Pererjrinatio, ). c, p. 76, 84, Si, 92, 99, etc
14 LES ÉGLISES DE JPiUUSALEM
forme d'abside '. Bâtie par Constantin et sainte Hélène, cette basilique est une des grandes stations liturgiques de Jérusalem ; on s'y réunit le dimanche pour l'office du matin et pour les prédications ; les catéchumènes qui sont jugés dignes du baptême, s'y font inscrire au commencement du carême, et y assistent aux instructions ou catéchèses qui s'y donnent durant ce temps de l'année; à la fête de Pâques ils y recevront le baptême ^
C'est dans l'angle formé par la façade orientale de l'Anastasie et le côté nord, que s'étend une autre construction destinée à relier tous les édifices sacrés du Calvaire ; Silvia lui réserve d'une façon spéciale le titre de basilique. Ici encore le récit de notre voyageuse fait la lumière sur un autre point important ; ses expressions ne laissent plus aucune place pour les hypothèses qui tendaient à confondre l'Anastasie et la basilique. Elle nous dit formelle-
\. « .... Apertis balvis majoribus quœ sunt de quinlana parte.» Peregrinatio, p. 103. Ces portes s'ouvraient devant le peuple qui venait en procession du mont des Oliviers. Cf. aussi p. 106, 107. Si la loi de l'orientation voulait que la porte regardât l'occident et que l'abside fût' à l'orient {Conslit. Aposl., II, oj), il faut remarquer qu'on dérogeait souvent à cette règle, surtout quand la disposition des lieux l'exigeait ainsi, ce qui était précisément le cas pour les églises du Calvaire.
i. Peregrinatio, p. 80, 85, 90, etc.
LUS tGLISKS DE JÉRISALEM 15
ment que cette dernière est auprès de l'Anastasie, mais cependant au dehors, locus juxta Anastasim, foras tamen *. Ce lieu, qu'elle appelle la basilique, formait une sorte de grand atrium ou cour entourée de portiques. Le peuple s'y réunissait le dimanche et les jours de fête, vers le milieu de la nuit, pour y attendre l'ouverture des portes de l'Anastasie où l'on célébrait les Vigiles. On allumait des lampes et on récitait des psaumes et des hymnes pour occuper pieusement le temps et se préparer à l'office divin ; mais ce n'était pas un temple proprement dit; du moins n'est-il nulle part question, dans notre texte ni ailleurs, qu'on y célèbre le Sacrifice ou les autres offices liturgiques, ou qu'on y fasse des prédications.
11 est un quatrième édifice que Silvia place encore sur le Calvaire et qu'elle appelle la Croix. C'est un édicule dans lequel on conservait la relique de la vraie Croix et qui était situé sans doute audessus de la citerne dont nous avons parlé tout à l'heure -. Ce petit monument faisait sans doute partie de la basilique, comme le croit M. Gamur-
\ . Pertgrinatio, p. TQ.
t. Ibidem p 78,79, 80, etc. Comparez les passages de Rufin, //wt. ecd., 1. X, c. 8 ; S.Paulin, ep. 31, n. &. ; Pratum spirit., c, 105; et la note de dom Touttée, xMigne, P. G., t. XXXIII^
rini, et il était situé du côté de Torient et à peu près sur la même ligne que le Golgotha \ Remarquons en outre que, d'après les indications de Silvia, cet édicule se trouve au milieu d'un espace libre et découvert, où le peuple se réunissait à certaines heures ; on nous parle des cérémonies qui s'accomplissent tantôt devant la croix, tantôt deriière la croix. Les fidèles s'y rendaient à la fin de certains offices pour recevoir la bénédiction de l'évèque. Le Jeudi Saint on célébrait le Sacrifice, et le lendemain avait lieu solennellementl'adoration delà Croix^. Nous pouvons maintenant, grâce à ces renseignements nouveaux, nous faire une plus juste idée de
1. Nous donnons plus loin d'après l'ouvrage de M. de Vogiié, pi. VIII, le plan du Calvaire et du Golgolha, avec la place de la citerne où fut trouvée la sainte Croix.
2. « Ante ciucem ipse locus subdivanus est id est quasi ati'ium valde grande et pulchrum satis quod est inter cruce et Anastase. » Peregrinatio, p. 97. Notre interprétation de ce passage est conforme aux textes de saint Paulin, de Théodose, d'Antonin, cités par Gamurrini, p. 78. Le teste d'Antonin cadre parfaitement avec celui de Silvia. « In basilica Constanlini, cohérente circum monumentum vel Golgotha, in atrio ipsiiis basilicœ est cubiculum, ubi lignum sanctœ crucis positum est. » Antonin, cap. 20. Il ne paraît pas cependant que ce fût une crypte comme l'ont cru quelquesuhs des interprètes de la Peregrinatio, car Silvia nous parle de deux portes, l'une d'entrée, l'autre de sortie ; mais elle ne laisse pas soupçonner qu'il y eût un escalier conduisant à une crypte. Cf. Peregrinatio, p 97.
ronseiiiblL' des constructions de Constantin sur le Calvaire. Trois édifices de forme et de destination ditTéronte étaient réunis par la cour de la basilique qui permettait d'accéder de plain-pied ou à l'aide de quelques degrés de l'un dans l'autre ; en allant de l'ouest à l'est, on les rencontrait dans l'ordre suivant, l'Anastasie, puis l'atrium de la basilique, accostée au sud par l'église Majeure, et enfin l'édicule de la croix.
A la suite de cette étude sur les monuments sacrés du Calvaire, une autre conclusion paraît s'imposer. D'après le système qui ne voulait voir sur le Calvaire qu'une seule église réunissant dans son enceinte tous ces monuments divers, on était amené à croire que, lors de la restauration qui fut entreprise au commencement du vu® siècle par Tabbé Modeste, on n'avait pas tenu compte des anciens plans de Constantin, et que trois églises différentes avaient remplacé l'unique basilique de l'empereur. On devra admettre désormais que cette restauration fut bien plus conforme qu'on ne l'avait cru jusqu'ici à l'ancien état de choses. On se servit probablement des parties laissées debout par les Perses pour reproduire, autant qu'il était possible, l'œuvre du grand empereur. Et cette interprétation est d'autant plus acceptable que les Perses ne durent pas détruire de
fond en comble les édifices du Calvaire. Comme le remarque très justement M. de Yogûc, « lorsqu'un auteur même exact, même contemporain des événements qu'il raconte, nous dit qu'un monument considérable a été détruit de fond en comble, rasé par un ennemi victorieux, dl faut bien se garder de prendre ses expressions au pied de la lettre. Une horde d'envahisseurs qui passe comme un flot destructeur sur une ville conquise, pille, dévaste, brûle, mais elle n'apporte pas dans la démolition cette persévérance intelligente et intéressée qui seule fait disparaître à jamais les monuments ; elle laisse toujours debout, après son passage, des parties plus ou moins importantes des édifices renversés, des pans de murs, des substructions qui en marquent la place... Pour ce qui touche la ville de Jérusalem, il est impossible d'admettre que la grande basilique de Constantin ait été entièrement démolie par les Perses^ malgré leur acharnement contre les monuments du christianisme. Leur court séjour en Palestine ne leur permit pas de tout renverser; des fragments considérables de l'édifice primitif devaient être debout, quand Modeste, immédiatement après le départ des vainqueurs, entreprit de les restaurer : il dut les utiliser '. »