I. Dom Cotlron, ibidem
L'autel de la crypte était dédié à saint Potentien et à saint Martin de Tours et se trouvait à côté d'un caveau où reposaient les reliques protégées par des grilles de fer ('). J'apporte ici tous ces détails pour montrer combien les expositions des reliques ou les confessions ont varié à travers les âges.
C'est ainsi que se trouvaient installés les restes des martyrs sénonais lorsque dom Mabillon visita Sens et leur église au XVI le siècle, il descendit dans la crypte de Saint-Pierre à laquelle il applique le qualificatif insignis, et y vit, dit-il, la pierre tombale des SS. Savinien et Potentien, la même sans doute qui portait \elabarutn de Constantin cité au IX^ siècle {'). Sur la crypte de l'église de Saint-Savinien, il n'exprime aucun sentiment d'émotion, il est vrai qu'il n'était pas archéologue. 11 aurait dû être attristé par l'horrible badigeon qui recouvrait les inscriptions dès cette époque.
Millin a été plus avisé au début du XIX^ siècle, il est descendu dans la vraie crypte des martyrs, il a senti qu'il était là sur le véritable terrain archéologique et il s'est arrêté à lire les inscriptions qu'on avait si maladroitement voilées par une profanation inexplicable ; il a même pris la peine de relever le plan de la crypte et de dessiner la forme des lettres onciales et capitales employées par les peintres des IX^ et XI^ siècles, et ne put retenir ses lamentations sur l'indifférencedes chrétiensde son temps. « L'église sera abattue, dit-il, et ces religieux témoignages de la piété de nos pères disparaîtront, mais peut-être alors se trouvera-t-il quelqu'un qui sauvera ces pierres sacrées et mon travail aura contribué à les faire conserver (^). »