‹ Les Eglises de JérusalemChapitre 14 sur 60 · Pererp'inatio · texte numérisé non relu

Pererp'inatio

dos termes dont se sert Silvia pour désigner les diiïércntes parties de l'office.

Elle nous parle des psaumes, des cantiques, des antiennes, des hymnes, des leçons, des oraisons qui se récitent ou se chantent ; mais l'interprétation de ces mots est loin d'être aisée dans les documents anciens. Les écrivains de cette époque, parlant d'une chose que tous connaissaient et pratiquaient, ne prenaient pas la peine de s^expliquer en détail.

Pour les psaumes, il n'y a pas de difficulté, L'office liturgique se composait, dans la plus haute antiquité, et déjà chez les Juifs, d'un certain nombre de psaumes récités ou chantés. Mais quelle était la méthode de récitation employée à Jérusalem?

Silvia se sert souvent de cette expression responduntur psalmi^ on répond aux psaumes, ou de termes analogues. Il s'agit sans doute ici du psalmus responsorius ou du répons. Les Constitutions Apostoliques, Cassien et saint Cyrille de Jérusalem complètent sur ce point la description de Silvia. Un lecteur ou un chantre dit ou chante le psaume en solo, et à certains moments tous les fidèles reprennent un des versets ou une partie d'un verset. Saint Cyrille parle, dans une de ses catéchèses, de la voix de celui qui psalmodie, comme une musique céleste, et qui nous invite à la communion des saints mystères en

chantant ces paroles : Gustate et videte, quod bonus est Domiïws*. Il s'agit évidemment ici du psaume chanté à la communion.

On croit généralement que cette manière de chanter le psaume en répons fut la seule connue jusqu'au milieu du iv" siècle ^.

Un autre mode d'exécution s'introduisit vers le milieu de ce siècle, Vantiphona ou antienne, qui consistait à chanter alternativement à deux chœurs les versets du psaume. Cet usage prit naissance à Antioche de 344 à 357 et se répandit bientôt dans les autres Eglises. Quand Silvia nous parle des antiennes, il est probable qu'elle fait allusion à ce chant alterné. Saint Basile constate, en 373, que cette pratique des deux chœurs pour le chant des psaumes est en usage en Mésopotamie, en Palestine, en Syrie, etc. Elle était connue aussi à Milan et sans doute en Gaule, car Silvia, qui vient de ce pays, n'aurait pas manqué de signaler le fait comme une nouveauté ^

1. S. Cyrille, Catéch., XXIII, n. 21 ; cf. aussi, même catéchèse, n. 26, avec la note de Dom Touttée ; Constit. Apost., II, 59 ; Cassien, Institut., II, 4-12 ; certaines pièces de chant usitées de nos jours encore, le graduel par exemple, sans parler des répons proprement dits, ne sont autre chose que le psalmus responsorialis chanté sous une forme un peu dififérente.

2. Cardinal Bona, De iit'ina psalmodia, cap. x\i,% 10, et 16, etc. ; Duchesne, Origines du culte chrétien, 107-108.

3. On peut se demander toutefois si le chant alternatif ou la

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Ce qu'elle remarque à plusieurs reprises, c'est qu'à Jérusalem les psaumes aussi bieu que les autres parties de roffice sont désignés d'après un choix très judicieux, propres à cette Eglise, et répondent toujours aux circonstances des temps et des lieux, c'està-dire que, d'après les fêtes de l'année, ils rappellent le souvenir des différents mystères de la vie, de la passion, de la résurrection et de l'ascension du Christ. Cette remarque paraît l'avoir beaucoup frappée ; elle confirme ce que nous avons déjà dit sur le caractère local et propre de cette liturgie hiérosolymitaine * .

Les cantiques dont nous parle Silvia sont sans aucun doute les portions de l'ancien ou du nouveau Testament, désignés encore aujourd'hui sous ce titre, comme, par exemple, le cantique de Moïse, celui d'Isaïe, ceux du Deutéronome, d'Anne, etc.

Pour les hymnes, la question est plus difficile. Qu'entend-elle par ce terme ? Les hymnes, dans le sens que nous attachons au mot, c'est-à-dire de petits poèmes composés pour la liturgie, n'avaient

psalmodie alternative ne sont pas plus anciens dans l'Eglise et si des recherches plus approfondies n'amèneront pas les liturgistes à entendre dans un autre sens le terme d'antiphona.

\. Apti loco et tempori... apti semper et ita rationales ut ad ipsa pertineant quœ agititr... Peregrinatio,p. 84, et alibi passim. Voyez aussi le texte que nous citons plus loin à propos des hymnes, des leçons et des oraisons.

pas encore conquis droit de cité dans les Eglises. L'Eglise romaine, qui fut, il est vrai, une des dernières à les admettre, ne leur avait pas encore donné une place officielle dans sa liturgie au viii« siècle*. Dans l'antiquité, le mot d'hymne a une acception beaucoup plus large : 'Tiavoç, 6|r/îoj signifie, selon le langage du nouveau Testament, chanter, rendre grâces à Dieu. Dans saint Augustin et saint Isidore de Séville, les psaumes.de David et les cantiques de l'ancien et du nouveau Testament sont appelés hymnes *. Pour

\. Ce dernier point est toutefois contesté par M. U. Chevalier, qui n'admet pas une date aussi tardive. Etudes liturgiques sur l'hymnologie, Paris, 1894, p. 19.

2. Cf. Arevalo, Hymnodia hispanica, dissert, prœvia (Rome, 4786) ; Thierfelder, De Christianorum psalmis, et hymnis usque ad Ambrosii tempora, Lipsia-, 1868 ; Kayser, Beilrage zur Gescli. u. Erkl. der altesteti Kii-chenhymnen, et l'abbé Chevalier, Bibliothèque liturgique, I, Poésie liturgique, p. 23. Dans le Liber Pontificalis, ce dernier auteur a relevé seize fois l'expression cum hymnis et canticis spiritualibus dans le sens de psaumes (ibid., p. 23). Saint Jérôme nous explique aussi dans le même sens le mot hymne : « quid intersit inter psalmum et hymnum et canticum, in psalterio plenissime diximus. Nunc autem breviter hymnos esse dicendum, qui fortiludinem et majestatem prœdicant Dei, et ejusdem semper vel bénéficia vel facta mirantur, quod omnes psalmi continent, quibus alléluia vel prsepositum, vel subjectum est. Psalmi autem proprie ad elhicum locum pertinent, ut per organum corporis, quid faciendum et vitandum sit noverimus. Qui vero de superioribus disputai et concentum mundi omniumque creaturarum ordinem atque concordiam subti-

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Silvia. le liMiut' a encore ce sens très général ; les iiymiies, ce sont pour elle lespsaumes et les cantiques, et, sans doute aussi, certains chants d'une origine très ancienne, c'oninu' ieGloriain cxcelsis ,]eLaiidamîis tt\ cl (juelques autres prières de môme nature dont on retrouve des vestiges dans les plus anciens documents'. Nous croirions aussi que chez Silvia le terme d'hymnes s'emploie quelquefois par opposition à antiennes, psaumes chantés à deux chœurs, et signifie des psaumes chantés à l'unisson. Ainsi on trouve souvent chez elle des phrases comme celle-ci : clic mit ur hymni et jjsa/nù rcspondentur similiter et antiphonœ et cata singulos hijmnos fit oratio ; les laudes qui se composent de psaumes sont appelées par elle hymnes matutinales ; pour désigner les vigiles qui se composent aussi en grande partie de psaumes, elle dit plusieurs fois : clic untur hymni seu ou vel antiphonge. Elle désigne aussi par ce terme les

lis disputator edisserit, iste spirituale canticum canit {inEph., v, 19). Sur le sens de ce mot dans le nouveau Testament et chez les Juifs, cf. Walch, De hyinnis Ecclesiœ apost., lena, 1737, et Hilligerus, Diss.de psalmorum, hymnorum et odarum discrimine (Viteb. 1720).

l.Pitra, Hyvinographie de F Eglise grecque, p. 35-36 ; Bouvy, le Rythme tonique dans l'hyinnographie de l'Eglise grecque, et les Cantiques de l'Eglise primitive {Lettres chrétiennes, iV, 189) ; Christ et Paranikas, Anthologia grœca, 39-40.

chants de la messe des catéchumènes ^ Dans ces diflcrents cas, le mot hymne est évidemment synonyme de psaume ou de cantique.

Quant à l'acception particulière que Silvia donne à ce terme de psaumes ou de cantiques chantés par tout le peuple, elle nous paraît résulter de ce fait qu'elle l'emploie souvent par opposition au psaume chanté en répons ou au psaume antiphoné; elle s'en sert encore toutes les fois qu'il s'agit d'un chant public auquel tout le peuple prend part : ainsi quand on vient en procession d'une église à l'autre, quand on accompagne l'évêque à travers la ville, etc.

Les leçons, Lectiones, sont encore une des parties les plus importantes de l'office ; c'étaient des lectures tirées de l'ancien ou du nouveau Testament. De bonne heure et dès le quatrième et le cinquième siècle on prit l'habitude d'emprunter ces lectures, non plus seulement à la sainte Ecriture, mais encore aux Actes des martyrs, aux écrits, sermons, homélies, commentaires des Pères de l'Eglise. Silvia l'emploie exclusivement dans le premier sens. Il y aurait grand intérêt à savoir dans quel ordre ces lectures étaient faites ; mais elle ne nous donne aucun renseignement sur ce point, si ce n'est pour certaines lectures tirées de

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