Peregvinatio, p
jj. Matth. XXI. La même lecture est indiquée dans les plus anciens documents, entre autres dans l'Évangéliaire syriaque de Rabulas de 586 (Bible de Wallon, t. V), ad vesperam dommirœ Palmarum. et aussi dans les lectures de l'Eglise copte. Malan, Originals documents of the coptic Church, IV, au 1' dimanche de carême, appelé le «limanche Hosarnia.
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compagnées toujours comme d'un refrain de ces mois : Ik'nl soif celui qui vient au nom du Seigneur !
Or, si l'on compare à cet office celui que nous célébrons aujourd'hui dans l'Eglise romaine pour la bénédiction des Rameaux, on trouvera entre les deux les plus frappantes analogies : lecture du livre de l'Exode, oraisons^ lecture du même passage de saint Matthieu, chant de psaumes et d'antiennes, procession avec le chant du Pueri Hebrœorum,benedictus qui venit in nomine Domini ; tout cela constitue un ensemble de facture très antique, très particulière ; et si l'on veut se rappeler d'autre part que cette cérémonie a son origine dans l'Eglise de Jérusalem, il n'est pas téméraire de conclure que dans la liturgie de ce jour aussi bien que dans le chant qui accompagne les paroles, nous avons un écho lidèle des antiennes et des répons qu'entendit Silvia au ive siècle, sur le mont des Oliviers.
Elle ne nous dit rien de la bénédiction des Rameaux qui paraît d'époque postérieure, mais elle nous décrit la procession. Tous les enfants, même ceux qui, ne pouvant encore marcher à cause de leur jeune âge, sont portés au cou de leurs mères, ont dans les mains des rameaux de palmier et d'olivier ; et l'évêque, qui représente le Seigneur, est conduit, comme lui, sur un âne, du sommet de la monta-
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gne à l'église de la Résurrection ; les personnes de qualité, hommes et femmes, ont aussi des montures ' ; on va très lentement pour ne pas fatiguer le peuple. A l'église de la Résurrection, on célèbre l'office du Lucernaire, la nuit étant déjà venue.
Ce passage est assurément l'un des plus intéressants du récit de Silvia. Les liturgistes et les critiques étaient encore divisés au sujet de l'origine de cette cérémonie. Les sermons de saint Epiphane et de saint Jean Ghrysostome qui en font mention, sont rejetés avec raison comme apocryphes et postérieurs à cette époque. Une oraison du sacramentaire grégorien qui paraît s'y rapporter, était aussi considérée comme ajoutée postérieurement. Dom Martcne, Grancolas, Catalani, Baillet et d'autres après eux, prétendent que l'on ne trouve pas de trace de cette procession avant le viiie ou le ix« siècle. Le passage de la Peregrinatio que nous citons, dirime le débat. Du reste, même avant cette découverte, on aurait pu conclure à l'existence de ce rit,
4, C'est du moins ainsi que je crois devoir interpréter ce passage : « et sic deducitur episcopus in eo typo, quo tune Dominus deductus est. Et de summo monte usque ad civitatem, et inde ad Anaslase per totam civitatem, totum pedibus : omnis sedet, si quœ malronœ sunt, aut si qui domini: sic deducunt episcopum respondentes, et sic lenle et lente, ne lassetur popalus... » Peregrinalw, p. 9i,
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(l'iiu texte' do saint Cyrille de Jérusalem qui parle, dans une de ses catéchises, « du palmier dans la vallée^ dont les branches servent aux enfants qui acclament joyeusement le Christ K »
Ce qui est certain, c'est que ce rit, d'abord particulier à Jérusalem, ne se répandit que peu à peu dans les autres Eglises ; en Occident il ne fut introduit que vers le vu® ou le viii" siècle ^-.
\. Catéchèse x, 19. Ce texte a été déjà signalé par dom Hugues Ménard, in S. Greg. libr. Sacrarn., note 234 (Migne, P. Lut., Opéra S. Gregorii Magni, IV, SIO). Seulement Ménard lisait ~àj'. au lieu de tzt.'.'ji; cette dernière leçon est évidemment la bonne, car elle cadre avec le récit de Silvia. L'opinion de Ménard, qui voyait dans co texte la preuve du rit de la procession des Rameaux, était discutée. L'abbé Houssaye, dans un intéressant article sur les Cérémonies de la semaine sainte, leur antiquité, leur histoire (Revue des questions historiques, t. XXIII, p. 446), se demande avec étonnement comment dom Martène, dans son de Antiquis Ecclesiœ ritibus, 1. IV, c. XX, t. III, p, 193, peut contester la thèse de Hugues Ménard, alors que lui-même, dans son Thésaurus Anecdotorum, t. IV, publie un calendrier fort ancien où ce dimanche est appelé déjà in Palmas. La raison est que dom Martène eût été assez empêché de se rappeler, dans le premier de ces ouvrages son Thésaurus, qui ne fut publié que très postérieurement. Il est encore question de la cérémonie des Rameaux dans l'Historia Lausiuca, ch. xxxix, dans les Lettres festales de saint Alhanase, et dans plusieurs homélies du iv» siècle: it^ zt. [3ata. Cf. Montfaucon, Collectio Nova Patrum, t. II, p. xvn, xvni.
2. Renl-EnryrAopddie, II, 580; Duchesne, Origines du coite chrétien, p. 237.
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Les trois premiers jours de la semaine sainte, quelques modifications sont introduites dans la liturgie. Les hymnes, antiennes et oraisons sont propres; pour l'heure de r^one, la synaxe a lieu dans l'église du Golgotha, et non, comme à l'ordinaire, dans celle de la Résurrection. Ce n'est pas l'office de JNone ordinaire; il est plus long et admet des leçons. Le Lucernaire se fait aussi au Golgotha, contrairement à l'usage des autres temps. Le renvoi a lieu plus tard dans la nuit ; on conduit l'évêque dans l'Anastasieau chant des hymnes, et il y bénit les catéchumènes et les fidèles selon le rit ordinaire *.
Désormais la liturgie va> serrer de plus près le texte évangélique ; elle nous fera suivre pas à pas le Seigneur dans sa Passion et sa mort. Ainsi le mardi soir, après le Lucernaire, on va au mont des Oliviers ; l'évêque entre dans la grotte où le Seigneur enseigna ses disciples ; il prend le livre des Evangiles et lit le passage de saint Matthieu (xxv, 3, 4) : « Prenez garde afin que personne ne vous séduise. » Il y a une oraison, et l'évêque bénit catéchumènes et fidèles.
\. Pererjrinatio, p. 92. P. 92, ligne 9, il faut évidemment lire • semper orationes; lucernarium etiam agitiir ibi. M. l'abbé Duchesne, dans son édition de ce passage, avait déjà proposé celle lecture, qui est incontestable. Origines du culte, p. 485.
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Le lucrcrodi saint, après le Lucoriiaire, on va ilaus rAïuistasio; l'évèque pénètre dans la Grotte do la Uésiirrection ; un prêtre vient devant le cancel el lit dans l'Evangile le passage de la trahison de Judas. Cette lecture faite en un tel lieu et dans un toi moment excite les gémissements et les sanglots de la foule. La lecture est suivie, comme le soir précédent, de Toraison et de la bénédiction dans la forme accoutumée.
Le jeudi saint, Vigiles, Tierce et Sexte sont célébrées comme les jours précédents. Il n'est pas fait mention de la cérémonie du lavement des pieds, ni de la bénédiction des saintes huiles '.
A deux heures de l'après-midi, réunion à l'église du Golgotha; Silvia ne dit pas quel est cet office, elle se sert du terme ^^ oblatio. S'il faut entendre ici ces mots dans le sens du sacrifice complet, comme cela nous paraît très probable, il y aurait ce jour-là deux messes ^ Lorsque l'office au Golgotha est sur le point de se terminer, l'archidiacre s'adresse à la
1. Des critiques modernes donnent ces rites comme de date plus récente. Cf. Kraus, Real-Encyclopadie i, 347. Pourtant saint Cyprien en parle déjà, ep. 70, ainsi que saint Cyrille, 2" catéchèse mystagogique, et saint Basile, de Spiriiu sancio, 27. S. Aug., ep. 1 18. Ad Januar. Cf. Hildebrand apud Volbeding, /. c , I, 33.
2. Peregrinatio, p. 93 ; à rapprocher du passage p. 113. Saint Augustin dit que lejeudi saint on offrait le sacrifice le malin et le
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foule en ces termes : « A la premû^re heure de nuit (sept heures du soir) réunissons-nous à Téglise du mont des Oliviers in Eleona, car nous aurons cette nuit un grand labeur. »
11 est quatre heures ; on se rend à la chapelle de la Croix : on dit une hymne seulement, une oraison, et l'évêque offre de nouveau le Sacrifice, et tous communient. C'est le seul jour de l'année, selon la remarque de Silvia, oii Ton offre la Sacrifice à la Croix ^ Le choix de ce moment pour la messe s'explique fort bien ; car c'pst à cette heure de la journée qu'eut lieu la cène et l'institution de l'Eucharistie. Cette messe a été conservée dans notre liturgie ; mais elle a été reportée au matin.
x^près le Sacrifice célébré à la Croix, on va de nouveau dans l'église de la Résurrection pour recevoir la bénédiction ordinaire de l'évêque. On n'a que le temps de revenir ensuite quelques moments chez soi pour y prendre un léger repas, car l'heure fixée par l'archidiacre pour la réunion du soir approche; il faut partir pour VEleona. L'office se prolongera de sept heures à onze heures du soir. On continue à suivre les scènes de la Passion. Après
soir dans certaines églises, en d'aulres, le soir seulement. Ep: Liv, 5, 6.
\. Peregrinatio, p. 93 ; avec la remarque ci-dessus, p. 76.
LA l.lTUUUIIi DE JÉHUSALEM Di»
le repas ilu jeudi où ri"]ucliarislie lui instituée, .\()tre-Seip,iieiir alla avec ses disciples au mont des Oliviers ; l'otTice avait donc lieu dans l'église même où était la i;i-()lle dans laquelle le Seigneur s'entretint cette nuit-là avec ses disciples. On disait des hymnes, des antiennes^ des leçons et des oraisons, et on lisait le passage correspondant de l'Evangile dans lequel /e Seigneur, au même jour, parla à ses disciples dans la même grotte \
L'office ne se terminait à VEleona que pour recommencer presque sans intervalle dans une autre église du mont des Oliviers, VImbomon. On s'y rendait de VEleona vers minuit au chant des hvmnés, et on célébrait un nouvel office de même nature que le précédent, et dans lequel leçons, hymnes, antiennes étaient également propres.
Ce dernier office se termine au chant du coq. Mais le peuple fidèle, qui paraît infatigable cette nuit-là, se dirige ensuite vers une autre église voisine, que Silvia désigne comme ce//e oii le Christ pria, s' avançant à la distance dhin jet de pierre -.
Ce qui soutenait les fidèles au milieu de ces prières
1 . On ne voit pas trop à quel passage il est fait ici allusion. Matlh. XXVI, 38; Marc, xiv, 36?
2. Peregrinatio, p. 94. Luc xxni, 41. Pour l'emplacement de ces différentes églises, Cf. ci-dessus, p. 2^ et suiv.
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si prolungocs, c'était ovidemmont la pensée qu'ils suivaient toutes les étapes de la Passion du Sauveur, dans le lieu même oi^i riIomme-Dieu avait souffert, et qu'ils revivaient en quelque sorte ces heures d'agonie. On se contente^ dans cette église, de dire une hymne, une oraison, et on lit le passage de l'Evangile : (( Veillez de peur d'entrer en tentation \ »
Après une nouvelle oraison, on s'en revient, au chant des hymnes, jusqu'au jardin de Gethsémani, où Notre-Seigneur fut pris par les soldats. Tout le monde est à pied, même les enfants ; on s'éclaire avec des flambeaux au milieu de la nuit ; mais ia procession avance lentement, car la fatigue est extrême chez tous, par suite des jeûnes, des longues stations et des veilles prolongées -.Or, cette nuit-là, selon la remarque de Silvia, riches et pauvres, grands et petits, nul ne manque aux vigiles.
A Gethsémani, hymnes et oraisons recommencent, suivies de la récitation do l'Evangile où est racontée
1. Matth. XXVI, 40. Sur ces lectures de la Passion, voir la note à l'appendice.
2. L'éditeur croit à tort qu'il est question ici non de flambeaux Portés à la main, mais de fanaux posés le long de la roule, p. 9*.
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l;i caphife do Noti'o-Soij^'Moui' par les soldais '. De ces prières, de ces lectures, de ces souvenirs avivés par la vue des lieux, se dégage une émotion intense qui gagne tous les assistants. Ils éclatent en sanglots, et les gémissements, dit Silvia, s'entendent de Jérusalem ^ La plupart de ces rites si exclusivement locaux ne pouvaient se transporter hors de Jérusalem : aussi n'en retrouve-t-on que les lignes générales dans nos oi'iices des Ténèbres du jeudi et du vendredi.
Les diverses cérémonies que nous avons décrites durent jusqu'au matin. Et quand on rentre dans la ville, le crépuscule permet de «distinguer un homme d'un homme ».
JXous sommes au vendredi saint, le jour par excellence de « la Passio"! du Sauveur ^ >). La procession pénètre dans la ville et se dirige vers les édifices sacrés construits sur le Calvaire. Le jour s'est levé tout à fait; on s'arrête devant la Croix, et on lit
1. Luc, XXII, 48. Cette même lecture et l'une des précédentes (Mallh. xxvi) est indiquée pour l'Eglise syriaque dans l'évangéliaire de Rabulas (Walton, 1. c.) ad noctem parasceves crucifixionis.
2. Qui locus ad quod lecius fuerit, laïUus rugitus et mugitus totiiis popult est cuin flelu, ut forsan porro ad civitatem gemitus populi omnis auditus sit. {Pei egrinatio, p. 94.)
.3. Cf. S. Aug. sermo 221 ; 8. ■/. Chrysosi., opp. n, 4M.
le passage de l'Evangile qui raconte les événements du matin du grand vendredi, la comparution de Jésus devant Pilate. L'évêque fait sur ce texte une allocution au peuple pour le fortifier et l'encourager, car il ne faut pas oublier qu'il a travaillé toute la nuit et qu'il n'est pas au bout de ses fatigues. « Le Seigneur, dit-il, nous récompensera de ce grand travail. » Il termine en les invitant à s'aller reposer quelque temps chez eux. « Seulement, ajoute-t-il, soyez prêts à revenir à la deuxième heure (huit heures du matin) pour vénérer le bois sacré de la Croix et y puiser des grâces de salut. Puis, après midi nous nous réunirons de nouveau ici même, pour y lire des leçons et des oraisons jusqu'à la nuit \ » Mais quelques-uns, avant d'aller prendre un repos si bien gagné, poussent la dévotion jusqu'à revenir dans l'église de Sion, afin de prier et dé méditer encore devant la colonne à laquelle le Christ fut attaché durant la flagellation '. A huit heures, selon les prescriptions de l'évoque,
on s'assemble à l'édicule de la Croix, et c'est îà qu'a