattache à ce que l'on a appelé le ti/pe syrien, c'està-dire à la liturgie des Eglises de Syrie et spécialement d'Antioche, elle a pourtant des caractères très particuliers qui lui donnent une physionomie propre *. La Pereyrinatio devient le texte le plus important que nous ayons pour reconstituer cette liturgie. Jusqu'alors nous en étions réduits à quelques passages de saint Cyrille de Jérusalem et aux témoignages indirects de saint Jean Chrysostome, des Constitutions apostoliques, de la liturgie dite de saint Jacques, qui représentent la liturgie syrienne. Les

i . On sait que toutes les anciennes liturgies peuvent se ramener à quelques types principaux, liturgies syrienne, alexandrine, romaine, gallicane, ambrosienne, etc. Cf. Hammond, Liturcjies eastern and icesiern^ Oxford, 1878, p. xvi, suiv., et Duchesne, Les Origines du culte chrétien, p. 54. Mais ces classifications laissent toujours une large part à l'arbitraire. Ce qu'on peut affirmer, c'est que toutes ces différentes familles ont entre elles des caractères communs et pourraient se réduire en dernière analyse à un type unique de liturgie primitive.

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Ncstoricns, détachés de l'Kglise avant le milieu du VI* siècle, conservent aussi, dans leurs usages, de précieux vestiges de cette antique liturgie \ Nous chercherons à éclairer et à compléter ces documents les uns par les autres ^ La description topographique que nous avons donnée au chapitre précédent, va servir de cadre à cette liturgie. C'est comme le fond de la scène sur laquelle nous allons voir se dérouler les difTérentes phases des rites sacrés, Cha-

i. A ce point de vue, letude de la Bibliotheca orientalis d'Assemani (notamment la Dissertatio de Syris Nestorianis) est d'un réel intérêt et nous nous en servirons dans la suite.

2. Sur les essais de reconstitution de la Liturgie syrienne par Bingham {Orig. eccL, XIII, 6) et Ilammond {The Aticient Liturgrj of Anlioch) cf. Bickell, Zeitsch. F. Kath. Theol, i879, p. 614 ; Probst, ibid., 1883, p. 230, et Duchesne, /. c, p. 55. C'est à tort que l'on a fait honneur à Bingham de cette restitution ; il n'a fait que l'emprunter à Claude de Saintes, De Eucharistia et Misses ritibus ex opp. d. Joannis Chrysostomi, dans Liturgiœ sive Missœ sonrtorum Palrum, Antuerpia', MDLX, réimprimé dans le t. VI, de Marguerin de la Bigne. Nous aurons aussi quelques rapprochements à faire entre la Liturgie de la Peregrinatio et une Liturgie du saint Sépulcre, d'âge évidemment postérieur, mais qui conserve bien des traits antiques ; elle a été éditée d'après un manuscrit de Barletta par Giovene, Kalendaria vêlera manuscripta, Parsprima (seule éditée). Napoli, MDCCC XXVIII. Le docleurMader, dans un ouvrage récent, derheiligeCyrillus Bisohofvon Jérusalem (Einsiedeln, 1891), consacre un de ses chapitres à la Liturgie de Jérusalem II a malheureusement négligé quelques documents importants, notamment la Peregrinatio qu'il ne paraît pas connaître.

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cune de ces églises était affectée en effet à quelqu'un des offices de la journée ou à l'une des fêtes du cycle. Suivant les solennités, on se transportait du Calvaire au Golgotha, du Golgotha à la Croix, de la Croix à l'église de Sion ou au Mont des Oliviers.

Nous connaissions cette coutume des stations par les usages de quelques Eglises, surtout de celle de Rome, et ces pratiques remontent à la plus haute antiquité: on voit, par exemple, d'après les plus anciens calendriers et les documents liturgiques, que la fête de saint Félix et de saint Philippe se célébrait au cimetière de Priscille, où ces deux Saints étaient ensevelis ; celle des saints Martial, Vital et Alexandre, au cimetière des Jordani ; pour la fête des sept frères Martyrs, fils de sainte Félicité, une messe était dite au cimetière de Priscille, une seconde à celui des Jordani, une troisième à celui de Sainte- Félicité *.

Lorsque des basiliques s'élevèrent au-dessus des tombeaux des martyrs, les mêmes usages persistèrent et furent même observés avec une plus grande solennité. Prudence nous parle de l'empressement des fidèles à courir au tombeau de saint Hippolyte

1. Tomasi, opp. éd. Rom. II, 491 ; Boucher. Calend. de doclr. temp., 268.

sur la voie de 'libiir '. Au 21) juiu, pour la fête de saiut Pierre et saiut Paul, il y a trois stations : une aux Catacombes, une seconde au Vatican, la troisi^me sur la voie d'Ostie. La même cérémonie a lieu pour la fête de Noël : la première station est à Sainte- Marie-Majeure , la seconde à Saint-Pierre ; plus tard il y en eut une troisième à Sainte-Anastasie '. Mais si Rome avait ses cimetières, ses basiliques, les tombeaux de ses apôtres et de ses martyrs, Jérusalem avait les lieux sanctifiés par la Passion et la mort de l'Homme-Dieu. C'est autour de ce centre que rayonne la liturgie hiérosolymitaine ; elle y a ses attaches topographiques, et c'est ce caractère local ^i accentué qui lui donne son originalité. L'histoire du Seigneur y est rappelée, vécue à nouveau; c'est un drame en action, c'est presque, à certains moments, mais avec un caractère plus grave, le

\. Prudence, Peristeph. XI, 195 ss.

2. Duchesne, Liber pontifîcalis, p. cv. Une hymne attribuée à saint Ambroise relate les trois stations pour la fête du 29 juin ; Daniel, Thésaurus, n° 71 . Elles sont aussi indiquées au martyrologe hiéronymien. Les stations du Vatican, de la voie d'Ostie pour le 29 juin, sont indiquées par Prudence, Peristeph. hymn. XII. Sur l'origine de la Messe à Sainte-Anastasie ou troisième Messe de Noël, cf. Duchesne, Mélanges d'archéologie et d'histoire (Ecole de Rome), 1887, Not^s sur la topographie de Rome, p. 406 et suiv.

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mystère, lel qnc le moyen âge le mettra en œuvre quelques siècles plus tard '.

Le premier office dont Silvia fait mention est celui des vigile^, qui paraît se rapprocher de nos Matines. On sait que cette pratique de diviser le jour et la nuit par diverses prières est très ancienne ; les Juifs, longtemps avant Jésus-Christ, en avaient l'usage ; elle faisait partie du culte ou rituel des synagogues. Les chrétiens l'adoptèrent en partie ; on en retrouve les vestiges dès le premier et le deuxième siècle, dans les écrits des apôtres et de leurs successeurs -.

1. Il faut remarquer que la plupart des Liturgies ont à l'origine, et dans une certaine mesure, ce caractère local ; elles ont les fêtes de leurs saints et de leurs martyrs qu'elles célèbrent dans l'église qui contient leurs reliques. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, à Tours, le Xalale de saint Pierre et de saint Paul se célèbre dans la basilique de ce nom ; celui de saint Martin dans la basilique du saint, etc. Mais ce qui est une exagération manifeste, c'est de prétendre, comme on l'a fait, que jusqu'à une époque très avancée toute fête de saint a toujours quelque attache topographique. Cf. Batifiol, Histoire du bréviaire romain, 2* édition, p. 33 et 77, Les exemples contraires abondent dès le ive siècle.

2. Sur les analogies entre le culte chrétien et celui des synagogues, cf. Vitringa, De synagoga vetere, c. IV et V des prologomènes, et 1. lil, pars II, c. JO, 17, 19, et Chérubin de Saint- Joseph, Bibliolheca Crilica sacra, t. II; Bingham, V, 302 ; Suringar, De publias veterum christianorum precibus, Lugd. Batav. 1833, in-80 ; Vigoureux. Les synagogues au temps de Jésiis-Chrigl (Mélanges bibliques, I8S?).

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Les vieilles se CL'Ioltiaiciil à la s(>c(»ii(le veillfi de lu luiil, (jui \a (le luiiiuil à li'ois heures dn malin, l/olliee devait se lerniiiiei' au levi-r du soleil, et par suite sa place variait avec les saisons. Silvia appelle cette heure le premier chant des coqs '.

Ceux qui veulent y assister, nous dit-elle, se réunissent dans la basilique, où ils attendent l'ouverture de l'Anastasie, car c'est dans cette église que se célèbrent les vigiles presque tous les jours de l'année. Les moines et les vierges, monazontes et part henœ, sont seuls obligés d'y assister^. Mais un certain nombre de laïques de bonne volonté, hommes

! . A pullo primo, ou ante pullorum cantum : il y a aussi ailleurs ad quartum puUi cantum. Les Constitutions Apostoliques, VllI, 3, i, se servent des mêmes expressions. Saint Jean Chrysostome appelle aussi le milieu de la nuit le chant du coq {homil. 59 ad pop. Antioch.). Les anciens Ordines romains disent indifféremment média nocte ou galli cantum. Mêmes expressions dans les canons de saint Hippolyte (édition Achelis, Texte u. Vntersuch., t. M, 4, p. 94 et 122); dans Pallade, Vita Chrysost., etc.

2. Aputactitœ omnes vadent : de plèbe autem, qui quomodo possunt, vadent, p. 104. Dom Touttée prétend que dans saint Cyrille le terme Monazontes désigne les moines vivant dans les villes, Monachi, ceux qui vivent dans la solitude. Cf. Migne, P. G., t. XXXIII, 36, 485, 486. Silvia, pour désigner les moines, se sert à peu près indifféremment des termes Monachi, Monazontes, Apudactitœ,Tp. 69, 70, 74,76, 84, 99, ]Oi,e{c.Les Ascites sont les moines qui s'exercent à l'ascétisme, p. 71. Cependant, pour les moines vivant à Jérusalem, elle se sert surtout du terme monazontes .

et femmes, se joignent à eux. Silvia nous dit ailleurs que les simples fidèles sont assez instruits par les catéchèses, pour pouvoir suivre et comprendre aisément les lectures des Livres saints dans la liturgie. Les offices ne paraissent obligatoires pour tous les fidèles que le dimanche et les jours de fête V

On voit, par là, qu'à Jérusalem, comme plus tard à Rome et dans d'autres provinces, les moines et les vierges étaient dès le iv^ siècle attachés au service des grandes basiliques ; c'est sur eux que reposait en partie le soin de l'office liturgique de chaque jour^ La liturgie de ces ascètes est la même ici que celle du peuple fidèle, tandis que dans bien des pays, dès le iv" siècle, nous voyons les maîtres de la vie religieuse, comme saint Ambroise et saint Basile, donner aux moines une liturgie particulière, mieux appropriée aux besoins de la vie mo-

1 . On sait qu'à Rome les vigiles solennelles donnèrent quelquefois lieu à des désordres, et ce fut sur ce prétexte que s'appuya Yigilancepouren demander la suppression.Sa demande fut du reste combattue avec virulence par saint Jérôme. Contra Vigilant., et Ep. CVII, 9. Par la description de Silvia, on voit que ces offices de nuit à Jérusalem se célébraient au contraire a\ec beaucoup de recueillement.

2. Cf. Duchesne, Liber Pontif., 1, 410, pour l'existence de ces monastères auprès des basiliques au vue et au viii" siècle, et la discussion entre M. l'abbé Batifïol et dom Lévèque, La science catholique, io avril 4 893.

nasliqiie. Los fondateurs monastiques du v" et du VI* si^cle (loiinÎTcnt aussi à leurs disciples une liturj;'ie particulière.

A tous les offices, même sur semaine, sont toujours présents deux ou trois prêtres et autant de diacres, qui chacun à leur tour viennent présider et accomplir les fonctions confiées à leur ministère. Dès que les portes de l'Anastasie sont ouvertes, on commence l'office, qui se compose de psaumes, d'hymnes ou de cantiques, d'antiennes et d'oraisons. On verra plus loin, à propos des vigiles du dimanche, que Silvia nous donne d'autres détails sur la composition interne de cet office. Nous essaierons du reste de déterminer tout à l'heure le sens qu'elle attache à ces termes de psaumes, cantiques, antiennes, lectures. La fin des vigiles coïncidait avec le crépuscule, et oscillait, selon les saisons, entre trois et six heures du matin.

Dès que le jour commençait à poindre, on chantait ce que Silvia appelle les hymnes matutinaleSy c'est-à-dire les Laudes ; lorsqu'elles se terminaient, il était tout à fait jour. Cet office se composait, comme les Matines, de psaumes et de cantiques. Silvia ne nous dit pas quels étaient ces psaumes. Mais d'après les auteurs contemporains de Silvia et ceux de Tàge suivant, on sait que l'on choisissait

de préférence, à cause du symbolisme, les psaumes dans lesquels il est parlé du soleil ou du lever du jour: Ma?2€ astabo tibi et videbo... Même exaudies vocem meatn (ps. v). In linnine tuo videbimus lumen (ps. xxxv). Emitte lucem tuam (ps. xlii). Exurgam diluculo (ps. LVi). Mane oratio mea prœveniet te (ps. Lxxxvii). Repleti sianns mane iniseiicordia tua (ps. Lxxxïx). Lucerna pedibus meis verbum tuum. Prœvenerunt ocidi mei ad te diluculo (ps. cxviii), etc. On chantait encore volontiers les psaumes qui prophétisent la résurrection du Christ, car c'était au lever du jour que le Ghrist, Soleil de justice, s'était élancé hors du tombeau ; par exemple : Terra tremuit cwn exurgeret Deus (ps. lxxv), et surtout le psaume cxvii : Lapidem quem reprobaverunt œdificantes hic factus est in caput anguli. . . Hapc dies quam fecit Dominus... Non moriar sed vivam... Benedictus qui venit in nomine Domini *. Les cantiques de Laudes tirés de l'ancien Testament étaient sans doute aussi ceux dont parlent les mêmes auteurs : le cantique des enfants dans la fournaise, celui d'Isaïe (cap. xii), ceux d'Ezéchias (ib. xxxviii), de Moïse (Ex. xv), etc. Les Laudes comprenaient

\ . Quelques-uns de» psaumes de Laudes en furent plus tard détachés et passèrent à l'ofûci

aussi les trois (iernicrs psaumes cxlviii, cxlix, a., dont le mot Laudatc qui revient si souvent^ a fait donner à cette heure le nom de Laudes '.

Durant cet oflice, la liturgie déployait toutes ses pompes. L'évèque arrivait avec tout son clergé ; il entrait dans la grotte môme du Saint-Sépulcre, disait une pri^re pour tout le peuple et prononçait même le nom de ceux dont il voulait faire spécialement mémoire. A l'office du soir ou Lucernaire, on répétait la même cérémonie, mais alors c'était un diacre qui lisait les noms , et à chaque proclamation les enfants de chœur ou pisinni répondaient Kyrie eleison : Seigneur, ayez pitié - !

Cette mention est fort curieuse. On connaissait bien la commémoraison des vivants et celle des morts faites durant la messe. Ces noms inscrits sur des tablettes ou diptyques étaient ceux des fidèles qui

1. Sur la composition de cet office, cf. Cassien, Instit., IH, 6 ; ps. Athanase, De Virginita(e,c. 20{Patr. Gr., XXVIII, 275). et Baumer, Einfluss des hl V. Benedict. aiif die Enlwidlung des roemischen Breviers, dans Studien und Mittheilungen, 1887, p. 12 et seq.

2. Silvia donne elle-même le sens de ce mot pisinni dans un autre passage, Peregrinatio, p. 50. Nam a pisinno in monasterio nutritus est, dit-elle à propos d'un moine élevé depuis son enfance dans un monastère. M. de Rossi a trouvé le diminutif Pitzinnina dans une inscription de 392. Cf. Inscriptiones, I, 177, D. 404.

faisaient l'offrande, des magistrats ou des princes, des clercs, des martyrs, des confesseurs, des fidèles vivants ou morts.

Mais les auteurs qui se sont occupés de cette question croyaient que les diptyques n'étaient lus qu'à la messe ; ils ignorent cet usage à d'autres offices ' . On retrouve jusque dans la plus haute antiquité chrétienne des vestiges de cette prière pour tous à la fin des principaux offices. Le livre YIII des Constitutions Apostoliques contient des formules de prières qui sont absolument du même genre. A chaque proclamation du diacre. Je peuple et

1. Saint Cyrille, dans sa catéchèse XXIII, 8, 9, parle seulement de la commémoraison faite à la messe. Sur les diptyques, leur emploi, les noms qu'ils contenaient, cf. Salig, De dij.iychis velerum ; Donati, De ditlici derjli anlkhi ; Dodwell, De diptychis Ecclesiœ, dans Disserlationes Cypriauirœ, disserlatio quinta, et aussi l'article de Dippel, Real Encyclopddie de Krauf, I, 3G6. Mais aucun de ces auteurs ne signale l'emploi des diptyques liturgiques en dehors de la messe. On trouve dans les vieilles Liturgies des formules de ces oraisons post nomina od super noviina. Cf. Renaudot, Liturgies Orientales, i». 150; Swainson, The greek Liturgies, p. 82, 432, 463; Ilammond, The ancient Liturgy of Antiorh and other liluujical frafjments. Oxf. 4 879, p. 28 et seq., et les Liturgies éditées par Mabillon, Tomasi, Mone, etc. On a même récemment publié des diptyques de Jérusalem, de date évidemment postérieure, mais qui contiennent des traditions anciennes, Papadopoulos Kérameus "AvaÀÉ/.-za 'JîpoTo/.ja'.T'.y.T;; X-aT'JoÀo-'îa; t, TJ/J.O'^r, àvî/.oÔTwv xal j— avîiov eXÀt// './.a>v auvvpaoDjv, etc., t. I, S.-Pétersb., Société de Palestine, 1892.

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stirfnitt 1rs r/i/Vi/i/s sV'criont : Soi^iicur, ay^''^ pilio ! Tiiis l'évrcjnc ivsunic les aspinilions de rassemblée; il prii' pour la paix des églises, pour les évéques et tout le clergé, pour tout le peuple chrétien.

Saint Benoît a recueilli cette tradition conservée jusqu'aujourd'hui dans la liturgie monastique. Tous les offices se terminent par le Kyrie eleison, le Pater et l'Oraison. L'Eglise grecque a gardé aussi la coutume de cette prière aux deux offices qui répondent aux Vigiles et au Lucernaire, le Mïaovu/.Ti/.ôv et laS'jvarTT, laEvâXr, OU grande collecte. L'à-oÀ'jari; ou finale commune à toutes les heures, en est peut-être aussi un souvenir \

Après cette commémoraison, l'évêque bénissait les catéchumènes. Il y avait une autre oraison et une bénédiction pour les fidèles ". L'évêque sortait en-

1 . Cf. Bickell, Ueber die Entslehung u. Entwicklung der canon. Tagzeiten, {Katholik, 1883, II, 291 et s.) ; Probst, Liturgie der drei ersten Jahr., p. 14 et s. Le P. Suitbert Baiimer, dans une curieuse étude sur ce point particulier de la Liturgie bénédictine, a recherché les traces de cet usage jusque dans la ô'.oa/T,, dans saint Justin, Athéaagore, TertuUien. Mais il n'a pas songé à la Peregrinatio. Cf. Eiu Beitrag z. Erk luruug von Litaniœ u. Missœ in capp. 9-17 der heil. Regel, dans : Studien u. Mitlheilungen aus den Benediktiner u. dem Cistercienser Orden, 188G, p. 285 et s.

•2. Cette bénédiction des catéchumènes et des fidèles est rapportée dans la même forme par les Constitutions apostoliques, II, 59.

suite de la grotte, il se plaçait devant le cancel qui en fermait l'entrée, et chacun venait devant lui, recevait une bénédiction particulière, lui baisait les mains^ et c'était la fin de l'office, le renvoi; Missafit, dit Silvia ^ Voilà pour l'office de nuit, ou cursiis nocturne. Il n'y avait pas d'autre office jusqu'à Sexte, qui est l'heure de midi .

Il n'est pas question encore de l'office de Prime qui se célèbre aujourd'hui le matin. Cet office, dont l'origine est toute monastique, fut institué d'abord à Bethléhem, au temps de Cassien, c'est-à-dire vers le commencement du v' siècle. Bientôt il fut adopté dans tous les monastères et passa enfin dans l'usage

1. Ce mot pris dans le sens de Messe qu'il a aujourd'hui, a fait commettre de singulières méprises au premier éditeur, qui croit à une messe quotidienne à la fin des Laudes, et admet quelquefois jusqu'à trois ou quatre messes le même jour (Cf., p. 77, note 3 ; 78, note 3. etc.) Il a du reste corrigé son erreur dans la seconde édition (1888, p. 46, note 2]. Missa, missio, dimissio, est employé avec ce sens de renvoi dans les documents liturgiques anciens. Il faut remarquer toutefois que dans deux passages Silvia prend Missa dans le sens de messe, p. 87 : a Missa quœ fit sabbalo ad anastase, anle solem fit, hoc est ohlatio ul ea kora qua incipit sol procedere jam missa in anastase facta sit... » et p. 104 : « celehralur missa ordine suo ». Cf. Canones Hippol , éd. Achelis, p. 119.

2. Cassien, Instit., III, 4. Sur l'organisation définitive de cet office par saint Benoît, cf. Dom Suitbert Baumer, /. c, et : Ein

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Il n'est pas t'ait nuMition non plus, aux jours ordinaires, d'un office à Tierce (neuf heures du malin).

L'Oblation et le Sacrifice n'avaient lieu, semble-t-il, que le dimanche, pour les fêtes des martyrs, le mercredi et le vendredi de chaque semaine et, en carême, le samedi ".

A midi c'est encore dans l'Anastasie que l'on se réunit pour l'heure de Sexte. On récitait des psaumes et des antiennes, puis l'évèque arrivait ; il entrait, comme le matin, dans la grotte du Saint-Sépulcre, et

Beitrag zur Erkliirung v. Lilanxœ u. MisscB in capp. 9-17, der heil. Regel ., dans les Studien u. Mitiheilungen atis dem Bénédictine)' u. Cist. Orden., 1886, p. 283-294.

1. D'après le texte de la page 86 (édition Gamurrini) que nous citons plus loin. Nous ne savons où M. l'abbé Batiffol a trouvé que Silvia parle de tierce pour l'office de chaque jour {Histoire du Bièviaire, 2« éd., p. 34 et 41]. M. l'abbé Duchesne, qui d'ordinaire lui sert de guide, a pourtant remarqué avec raison que tierce n'est célébrée publiquement que durant le carême, Origi nés du culte chrétien, p. 434. Mgr de "SVaal, trompé sans doute par les notes de M. Gamurrini, croit aussi à tort que la messe avait lieu tous les jours, Die Feste des Kirchenjahres zu Jérusalem gegen Ende des IV Juhr., dans Boemische (Juartalschrift, iSSl, p.3!2. Il est bien vrai que durant ses voyages à travers l'Egypte, l'Arabie et la Palestine, Silvia assiste a l'oblation presque chaque fois qu'elle se présente dans une église ou un monastère ; mais il faut bien remarquer qu'il s'agit dans ces cas particuliers d'une liturgie privée. Cf. Pere^rtna^io, 41, 62, etc. A l'appui de notre assertion, nous pouvons citer ce texte de Silvia : « in diebiis quadragesimœ et hoc addiinr ut ad lirliumealur » ; p. 104, elle dit

bénissait le peuple avec les mêmes cérémonies.

Cet office devait être fort court. D'après les règles anciennes, il se compose de trois ou de six psaumes K

A None (trois heures de l'après-midi), nouvelle réunion dans FAnastasie, comme à Sexte, et l'office était de même nature ^ Ces offices de la journée composaient ce que l'on appelait le cursus diwme .

A la dixième heure (quatre heures du soir) a lieu le Lucernairey qu'on appelle à Jérusalem i/^cm^co;î ,

qu'après la Pentecôte on reprend l'office ardinaire ; elle parle des autres heures, mais elle omet Tierce. Cf. aussi Hieron.ep. adLcBt. c. IX. Cette coutume de l'Eglise de Jérusalem de ne sacrifier que le mercredi et le vendredi durant la semaine, est encore confirmée par un texte important de Sévérien de Gabala, dans un sermon prononcé à Jérusalem même, au iv* siècle : « Num nova qufedam hostia in festo illo offerlur?Num illa alia est mactatio et illa alia ? Num aliuddecus mysteriorum in paschate est et aliud in dominica, atque feria quarto, et die veneris ? Quotiescumque agas memoriam passionis Christi, pascham peragis. » Severiani homiliœ (éd. Aucher), Yenetiis, 1827, p. 187. S. Epiphane, in Expos, fidei, n. 22, indique commejours de synaxe eucharistique le mercredi et le vendredi. Cf. aussi Tertullien, De oratione, cap. ult. Quoique Silvia ne parle pas de Tierce pour les jours de la semaine, l'habitude de faire à cette heure une prière officielle ou privée est d'origine apostolique : elle est rappelée dans les Actes des apôtres, la oioa/r, , les auteurs du ne siècle, etc.

'I. Six psaumes, selon les règle.*» de Cassien iinstit., III. 2), de saint Césaire, de saint Aurélien ; trois, selon la règle de saint Banoît. Selon Cassien, les moines de Palestine et de Mésopotamie disent 3 psaumes à ces heures (/. c, II, 5, 6 ; III, 3).

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