‹ Les églises de l'abbaye de SilosChapitre 28 sur 130 · Voyage dans le midi de la France., t. I, chap. viii · texte numérisé non relu

Voyage dans le midi de la France., t. I, chap. viii

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Par un heureux hasard les craintes de Millin ne se sont pas réalisées. Un pieux habitant de Sens, Simon Blanchet, ancien garde-marteau de la maîtrise des Eaux et Forêts, a acheté l'église de Saint-Savinien, et son héritier l'a donnée à l' Archevéquequi en a confié la garde au couvent du Bon- Pasteur, tandis que la fameuse église de Saint-Pierre-le-Vif, qui avait attiré à elle tant de pèlerins, disparut sous les coups de la Révolution ; la crypte elle-même où Mabillon était descendu, après avoir résisté quelque temps, s'est écroulée sous l'action des pluies sans qu'on ait pris la peine de retirer les pierres les plus vénérables pour les porter au Musée.

A quelques cents mètres du village de Saint-Denis, sur le bord de l'ancien chemin de Paris à Troyes, et touchant la route actuelle de Sens à Paris, s'élèvent les derniers restesdu monastère de Sainte-Colombe fondé, en 620, par Clotaire. Ce nom nous rappelle le séjour d'une sainte qui eut son heure de célébrité. Son église, démolie aujourd'hui, a laissé des souvenirs si profonds, que la population n'a pu se résignera voir son emplacement profané. On a reconstruit, en 1868, une belle crypte gothique selon le style du XII 1"= siècle, sur les plans de M. Lefort, architecte, afin de prolonger l'écho des louanges qui retentissaient dans le monastère renversé, et aussi pour rappeler que la sainte elle-même avait reposé dans une confession sous le maître-autel (').

Bien que la légende de sa vie soit très courte, on ne peut pas douter de la réalité de son martyre et de l'antiquité de son culte quand on voit les preuves d'attachement et la vénération que lui témoignèrent les rois, les évêques et la population de

I. D'après lalégende elle serait contemporaine de saint Bénigne et aurait été martyrisée avec saint Sanctien et sainte Béate au village de Sanceias. Ac/a SS., VI" die septembris mensis, col. 671.

Sens. Saint Loup ne se croyait pas digne de reposer dans sa crypte et demanda que sa sépulture eût lieu en dehors du chevet de l'église, contre les pieds de la vierge martyre, sous la gouttière ("). On sait que, dans le principe, le sarcophage des apôtres et martyrs était toujours appuyé contre le fond de l'abside perpendiculairement au mur, la tête du personnage tournée vers l'orient.

La sécurité n'était guère assurée au IX^ siècle ; cependant on souffrait tellement de l'absence des reliques qu'on avait enfouies depuis 732, que le clergé recherchait les occasions de les retirer de leurs cachettes pour satisfaire la piété. En 847, on avait exhumé les reliques célèbres de saint Savinien de l'obscurité, on ne pouvait faire moins d'honneur à sainte Colombe. Il est avéré que l'archevêque Vénilon releva les murs de son église et les consacra le 1 1 des calendes du mois d'août 853. « Le lendemain les corps de sainte Colombe et de saint Loup furent levés de terre pour être placés dans un lieu plus élevé {'). » On serait tenté d'induire de ce texte laconique que les reliques furent exposées, dès cette époque, derrière le maître-autel ou audessus. Il n'en est rien. Le chroniqueur a voulu seulement indiquer qu'après avoir ouvert la fosse qui la cachait aux regards, on avait exhaussé les sarcophages au-dessus du sol dans la crypte restaurée par Vénilon.

Cette crypte n'est pas imaginaire, elle nous est révélée par le continuateur de Héric, le panégyriste de saint Germain d'Auxerre qui incidemment nous parle de la sépulture des deux premiers ducs de Bourgogne (880-921), de Raoul et de son père Richard. Son témoignage nous est pré-

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