LE MANUSCRIT DE LA PEREGRINATIO
Le manuscrit contient en même temps que la. Peregrinalio de Silvia,deux ouvrages inédits de saint Hilaire, son traité de Mysteriis et trois hymnes K II est écrit sur parchemin et se compose de trente-sept feuillets. Les caractères appartiennent à l'écriture connue en paléographie sous le nom de bénéventine ou longobardo-cassinienne, qui fut en usage en Italie et en particulier au Mont-Cassin, du neuvième au douzième siècle -, Après un examen attentif du manuscrit, le savant bibliothécaire a reconnu qu"il nest pas tout entier de la même main. Les quinze premiers feuillets qui comprennent les ouvrages de saint Hilaire diffèrent par l'orthographe, l'écriture et la disposition des lignes, des vingt-deux der-
i Nous nous permettrons de renvoyer sur ce point à notre article sur les écrits de saint Hilaire de Poitiers. Revue du Monde catlioh, l'"- février 1888.
2. On trouvera un spécimen de cette écriture dans la 1" édition de M. Gamurrini.
niers feuillets renfermant le voyage aux Lieux saints. Néanmoins les deux rédactions paraissent dater à peu près de la même époque, le milieu du onzième siècle.
Aux caractères du manuscrit d'Arezzo, M. Gamurrini pressentit qu'il pouvait avoir une origine étrangère, etil n'a rien négligé pour arriver à établir sa provenance. Ses recherches patientes, servies par une habile érudition, l'ont amené à des résultats intéressants qu'il expose dans son introduction. Aucun catalogue connu de manuscrits ne mentionne le traité de saint Hilaire et ses hymnes, ni la Peregrinaiio ad loca sancta^ sauf un catalogue de la bibliothèque du Mont-Cassin, composé vers 1532. En remontant dans Thistoire de la célèbre abbaye, M. Gamurrini découvre que, en 1070, un de ses bibliothécaires, Léon d'Ostie, a cité dans sa Chronique les deux écrits de saint Hilaire; et son successeur Pierre Diacre, dans son livre des Lieux saints, a fait de larges emprunts à la Peregrinatio . Il demeure donc à peu près certain que le manuscrit a été composé dans ce monastère. Après la mention au catalogue de 1532, on en perd la trace. Vers 1650, un abbé du Mont-Cassin, le savant Angelo de Nuce, qui fouilla tous les manuscrits de la bibliothèque et en dressal'inventaire, ne parle pas de celui qui nous occupe- Mais pendant qu'il disparaît au Mont-Cassin, on le voit apparaître sur un autre point. Angelo de Constantia,voyageur érudit qui visita un grand nombre de bibliothèques d'Italie, s'arrêta à Arezzo vers 1788,et dans la bibliothèque d'un monastère de cette ville, l'abbaye 4es Saintes-FIoreet-Lucille.il trouva notre manuscrit et en fit mention dans son voyage scientifique \ Du reste, il n'eut pas le temps
1. L'odeporico neW archiV'O stor. fer le Marche eVUmbria, vol. II, p. 357.
APPENDICKS 171
de l'étudier et il ne semble pas se douter du trésor qu'il laissait à exploiter à des chercheurs plus habiles.
Reste à expliquer maintenant comment du Mont- Cassin ce volume est venu à Arezzo. Il faut remarquer que l'abbaye de Sainte-Flore d'Arez/o entretenait d'intimes relations avec celle du Mont-Cassin, si bien ([ue des abbés du Mont-Cassin purent devenir abbés de Sainte- Flore. Ce fut le cas d'Ambroise Rostrellini, qui, de 1599 à 1602, fut abbé du Mont-Cassin et se retira ensuite dans l'abbaye ombrienne où il exerça la même charge en 1610.
M. Gamurrini conjecture avec beaucoup de vraisemblance que ce fut le savant abbé qui transporta le manuscrit dans sa nouvelle abbaye, sans doute en vue d'une édition ; mais il fut prévenu par la mort, qui arriva en 1611. Notre intéressant codex n'était pas au bout de ses pérégrinations. En 1810, Napoléon chassa les religieux de Sainte-Flore : une partie de leurs manuscrits et de leurs livres fut dispersée, l'autre fut recueillie dans la bibliothèque de la confrérie de Sainte-Marie, De ce nombre était le document en question, qui malheureusement a perdu quelques-uns de ses feuillets à travers les péripéties de son voyage. C'est là que le bibliothécaire actuel a eu la bonne fortune de le découvrira II en a fait une étude approfondie, dont il a consigné les conclusions dans divers articles et dans une communication à la conférence d'archéologie chrétienne dirigée par M. de Rossi, séance du 10 mai 1885 -,
1. Ce mami.scrit est. inscrit dans le catalogue sous le n° vi, 3.
2. Le premier article est intitulé : I M'steri e gV nmi d' S. Ilario vescovo di Poitiers ed uiia peregrinaz'one a' luoglv santi del quarto secolo. Le second : Bella ined>ta peregrinazione a' luoglii sant''. Ils ont paru tous les deux dans les Stud'i e documentl dû storia e d'ritto, amio II, 1884, et mmo III, 1885.