LES CATÉCHUMÈNES. SILVIA ET LES CATECHESES DE S. CYRILLE DE JÉRUSALEM
Une autre question sur laquelle Silvia répand une vive lumière, c'est celle des catéchumènes. Quoique la discipline fût la même partout dans ses grandes lignes, elle comportait bien des variétés dans les points de détail. Le temps du catéchuménat, le nombre des catéchèses, leur objet, les conditions d'admission, n'étaient pas les mêmes dans toutes les Eglises '. Celle
I.Pour ne citer que quelques exemples, en Occident, l'objet des catéchèses était loraison dominicale et le Credo ; à Jérusalem et dans certaines églises elles roulaient sur le Credo; dans d'autres seulement sur le Pater ; quelquefois le Credo était commenté en deux ou trois conférences ; en d'autres églises le nombre des conférences était plus grand, etc. Cf. Probst, Lehre und Gebet in den drei ersten christl. Jahrhund. (Tubingue, 1871) et dom Touttée dans Migne, P. gr., t. XXXIII, p. 145 suiv. Les catéchèses de saint Cyrille que nous avons, sont très probablement de l'année 348. Voyez la démonstration de dom Touttée qui écarte les dates postérieures ou antérieures que l'on avait proposées (Migne, l. c, p. 154). Dans tous les cas, il n'y a que peu d'années de différence entre saint Cyrille et Silvia, et les usages n'avaient pas eu le temps de se modifier sensiblement.
de Jérusalem avait pour ses catéchumènes une vigilance toute spéciale. Ce qui donne plus d'intérêt aux détails que nous pouvons recueillir dans la Peregrinatio sur ce sujet, c'est qu'ils nous permettent d'éclairer le texte de saint Cyrille et de fournir sur ses catéchèses des notions que ses anciens interprètes, malgré leur érudition, ne pouvaient soupçonner. Quant aux auteurs plus modernes, ils n'ont pas encore songé à étudier la Po^egrinatio à ce point de vue^
Silvia comme saint Cyrille ne connaît que deux catégories dans les catéchumènes : les midientes ou écoutants, qui composent la première classe, et les electi ou compétents, qui sont arrivés au second degré de l'initiation chrétienne. Du reste, il est prouvé aujourd'hui qu'il n'a jamais existé parmi les catéchumènes que ces deux catégories ; les autres classes , fientes, prostrati ou orantes,(\\\.e. l'on a imaginées, ne reposent que sur des textes mal interprétés 2.
1 . Th. Plitt,de Cyrilli hieros. urationibus quœ exslant catecheticis (Heidelberg, 1855) et Kluck, der Katechumenatnach dem heilige Cyrill von Jérusalem {Katnolik, ^878, II, 132-149), sont antérieurs ; mais le docteur Mader, qui a publié en 1891 son ouvrage que nous avons déjà cité, ne fait même pas allusion à la Peregrinalio : Der heil. Cyrillus, Bischof von Jérusalem in seinein Leben il. seinem Schriften.
2. C'est la thèse établie par Mayer, Gesch. des Katechumenats
Silvia lie s'occiipo pasde la catégorie des midicntes. ('os caléchiimî'nes n'olaii'iil pas soumis à toutes les siH'érités delà loi clirrlicimc; iirannioins ils vivaient de la vie des fidMes, et dans leur compagnie, assistaient à presque tous les offices, sauf la synaxe eucharistique, et jouissaient des privilèges de la fraternité chrétienne. Plusieurs s'accommodaient si bien de cette vie qu'ils attendaient la vieillesse ou la menace d'une mort prochaine pour se faire initier et baptiser. Il n'est pas rare de rencontrer, dans les conciles et les Pères de rEglisc de cette époque, des plaintes assez vives contre cet abus.
Pour entrer dans la catégorie des compétents qui se préparaient directement au baptême, il fallait avoir passé un certain temps parmi les audientes. Le concile d'Elvire, qui contient toute une législation au sujet des catéchumènes, exige deux ans de stage dans les cas ordinaires, trois ans pour ceux qui ont été tlamines ou prêtres des dieux. Les constitutions apostoliques exigent trois ans dans tous les cas ^
u. der Katechese,eX par Funk(r/ico/. Quartalschrift, 1883, p. 41), thèse moins nouvelle du reste qu'on ne l'a cru. Dom Touttée l'enseigne déjà : De catechesibus Cyrilli, apud Migne, P. gr., t. XXXIII, 143 suiv. Cf. cependant les observations de Probst sur cette thèse: Geschirhte der katholisi-hen Kalerhese, Breslau, 1886,p. 6, et Katechese u. Predigt, 1884, p. 99, et Mader, /. c. p. 140, 141. 1. Concil. Illib., c. 4, 9, 29, 42, 45, 68, etc. Cf. Duguet, C'on-
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Celui qui a rempli cette condition préalable et qui veut passer dans la classe des compétents, donne son nom au commencement du carême. Un prêtre inscrit ce nom sur un registre ; cette inscription qui était faite solennellement constituait un engagement sérieux; en temps de persécution elle pouvait devenir pour le catéchumène la cause de graves dangers. Sous Dioclétien les persécuteurs, pour atteindre sûrement les chrétiens, se procurèrent quelquefois à prix d'argent ces matricules. Ceux des chrétiens qui, trahissant leurs frères, livrèrent ainsi ces cahiers aux bourreaux, furent appelés traditeiirs, et l'Eglise les frappa des mêmes peines que les autres traditeurs qui avaient livré les saintes Ecritures ou les vases sacrés K
Saint Cyrille dans sa procatéchèse nous parle aussi de cette cérémonie de l'inscription -. Il nous dit
férences ecclésiastiques, t. I, 18» dissertation. Ce concile, d'après l'opinion la plus commune, se tint au commencement du iv« siècle ou à la fin du me. Conslit. apost., vni, 32. Sur ces flamines cf. Duchesne : Le Concile d' Elvire et les famines chrétiens (Mélanges Rénier).
4. Concil. Arel. c. xiii. « De his qui Scripturas sacras Iradidisse dicuntur, velvasa Domini, vel nomina fratrum suorum, placuit nobis... ut ab ordine cleri amoveantur. . »
2. 'E'.a-^XOîi; ■ -/.aTTj^'.wÔT,; * ovofjia <toj ÈvsyP^ot,... M'.5; ii.T,Tpà; yt-f'yi^-zt 'j'-ol -/.al ^'j-(7.-.izz;, rj\ à-'j-'paoivTî;. Migne, t. XXXIil, 340 et 3o3.
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lormcUemont, d'accord avec Silvia, qu'elle avait lieu le premier dimanche de carême, et non le second, comme quelques auteurs l'ont pensé, ni le troisième et le quatrième, comme c'était la coutume chez les Latins *.
Le lendemain les catéchèses commencent. On pose la chaire de l'évèque au milieu de l'église du Golgotha - . Les prêtres s'asseyent de chaque côté sur des
1. Peregrinatio, p. 104 ; S, Cyrille, procaf. (Migne, P.gr., t. XXXIII, p. 333, note 3). Marligny, Dict. des antiquités chrét., 2* éd. yo catéchuménat, indique à tort le 2» dimanche. Ce qui a été une cause d'erreur pour lui, pour Touttée et pour quelques autres, c'est, comme nous l'avons déjà dit, que dans le compte des quarante jours de Carême, ils ont oublié de défalquer les samedis.
2. Garaurrini {Peregrinatio, p. 95, note 2) pense que cette chaire n'était autre que celle de saint Jacques, premier évéque de Jérusalem, conservée dans l'église de Sion. L'hypolhèse n'est pas invraisemblable. Pierre Diacre, qui l'emprunte sans doute à Silvia, comme il lui a emprunté tant de traits, dit à ce propos: « In ecclesia vero quœ dicitur sancta Sion est thronus Jacobi fratris Domini. y) De locis sanctis, apud Gamurrini.p.i'lS. Sulpice Sévère ditla même chose dans la vie de saint Martin (éd. de Prato, I, 389). On sait aujourd'hui avec quel soin on conserva dans certaines églises les chaires des premiers fondateurs. Sur la chaire de saint Marc, cf. Secchi, La cattedra alexandrina di san Marco evangelistae martyre in Venezia. Venise, 1853, in-4°. Sur celle de saint Pierre à Rome, de saint Ambroise à Milan, de saint Maximien à Ravenne, cf. Real Encydopddie de Kraus au mot Kathedra. Celle de saint Jacques à Jérusalem a été certainement conservée longtemps. Eusùbe, //. ZiWlI, 1.
sièges, et les clercs restent debout. On amène un à un les compétents, les hommes avec leurs pères ou parrains, et les femmes avec leurs mères ou marraines .
L'évéque procède alors à un examen de la vie et delà conduite de celui qui se présente. 11 interroge ses voisins : « Est-il de bonne vie ? Obéit-il à ses parents ? n'a-t-il pas quelque autre vice ? » S'il est prouvé, par devant témoins, qu^il est honnête, l'évéque prend son nom ; sinon on l'invite à se retirer et à ne se présenter que lorsqu'il sera corrigé. Toute la procatéchèse de saint Cyrille n'est guère qu'un commentaire de ces paroles de l'évéque ; il énumère tous les motifs humains qui pouvaient pousser un catéchumène à se faire affilier à l'Eglise, et il exhorte ses auditeurs à n'apporter à cette initiation que de saintes dispositions et de salutaires pensées -.
1. Il est déjà question des parrains et des marraines dans saint Justin, de orth. qvœft. 156. dans Tertullien, de bapt., iS, dans saint Augustin, sei^m. I'6, 163, 219, etc. Ils sont appelés afférentes, sponsores, compalres, fideijussores, susceptores, patres et matres. C'est de ces derniers termes que se sert Silvia. Cf. aussi sur ce point la dissertation de Schuler, de susceptoribus, in-K 4688.
2. On peut voir aussi dans les canons de saint Hippolyte récemlnent commentés par Achelis, que des coutumes analogues régnaient à Rome pour la réception des catéchumènes. Texte und Unlers., VI 4. p. 76 seq.
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P(Mi(l;ml 1rs ({iiarunlo jours de jeûne qui les séparent encore de IMqucs, c'est-à-dire tous les jours sauf les samedis et les dimanches, le matin àrAnastasie, aprèsl'oflice des Matines (Laudes), ils sont exorcisés par les clercs avant la catéchèse'. Saint Cyrille nous dit en qnoi consistait cet exorcisme ; Texorciste soufllait trois fois à la face du catéchumène, et le prêtre touchait ses oreilles et ses narines en récitant des prières. Les hommes étaient séparés des femmes. A iVntioche la catéchèse précédait l'exorcisme; mais à Jérusalem, Silvia et saint Cyrille sont d'accord pour nous dire que la catéchèse ne venait qu'après l'exorcisme \
La chaire de l'évêque est alors placée dans l'église du Golgotha. Les catéchumènes se rangent tout autour, les femmes d'un côté, les hommes de l'autre, ayant auprès d'eux leurs parrains et leurs marraines et ceux du peuple qui veulent y assister, mais les fidèles seulement ; les catéchumènes de la première
1. On a nié quelquefois, mais sans motif suffisant, que cet exorcisme eût lieu chaque jour. Cf PlitL de Cyrilli hieros. oratiunibus. Heidelb., 1855, p. 138. Le texte de Silvia est formel.
2. Peregtinatio, 105; Cyrille, Catéch. i, 9 el prorat. n. 9 et n. 1 4 (Migne, 1. c. , p. 1 60) ; S. Jean Chrysostome pour l'usage d'Antioche, la ad lllumin. il est certain d'après le passage de Silvia et quoi qu'en aient pensé dom Touttée et d'autres auteurs, que la catéchèse avait lieu chaque jour comme l'exorcisme.
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classe ne sont pas admis, parce que les mystères ne doivent pas leur être révélés. Saint Cyrille dans sa procatéchèse recommande à ses auditeurs de ne pas livrer à ces catéchumènes le secret des instructions *.
En quel lieu se donnaient les catéchèses ? La question restait obscure malgré toutes les recherches auxquelles on s'était livré ; il était réservé à notre document de faire aussi la lumière sur ce point. Dom Touttée combat par d'excellentes raisons ceux qui croyaient que ces fameuses catéchèses avaient été prêchéessoit dans le vestibule du baptistère, soit sous les portiques de la basilique ; mais son système topographique étant erroné, il pense que c'est dans l'église de la Résurrection que saint Cyrille a prononcé tous ses discours durant le carême, et que les catéchèses mystagogiques ont été données dans l'intérieur même de la grotte du Saint-Sépulcre ^. Mais lévèque seul pouvait pénétrer dans la grotte du Saint-Sépulcre ; il eût été du reste matériellement impossible d'y introduire tous les catéchumènes.
Le texte deSilvia, qui d'ailleurs cadre avec les allusions topographiques de saint Cyrille, nous amène à
1. Cf. sur ces différents points dom Touttée, qui donne exacletentient les mêmes détails que Silvia d'après les catéchèses de saint Cyrille (Migne, l. c, p. i59 et 893 note 1.)