Peregrinatio, p
(lu mot ^rcc Xj/v-xàv qui a le même sens, c'est-àdire Toffice des lumières^ On l'appelait ainsi parce qu'on allumait toutes les lampes ou les ilambeaux de l'église, cequi fait, dit Silvia. « une lumière infinie ». Cette lumière se prenait au feu qui nuit et jour brûlait devant le Saint Sépulcre.
C'était le plus solennel, des offices de la journée; il présente quelque analogie avec nos vêpres et se composait d'antiennes et des psaumes appelés lucernales *.
\. Silvia, comme on le voit ici et dans plusieurs autres passages, avait dans sa prononciation l'usage de l'iotacisme.
2. Socrale emploie le même terme que Silvia, >'j/v'.y.ôv, H. E., V, l\ . Lq moi Lucernarium ou hora lucernaria, est usité en Occident (Hieron., Comni. in ps. 118 ; Cassien, Instit., III, 3). Les Constitutions Apostoliques mentionnent aussi cet office, XIII, 31, et VIII, 34. On cite quelquefois comme ayant été composée pour cette heure l'hymne de Prudence Ad incensum lucernœ, et on nie que le poète y ait eu en vue la cérémonie du cierge pascal au samedi saint. C'est une erreur dans laquelle sont tombés trop decritiquesmodernes.il suffit de lire cette hymne pour voir qu'elle a été composée non pour le lucernaire, mais pour le cierge pascal. Arevalo, qui lui-même avait commis cette méprise, la reconnut plus tard loyalement ; Prwt/e/i/i carmina, t. I, 12i (éd. 1788). Voyez aussi ce que nous disons plus loin à propos des cérémonies du samedi saint. Sur la profusion des lumières dans l'église à l'office du Lucernaire, cf. S. Paulin, Patr. Lut., t. LXI, 585 ; Mabillon, De Lit. Gnllic, éd. 1720, p. 141-142 ; les Constitvtions Aposl. (V II. 35 ; II, 59) appeWenl psalmum lucernalem, le ps. 140, zTjX'y/y.oQ -HX.jio;. Saint Basile parle d'un cantique ou d'une hymne, chanté au moment où l'on allume les flambeaux (De
L'évêque arrivait au milieu de l'office, prenait place sur son siège, entouré de ses prêtres qui, eux aussi, étaient assis, et on continuait à dire des hymnes et des antiennes. A la fin de l'office avait lieu la proclamation des noms ou litanie dont nous avons parlé ci-dessus. Tout se passait ensuite comme le matin à l'heure des Laudes : bénédiction par l'évêque des catéchumènes et des fidèles, baisemcnt des mains de l'évêque et renvoi du peuple. Seulement il y avait ceci de particulier, le soir : c'est qu'avant de se séparer, évêque, clergé et peuple, allaient processionnellement, au chant des hymnes, à la chapelle de la Croix. Devant la relique, l'évêque faisait encore oraison pour les catéchumènes et pour les fidèles; il bénissait les uns et les autres et on lui baisait les mains. On passait ensuite derrière la croix où s'étendait, comme par devant, un espace libre pour le peuple, et l'on recommençait la même cérémonie. Quand on se séparait, la nuit était déjà venue ^ .
Spir. sancto, n. 17, Putr. Gr., t. XXXU, c. 209) ; c'est sans doute l'jiJLvo; Etf-spivoî, Lumen hilare, conservé dans lesConstit. Apost. Cf. U. Chevalier, Bibliothèque Liturgique, I, Im, Poésie Liturgique du moyen âge, p. 47. Sur le nombre des psaumes chantés, il y eut aussi diversité dans les églises. Cf. Martène, De ant. ecd. ritihus, IV, 8, n. 7 ; De mit. Monach. rit., 1. I. c. \0,
\. Peregrinatio, p. 79. Les Constitutions Apostoliques mentionnent aussi cette bénédiction et donnent quelques autres détails sur cet office, VU, 48 ; VIII. 36, .37.
LA LlTrKGIE DE JKRUSALRM 41)
Tels étaient les offices, les jours de la semaine en temps ordinaire. Le mercredi et le vendredi étaient des jours de synaxe eucharistique et de station ou de jeûne, même pour les-catéchumènes ; on ne prenait le repas, d'après les anciennes coutumes, qu'après trois heures de l'après-midi. On allait célébrer l'office de None à l'église de Sion, à moins que ce jourlà ne tombât une fête de martyr, qui dispensait du jeûne'.
Silvia ne fait aucune mention de Compiles. Cet office n'est pas encore détaché du Lucernaire. Son exis-
H « Adnonam aulem, quia consuetudo est semper, id est toto anno, quarta feria et sexta feria ad nona in Syon procedi, quoniamin istis locis, excepto si martyriorum dies evenerit, semper quarta et sexta feria etiam et a catechuminis jejunatur, et ideo ad nonam ia Syon proceditur. Nam si fortuite in quadragesimis martyrorum dies evenerit quarta feria aut sexta feria, neque ad nona in Syon proceditur. Diebus vero quadragesimarum, ut superius dixi, quarta feria ad nona in Syon proceditur juxta consuetudinem totius anni, et omnia aguntur, quse consuetudo est ad nonam agi pra?ter oblatio. » Peregrinatio, 1. c, p. 86, 87. Comme il s'agit du carême dans ce passage, le sens, qui est assez confus, me paraît être pour la dernière phrase, qu'en dehors du carême il y ^^^t'* l'oblation le mercredi et le vendredi. Le jeûne du vendredi et du samedi est aussi observé dans la Liturgie des Nestoriens. Assemani (IH, 2^1 pars, p. cGCLxxxvi), et pour les temps les plus reculés, voir Tert., De Jejunio, U ; Clem. Alex.. Strom. ; Origène, S. Epiphane, etc. Cf. Duguet, Conférences erxlésiast., 7e dissertation, sur l'ancienne pratique du jeune, I, 118 et seq.
tence comme office spécial, ainsi que celle de Prime, est monastique. Les moines, avant de se livrer au repos, faisaient une prière. La règle de saint Benoît, qui paraît le plus ancien témoignage historique que l'on puisse invoquer, donne à cette prière le nom de Compiles, Complet orium, complément delà journée ; par la règle bénédictine, elle pénétra en Occident, \ et, comme Prime, fit bientôt partie de l'office des clercs ' .
Le dimanche, il y a plusieurs modifications dans l'office. Le concours du peuple est beaucoup plus grand. Ce n'est plus seulement l'office des moines et des vierges, c'est l'office de tout le peuple chrétien, le vieil office du dimanche dont l'institution remonte à la plus haute antiquité chrétienne ^ Dès le milieu
\. Saint Basile parle aussi d'une prière du soir, De Spiritu sancto, p. 73, et Rey. fus. interp., 37 'Pat7-. Gr. XXXI, 10-15). On a cru à tort qu'il s'agissait ici de Complies. Chez S. Basile, il ne semble pas que les Complies soient encore séparées de l'office du Lucernaire. Pour les textes de S. Jean Chrysostome et de Cassien interprétés aussi à tort dans le même sens, cf. Baiimer, Le. p. il ; Rp.rjula sancti Benedictl, cap. XVI.
2. S. Paul, I. Cor. xvi, 2 ; Actes, xx, 7; Apocal,, i, 10, etc. Cf. Kraus, Real Encyclopaedie, T, 466 ; Arnoldt, De antiq. diei dominici, Progr. paschale univ. Région., 1754, dans Volbeding, Thésaurus commentalionum, Lips., 1846. Le même ouvrage contient aussi la disserlalion de Franck, De Die dominici, et celle d'Albert, De celebratione sabbati et diei dominici inter veteres el recentiores.
d(' la nuit le peuple accourt pour roffice des Vigiles ; il se réunit sous les portiques de la basilique; les lampes sout allumées, on s'assied, et on récite des hymnes et des antiennes, après lesquelles les prêtres el les diacres disent les oraisons. Cet office ne paraît correspondre à aucune des parties liturgiques aujourd'hui en usage. M. l'abbé Duchesne y voit un vestige de l'antique réunion qui, durant les premiers siècles du christianisme, avait lieu dans la nuit du dimanche et des jours de stations (vigiles stationales), et qui se composait de lectures et d'homélies, entremêlées du chant des psaumes et de prières ; cet office, coordonné à une messe à laquelle le peuple et les clercs assistaient, se serait ensuite combiné avec celui des Matines qui rélimina K Mais il n'y a pas trace de lectures et d'homélies dans le texte de Silvia ; d'après les termes qu'elle emploie, ces prières ne paraissent avoir d'autre but que d'occuper les fidèles en attendant le commencement de l'office ^
1. Cf. Duchesne, Les origines du culte chrétien, p. 219 et 435. Il resterait un souvenir de cette ancienne synaxe nocturne à l'office du samedi saint et de la veille de la Pentecôte, dans la série des leçons, répons et oraisons qui précèdent la messe.
2. Peregrinatio, p. 79. « Dtmi enim verentur, ne ad pullovum cantum non occnrrant, antecessus veninnt, et ibi sedent (se. in basilica). Et dicuntuv ymni, necnon et antipkonœ ; et fiunt orationes cata singulos ymnos vel antiphonas. »
C'est au premier chant du coq, au milieu de la nuit, que s'ouvrent les portes de l'Anastasie; la basilique est brillamment illuminée. L'évêque entre tout de suite dans la grotte du Saint-Sépulcre. Le document que nous étudions nous donne ici des renseignements plus précis sur la composition interne de cet office. Un prêtre dit un psaume auquel tous répondent, et on fait une prière ; puis un diacre récite un autrepsaumesuivi^commele précédent, d'une oraison; enfin un troisième psaume est dit par un clerc, et on fait ensuite la mémoire de diverses personnes comme les jours de semaine. Silvia nous dit ailleurs que ces oraisons ne peuvent être récitées que par les prêtres ou les clercs.
Après ces prières, on brûle des parfums dans la grotte, et l'odeur se répand dans toute la basilique. L'évêque, qui est jusqu'alors resté dans Tintérieur du saint tombeau, s'avance vers le seuil et lit dans l'iCvangile le passage de la résurrection de Notre-Seigneur. « Or, dit Silvia, à la lecture de tout ce que le Seigneur a souffert pour nous, la foule des fidèles est pénétrée d'une si grande douleur, que même les plus insensés ne peuvent s'empêcher de pousser des gémissements et de verser d'abondantes larmes'. »
1 . Peregrinatio, ib. Silvia parle même de rugissements et 'de mugissements : « Quod cutn ceperit legi, lantus rugitus et mugitus
C'est tous les dimanches que se lit aux vigiles i'6vangilo Je la résurrection. Les autres jours, il n'en est pas fait mention '. On remarquera que la lecture de l'évangile à Matines a subsiste avec un cérémonial à peu pr^s semblable dans le rite monastique, notamment aux Matines pontificales ; seulement cette lecture varie selon les fêtes, tandis qu'à Jérusalem c'était toujours l'évangile de la résurrection, à cause des souvenirs locaux. La lecture de l'homélie sur l'Evangile, dans la liturgie romaine, n'est-elle pas un autre vestige de cet usage, et n'est-ce pas de Jérusalem que cette pratique a passé dans les autres Églises?
Après cette lecture de l'évangile, l'évèque sort de la grotte, et, accompagné du peuple, il va vers la chapelle de la Croix au chant des hymnes. On dit un psaume, une oraison, puis il bénit les fidèles avec les mêmes cérémonies que les jours ordinaires. Le renvoi a lieu ensuite.
L'évèque se retire alors, et va prendre quelque repos, ainsi que les simples fidèles^ tandis que les moines et quelques personnes pieuses reviennent à
fit omnium hominum et tantœ lacrim i utquamvis durissimus possii moveri in lacrimis dominum pro nobis tauta sustinuisse. »