Le mieux est de regarder le plan horizontal
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belles colonnes de marbre avec des chapiteaux qui s'adaptèrent à l'édifice aussi bien que s'ils avaient été taillés tout exprès pour cette destination ("). Les quatre plus belles furent employées à proximité du tombeau, ce sont celles qui soutiennent encore aujourd'hui la voûte en berceau de la petite
nef intérieure avec leurs chapiteaux d'ordre corinthien. En 859, les travaux étaient terminés, et la translation des reliques put s'effectuer dans la position où nous voyons le sarcophage.
Ce n'est pas à dire que nous puissions présenter le sous-sol, tel qu'il est, comme une construction absolument carolingienne, car la basilique supérieure n'est plus celle de Conrad, et quand l'étage supérieur se transforme, il est bien rare que le dessous ne reçoive pas le contre-coup des modifications. A la suite d'un incendie survenu en 1064, on édifia une église romane, qui plus tard fut remplacée par une église gothique au XIII' siècle. Il fallut alors
I. i Miraculo proxinium judico quod, perductis ad locum destinatum maimoiibus, quidquid columnaruni devectum est tanta universis fabricœ partibus habitudine convenerunt ac si indiscrepanter et, ut aiunt, in unguetn eisdem ipsis deformatit lineis, proposito responderint exemplari. > {Ibidem^ cap. I, 274.)
augmenter l'épaisseur des murs de la cella inférieure qui devaient supporter le poids de la colonnade formant l'enceinte supérieure du chœur, et ajouter de nouvelles lignes de murs, à gauche et à droite, pour préparer des bases au déambulatoire qui fut imaginé si fréquemment, après l'an 1000, pour desservir les chapelles rayonnantes du chevet (').
On ne réussirait pas dans une simple visite à comprendre les conséquences de tous ces changements et à rétablir le soussol dans son état primitif ; la reconstitution imaginaire est plus facile en jetant les yeux sur le plan, et en comparant les soubassements avec ceux d'un édifice roman bâti de toutes pièces au XI'= siècle. L'irrégularité des lignes, la bizarrerie des angles et des contours, la largeur excessive des masses de maçonnerie démontrent bien qu'il y a ici une succession et une juxtaposition d'efïbrts tentés pour utiliser des murs préexistants et changer leur destination primitive. Il est certain, par exemple, que le chevet de la basilique de Conrad se terminait non par une abside mais par un mur droit dont les angles ont été abattus pour loger des tombeaux, que les couloirs réduits à un mètre sur les flancs du sépulcre avaient plus de largeur, enfin que les fenêtres avaient été jugées inutiles.
La petite porte percée dans le mur du nord contient toute une révélation, elle n'existe jamais dans les confessions ouvertes au public, elle accuse que l'entrée de la cella remplie de sarcophages était réservée au prêtre qui se rendait à l'autel érigé contre la tête du sépulcre et à quelques
1. Le plan que nous mettons ici sous les yeux du lecteur est emprunté à dom Y owxm&x. Description des saintes 'rrottes de l'ancienne abbaye de Saint- Germain d'Auxerre. Nouv. éd. par M. Quentin. Auxerre, 1S46. i br. in- 12. Voir aussi une note avec plan de iM. Petit {Bull. Monu- ?nental, 4" série, t. VIII, pp. 494, 495).
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privilégiés. J'ai en vain cherché avec M. Richard (") quelque trace d'ouverture dans le mur occidental, autour des piliers carrés, je n'ai pas vu la possibilité d'y établir la double descente qui fut invariablement préparée pour les pèlerins dans les abords des cryptes les plus célèbres, et qui conduisait directement vers les tombeaux vénérés,
comme à Saint-Seurin de Bordeaux et à
Saint-Léger de Saint- Maixent.
Il y a une grande variété d'agencements dans les églises à double étage. A Saint- Avit et à Saint-Aignan d'Orléans, les escaliers aboutissent au centre de la crypte ; ici, la double descente existe, mais elle est extérieure à l'enceinte de la confession de
Plan des cryptes de l'abbaye St-Germain d'Auxerre. (Extrait du livre de dom Fournier).
Saint- Germain ; elle nous conduit par de larges couloirs, aujourd'hui voûtés sur arêtes, à un arrière-chevet, où les dégagements sont spacieux. Il est évident que l'architecte de ce pourtour a pensé à la foule qui se condensait de ce côté, même
I. M. R. est l'archéologue d'Auxerre qui a étudit; avec le plus de soin l'église dont nous parlons.
avant l'érection de la crypte sphérique de Saint- Marien ajoutée au XI 11^ siècle. Il y a là un centre d'attraction, c'est la fenêtre du saint qu'on a percée à l'extrémité orientale du chevet, c'est-à-dire aux pieds du tombeau. Il n'y avait pas d'endroit où le pèlerin pût s'approcher de plus près des reliques, où les malades fussent plus à leur
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aisepourséjourner longtemps pendant qu'ils attendaient du saint la faveur d'une gruéri-
son.
Au IX« siècle, on s'est contenté de la fenestella comme à Saint-Aphrodise de Béziers et à Saint-Philbert-de Grandlieu pendant la période des invasions ; puis, on s'est enhardi au XI'= siècle, et on a réclamé une large porte avec un autel adossé contre les pieds, comme du côté opposé. Les transformations opérées dans le pourtour sont aussi faciles à indiquer. Dans la basilique de Conrad, il n'existait pas plus de déambulatoire autour du chœur, que dans les autres églises de la même période; cette addition n'est venue que plus tard avec l'exécution du plan roman ; par conséquent on est fondé à croire que les escaliers de la crypte ont été faits d'abord pour conduire les pèlerins dans un couloir couvert simplement d'un appentis, comme dans l'église de Deas. Le jour où le déambulatoire supérieur fut décidé, l'enceinte inférieure parut trop faible pour son nouveau rôle, son épaisseur fut triplée afin de porter ses voûtes d'arêtes et le poids de l'étage supérieur.
Telle me paraît être la série des travaux successifs exécutés autour de la cella centrale servant de confession.
Tout autre serait l'aspect du sous-sol, si la basilique que nous voyons était sortie de terre d'un seul jet, au XI^ ou au XI 1 1^ siècle : l'harmonie régnerait partout avec la symétrie dans les ouvertures comme dans les supports, l'air et la lumière y pénétreraient tandis que l'état actuel nous montre un souterrain où les fenêtres ont toujours été systématiquement exclues. Tout dans ce caveau ressemble à une cachette et non à une exposition de sarcophage. Quand on s'approche du tombeau principal du patron
de l'abbaye, on ne peut l'apercevoir que par les deux extrémités, il est enveloppé dans un reliquaire de pierre, voûté en berceau et percé des deux bouts. Si je regarde plus bas, au-dessous de la tablette qui le supporte, je vois par une ouverture semicirculaire, une autre voûte minuscule de o'",8o de hauteur qui recouvre, dit-on, la cachette où le sarcophage fut enfoui pendant les invasions normandes. Nous sommes là bien loin de la crypte de Saint-Eutrope de Saintes où tout est lumière et harmonie.
Quand l'art essaie d'égayer ce sombre séjour, il est aussi lourd que l'étage supérieur est léger et élégant. Les colonnes formant les travées n'ont pas de bases, elles n'ont pas plus de i"'85 avec leurs chapiteaux, on peut donc dire qu'elles sont trapues, et de plus, elles soutiennent des poutres de bois qui font fonctions d'architraves sous la voûte en berceau de la nef du milieu, agencement qui communique à l'ensemble un aspect écrasé.
Evidemment c'est là qu'est le noyau de l'édifice, la partie la plus vieille, celle qui a toujours inspiré le plus de respect et autour de laquelle sont venues se grouper des chapelles latérales, la crypte de Saint-Clément avec sa rotonde, et tous ces autels et ces tombeaux qu'on rencontre à chaque pas, la partie qui a conservé l'empreinte archaïque de sa fondation carolingienne.
L'émotion pieuse qu'on emporte de sa visite serait bien autrement forte si les parois des murs n'étaient pas déshonorées par • des couches trop nombreuses d'enduits uniformes peu décoratifs.
Sous l'action de l'humidité, des plaques de badigeon sont tombées à temps pour faire voir des fragments de lignes et de mots que M. Ramé a signalés brièvement en
3^ebuc lie T^rt cbvttien.
1880 (') et que M. Prou a relevées à son tour, en 1885, pour les sauver de la destruction (^). Le commentaire de cet habile épigraphiste relève ce fait que les lettres peintes à l'ocre rouge forment deux légendes de 4 vers hexamètres compris entre deux raies rouges assez larges, le tout encadré dans un bandeau de même couleur,
mais plus large. La majorité des lettres employées sont des capitales mêlées à quelques onciales qu'on aimerait à relire après tant de générations de pèlerins.
Après Saint- Victor de Marseille, je ne crois pas que la Gaule chrétienne ait possédé de sanctuaire plus vénérable, plus fréquenté par les pèlerins de tout rang, plus
Crypte de Saint-Germain. — Nef centrale.
riche en reliques que la crypte de l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre. A la belle époque de l'épanouissement du monastère, c'est-à-dire en plein X1II<= siècle, le sarcophage de ce saint personnage, non moins célèbre que saint Martin de Tours, dans la Grande et Petite Bretagne par les missions administratives et apostoliques qu'il a rem-