Gamurrini. 1. c. p. xxvii et
fessciirs qui diit auti-d'ois soufï'ert pour le Christ, et qu il a le bonheur de visiter. Evidemment, cette persécution ne peut être qiu' la perséoutien arienne de Valens, qui dura de 30 i à 378.
Enfin, révoque d'Edesse dont nous parle l'auteur, est précisément un de ces confesseurs delà persécution précédente. Dans la série desévèques de celte église, on ne trouve que saint Euloge à qui s'appliquent les renseignements qui nous sont donnés ici, et cet évéque est mort en 387 ou 388. C'est donc définitivement dans cet espace de dix années (378-388) qu'il faut placer le pèlerinage en Orient '. M. Gamurrini, d'après une identification dont nous parleronsbientùt fixe plus positivement la date de 385 à 388, car le voyage a duré trois ans De retour àConstantinople et avant de rentrer dans sapatrie, notre pèlerin a écrit ses impressions de voyage, et il est facile de voir, à la précision du détail et à un certain décousu dans le récit, qu'il n'a guère fait, dans sa rédaction, que recopier les notes prises au jour le jour durant ses pèlerinages - .
La date fixée, est-il possible de savoir à qui nous devons ces pages intéressantes ? Les premiers feuillets du manuscrit, qui, sans doute, nous eussent renseignés sur ce point, ont péri. Par ailleurs il n'existe, que nous sachions^aucune allusion à cet ouvrage dans les écrivains anciens, Au onzième siècle, Pierre diacre, le premier
1. On a vu qu'au cours de notre étude sur la liturgie de Jérusalem, nous donnions plusieurs autres preuves en faveur de cette date. Cf. aussi plus haut, page 5.
2. Ibid, p XXXV. — Nous laisserons de côté, comme moins concluantes, quekpies autres preuves que Téditeur apporte pour fi.xer la date de la Peregritiat'O. par exemple la loi du secret que l'écrivain observe rigoureusement, ce qu'il dit des moines apotactites, l'usage qu'il fait de la version italique, etc.
qui en ait fait usage, se contente d'en copier des passages dans son livre De locis saiictia, sans rien nous apprendre sur l'auteur. Nous pouvons cependant suppléer en partie à ce silence par les renseignements que nous puiserons dans Fouvrage lui-même.
Nous apprenons, d'abord, que l'auteur est une femme qui écrit pour ses compagnes formant une communauté de vierges ou de saintes femmes. Elle les appelle mes sœurs vénérables, ma lumière, lumière et maîtresses de mon âme. Même dans cet accent de tendresse fraternelle qui règne d'un bout à l'autre du récit, on sent le ton d'une douce autorité ; il est bien vraisemblable que celle qui parle esta la tète du monastère. Cette hypothèse acquiert une nouvelle apparence de vérité par ce fait que, dans le catalogue de la bibliothèque du MontCassin, rédigé en 1332, un des manuscrits, qui paraît être le nôtre, commençait par ce mot Abbatissa, a.hhesse, terme qui désignait sans doute l'auteur du voyage.
Ce point une fois admis, on s'explique plus facilement le nombreux cortège de moines, de clercs et d'autres compagnons de route qu'emmène avec elle la voyageuse, et les honneurs extraordinaires qu'elle reçoit partout. Les moines, les prêtres, les évêques, avec leur clergé, vont à sa rencontre, l'entourent avec un empressement mêlé de respect, la reçoivent avec honneur dans les églises et les sanctuaires, la comblent de présents et lui fournissent tous les renseignements dont elle a besoin. Enfin, on met à sa disposition une escorte de soldats pour les passages dangereux du désert. Si donc elle ne jouit pas de ce titre d'abbesse, il faut du moins accorder que son mérite personnel, ses vertus ou son rang lui donnent droit à une considération exceptionnelle.
Al'PKNDlCES
rnoaulro paiiiciilarité ([iic nous permettent d'établir divers passades de ce récit, c'est que la noble dame habile les Gaules. Son langage trahit une origine provinciale ; dans son livre, écrit du reste sans prétention littéraire, mais non sans agrément, les termes d'une hilinité étrangère ou populaire abondent *. Ce n'est pas ainsi que parlent et qu'écrivent les dames de la haute société romaine correspondantes de saint Jérôme. Il lui arrive aussi plusieurs fois de comparer ce qu'elle voit dans les contrées qu'elle traverse, aux pays et aux choses de la Gaule, comme pour se l'aire mieux comprendre de ses sœurs. En face de la mer Rouge, elle dit que, malgré son nom, ses eaux sont aussi transparentes et aussi froides que celles de l'Océan, et que les poissons qu'on y trouve sont de même espèce et de même goût que ceux de la mer dltalie(la Méditerranée}-. En arrivant en Mésopotamie, à la vue de l'Euphrale, elle écrit à ses sœurs : « Qu'il me suffise de vous dire que cet Euphrate est un grand fleuve, large, et je dirais presque terriiiant, car il court avec impétuosité comme le Rhône, et peut-être encore l'Euphrale est-il plus grand K » L'évêque d'Edesse en la
i \u point de vue philolooique, la découverte de M. Gamurrini fournit une importante contribution pour les études sur le latin populaire. Contentons-nous de relever en passant les expressions suivantes : De Va campsare (p. 53), pUcavimm nos ad Mare (p. 45\ nos travenare habebamus (p. 36), perexire {y. 41, d3). ivens pour iens (p. 90) ; IvspaUum pour spat'um (p. 53), suso ou susu pour sursum (p. oS, 100), a p'Sùmo dans le sens de a puera (p. bO), prode ms est (p. iO), fielur {p. 93), etc ; les termes grecs cala raansiones. apudacVU {^uz-r^'-'^r). nerrola, ascUis. etc La syntaxe de l'auteur n'est pas moins particulière et tout aussi éloignée du latin classique.