‹ Les Eglises de JérusalemChapitre 47 sur 60 · Percgrmitio, p · texte numérisé non relu

Percgrmitio, p

recevant s'étonne de son long voyage et lui dit : « Je vois, ma fille, que votre piété vous a fait entreprendre ce projet difficile de venir des extrémités de la terre jusqu'ici \ » Ces termes désignent bien une des contrées les plus éloignées d'Occident : la Gaule, l'Espagne ou la Bretagne.

D'après ces données et quelques autres de moindre importance, M. Gamurrini n'a pas hésité à conclure que notre voyageuse ne serait autre que la sœur de Rufîa d'Aquitaine, vénérée dans l'Église sous le nom de sainte Silvia ou Silvania. Rufin est ce ministre qui, sous Théodose et Arcadius, joua en Orient un rôle considérable ; tour à tour préfet du prétoire, maître des offices et consul, il aspira à l'empire et fut renversé par une émeute. L'histoire nous apprend de sa sœur, qu'elle était, comme lui, originaire d'Aquitaine ' ; elle consacra à Dieu sa virginité etmenaune sainte vie. Palladius nous en parle, dans son histoire lausiaque, comme d'une femme respectable, très avancée dans la connaissance des saintes Ecritures, et qui passait les jours et les nuits à étudier les commentaires d'Origène, de Piérius, de Grégoire et autres saints docteurs ; elle fît le voyage de Jérusalem et d'Egypte par Constantinople et fut en relation avec Rufin d'Aquilée, Palladius, saint Gaudence, évèque de Brescia, saint Paulin de Noie, et probablement avec saint Cyrille de Jérusalem, saint Jérôme et les saintes Paule, Mélanie et Olympias, la diaconesse si célèbre dans l'his-

1. Ib d., p. 66, et Studii e documenti di storia e d'ritto. Anno VI, p. 159.

2. Rufin, né à Elusa (Eause, dép. du Gers), était de basse extraction et ne dut son élévation qu'à son habileté. Ses ennemis prétendaient même quïl avait pour père un misérable cordonnier. (Tillemont, Histoire des empereurs^ t. ^^ p. 771.)

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loii'c de saint Jean Chrysoslome '. Les analogies entre sainte Silvia et l'auteur de la Peregrinnlio ont paru suffisantes fi M. Ganiurrini pour établir qu'il ne l'allait voir en elles qu'une seule et même personne -.

On pourra objecter sans doute que ces traits de ressemblance entre les deux personnages sont assez peu caractéristiques. La profession de la vie parfaite, la dévotion, le zèle pour l'étude de la sainte Ecriture, n'étaient pas choses rares à cette époque, et dans la seule correspondance de saint Jérôme, on peut citer plusieurs saintes femmes des Gaules et même d'Aquitaine, à qui conviendraient tous ces traits 3. Les pèlerinages aux Lieux saints d'Egypte et de Palestine étaient fréquents alors dans les Gaules, particulièrement chez les personnes de qualité, et l'itinéraire était à peu près le même pour tous les pèlerins K II est assez étonnant aussi que dans ce long récit on ne rencontre pas la moindre allusion à Rufin, son frère, ou à d'autres personnages que sainte Silvia a connus, et qu"à son retour elle s'arrête en Italie,

J. Histor. Lausiaca, c. 143, 144. — M. l'abbé Léonce Couture, flans la Bévue d'Aquita>ne, t. I, avait déjà, en 1856, consacré à sainte Silvia une intéressante étude dans laquelle il a réuni les rares détails que l'histoire nous fournit sur cette sainte femme.

2. y\. C. Kohler, dans la B'Miothèqite de l'Ecole des chartes, t.XLV, p. 150, a proposé Galla Placidia, fille de l'empereur Théodose le Grand. Mais l'identification de M. Gamurrini a été plus généralement acceptée. Ajoutons que M. Léonce Coutuie, dans un autre article de la Bevuc de Gascogne, t. XXVIII, p. 457 (l&ST), promet de donner bientôt de nouvelles preuves à l'appui de l'hypothèse de M. Gamurrini. Nous ne croyons pas que cette promesse ait encore été tenue.

3. S. Hieron. ep. i.xxv, cxx, cxxi. — Migne, Pa^/'oZ. lat., t. XXII.

4. En Fan 333 avait été composé, à l'usage des pèlerins des Gaules, l'Itinéraire connu sous le nom à'It'néi'aire de Bordeaux à Jérusalem, rpù allait de Bordeaux à Constautinople par voie de terre, et traversait l'Asie Miifeurc. Silvia a suivi cette route dans son voyage.

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au Heu d'aller rejoindre ses sœurs dans son monastère des Gaules, comme elle Favait promis. Néanmoins, en l'absence d'indications plus précises, il faut bien nous contenter pour le moment de cette hypothèse, quiapour elle quelque vraisemblance et qui, dans tous les cas, est des plus séduisantes.

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